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Billet de blog 18 janv. 2016

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Rony Brauman et la kippa : ses explications

Rony Brauman rectifie une formulation trop rapide, qui a trahi sa pensée, et s'explique sur le problème qu'il voulait soulever : la prétention du CRIF à exprimer au nom de tous les Juifs une allégeance inconditionnelle à la politique israélienne.

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Interview de Rony Brauman

Sophie Ernst : Rony Brauman, vous avez été interviewé par David Abiker au sujet du port de la kippa ( http://www.europe1.fr/societe/rony-brauman-entre-le-voile-et-la-kippa-il-y-a-deux-poids-deux-mesures-2651531), et vous avez eu une formulation des plus surprenantes. Celle-ci a été mise en exergue dans un compte-rendu de la revue en ligne Le Monde juif (http://www.lemondejuif.info/2016/01/rony-brauman-la-kippa-est-un-signe-politique-daffiliation-a-la-politique-de-letat-disrael/). C'est cette dernière version, avec son titre accrocheur et choquant, qui a été très largement diffusée par les réseaux sociaux, créant une vive émotion aussi bien chez vos habituels contempteurs ( http://www.lemondejuif.info/2016/01/propos-criminels-de-rony-brauman-sur-la-kippa-le-monde-juif-info-saisit-le-csa/), que chez ceux qui, d'habitude, apprécient vos prises de position. Ici même, dans le précédent billet, j'avais tenté de développer ce que je comprenais, au delà de la bourde manifeste. Que s'est-il passé et qu'avez-vous vraiment voulu dire ? 

Rony Brauman : Certains des propos que j’ai tenus au sujet du port de la kippa sur Europe1 ont donné lieu à des interprétations totalement étrangères à ce que je voulais dire. Une formulation maladroite, à l’emporte-pièce, en est partiellement responsable et je souhaite donc préciser ma position.

Le port de la kippa, comme celui de signes religieux visibles, revêt des significations diverses et ne peut en lui-même être confondu avec un manifeste politique. En l’occurrence, je suis conscient que la kippa n’a rien à voir en elle-même avec l’Etat d’Israël, que nombre de ceux qui la portent le font par fidélité à une tradition, par adhésion à des obligations religieuses ou d’autres raisons personnelles et non pour véhiculer un message politique. Plus généralement, je m’inscris dans une conception libérale, et non anti-religieuse, de la laïcité : celle qui accorde à toutes les religions le droit inaliénable d’exister librement, et à tout citoyen celui d’arborer des signes religieux dans un espace public neutre. 

Il n’en est pas moins vrai que des institutions juives, le Crif en premier lieu, ne cessent d’affirmer au contraire que la « communauté juive » de France est « inconditionnellement solidaire » de l’Etat d’Israël et donc de sa politique. Je tiens à rappeler qu’il n’en a pas toujours été ainsi : c’est en 1988 que le Crif a fait irruption sur la scène de la diplomatie française en protestant, au nom de la « communauté juive », contre la visite d’Arafat au Parlement européen et sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères (http://www.ina.fr/video/CAB88036449). Jusqu’alors, cette organisation se tenait à distance de la politique israélienne, et il est permis de déplorer cette rupture. La proximité avec Israël s’est renforcée avec le temps pour devenir une véritable fusion au cours des années 2000. Elle a culminé avec la manifestation de juillet 2014 en soutien à l’attaque de Gaza assortie de demandes d’interdiction des manifestations de solidarité avec les Palestiniens (http://tempsreel.nouvelobs.com/le-conflit-a-gaza/20140729.OBS4966/le-crif-appelle-a-un-rassemblement-pro-israelien-jeudi.html). Revendiquer l’identification des juifs à la politique israélienne, voilà ce qui contribue à confondre critique de la politique israélienne et critique des juifs en tant que tels. Le Crif entretient activement cette confusion, tout en la dénonçant avec virulence quand d’autres la reprennent à leur compte. Mes propos hâtifs sont allés dans le même sens, ce que je regrette vivement. J’adresse mes excuses à ceux qui s’en sont sentis blessés. Je redis que je ne suis l’ami ou l’ennemi d’aucun peuple mais que ma sympathie politique va vers les occupés et non vers les occupants. 

Pour finir (provisoirement), j’invite les « amis » d’Israël à voir le film d’Amos Gitaï « le dernier jour d’Yitzhak Rabin ». Netanyahou y apparaît au balcon d’un immeuble, aux côtés de Sharon lors d’un meeting électoral à Jérusalem en 1995, au-dessus d’une affiche et d’un grand calicot. Sur l’affiche figure Rabin en uniforme SS, et sur le calicot, l'inscription en hébreu et en anglais « Mort aux Arabes » . Ils comprendront que, contrairement à ce qu’affirment sans relâche le Crif et les antisémites, que nombre de juifs, porteurs ou non de kippa, ne veulent à aucun prix être identifiés à de pareils énergumènes politiques.

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