lettre ouverte à Mélenchon de la part de mon pote Gégé

Gégé a écrit une lettre ouverte à Mélenchon, que je trouve intéressante, parce qu'elle se coltine les difficultés, les non-dits, les regrets, les conditionnels plus que parfaits de notre perfectible République. Moi qui n'ai pas la caboche politique, ça m'a fait réfléchir... J'ai corrigé quelques coquilles en espérant n'avoir pas trahi la dialectique du samouraï. Horace vaincra les Curiaces !

Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon, de la part de mon pote 

(Gérard Calliet)

 

Cher camarade,

Tu fus trotskiste, je fus mao. C’était il y a quelques décennies. Nous avons donc été potentiellement ennemis dans ce qui s’est appelé un temps gauchisme. Nous avons néanmoins partagé et partageons encore deux convictions, le respect du peuple, et la certitude que sans une certaine radicalité l’égoïsme des classes supérieures restera le maître inflexible. 

Depuis mon dogmatisme révolutionnaire, je dois constater en considérant ton parcours que le trotskisme n’est pas entièrement erroné. Ton entrisme au PS, puis ton action de condensation à la gauche de la gauche, reposant dans les deux cas sur cet esprit de finesse du camarade Trotsky, ont porté leurs fruits. La France insoumise, alliée au PC, est une force politique essentielle, porteuse de programme, crédible, agissante.

Je reconnais dans la proposition pour une sixième république une excellente analyse. La politique s’est peu à peu absentée du peuple, la couardise d’une certaine aile socialiste a dénaturé l’idée d’une gauche. Une classe moyenne ou moyenne-haute vivant son cosmopolitisme dans le confort, et son confort dans l’acceptation des règles du néo-libéralisme, le message livré au peuple est qu’il faut oublier les clivages droite gauche, transformer la politique en bonne gestion. Ce message est associé à une sorte de vague justification idéologique qui se transforme en mépris à l’occasion – je pense au rôle des media dans l’effacement de la décision référendaire contre le projet de constitution européenne. En analyste conséquent de ce genre de situation qui annoncent une crise grave, poser la nécessité de changement constitutionnel est une façon de dire la faille. 

Il faut un coup de semonce politique susceptible de réveiller le politique. Là encore nous sommes totalement en accord. Faut-il prendre le palais d’hiver comme Lénine ou à la Trotski, là est la question. Ce qui est totalement étonnant dans ta tactique, c’est qu’elle est justement tout sauf trotskiste. Tu sembles te mettre dans une attitude d’attaque frontale, ce qui me parait tout sauf trotskiste. Ton expérience politique, tes talents politiques t’indiquent pourtant que ce genre de tactique ne fonctionne jamais, alors que d’autres peuvent être infiniment plus efficaces.

Contradiction aussi dans les termes. La cinquième est viciée depuis le tour personnel que le général De Gaule a voulu lui donner. La présidence se transformant en hyper-présidence, ce populisme institutionnel qui veut nous remettre dans le bonapartisme, et a très bien été compris par un intriguant aussi nocif que Sarkozy, ou qui vire au désastre quand le président est un « homme normal » qui n’a au fond aucune idée maitresse pour conduire un pays, cette structure présidentielle qui a été fondamentalement aggravée par le passage au quinquennat qui empêche tout contre pouvoir de l’assemblée, voilà un point qui ferait désirer un changement constitutionnel. Mais si c’est bien la personnalisation de la politique autour de la présidentielle qui est un problème, alors en quoi s’acharner à conquérir ce poste à titre personnel a un sens politique ? 

Je ne connais pas les arcanes du trostskisme, nobody is perfect, et je peux imaginer que la subtilité révolutionnaire suppose une confiance plus importante dans le rôle de la personne en politique, et finalement que ton talent soit plus qu’une grâce personnelle mais un facteur effectivement révolutionnaire. Un tribun révolutionnaire a sa légitimité dans la force de conviction qu’il sait déployer, et ton dernier passage à la télévision l’a démontré. Mais tu peux comprendre aussi que si tu devais choisir entre une personnalisation accomplie de ton travail qui  resterait stérile, et une transformation moins personnelle qui serait profitable, ta morale révolutionnaire ferait passer devant, finalement, le Lenine de la critique du gauchisme. Ce n’est pas Mélenchon président qui peut déclencher le processus de transformation radicale, parce que cette transformation implique un certain retrait du rôle présidentiel. « Je ne suis pas le messie » est la première phrase politique énonçable par un marxiste conséquent.

Reprenons un style – prétendument – trotskiste. La politique est un travail dans le temps. Il vaut mieux des demi-succès qui préparent des victoires essentielles que des apparentes victoires générales qui restent sans lendemain.

Nous avons deux sortes d’ennemis. Premièrement la droite dans ses diverses déclinaisons de férocité bourgeoise, ces mangeurs de peuple, professionnels du veston pour les uns – Macron et Fillon ont-ils le même tailleur, l’histoire le dira – les autres abominables ennemis du peuple dans le mépris qu’ils lui portent, poli ou fascisant. Deuxièmement ce qui a osé s’appeler la gauche, ce ramassis d’opportunistes prétendument socialistes qui ont à ce point trahi leurs engagements qu’ils sont les principales causes de la montée du fascisme dans notre pays. Mitterand jouait avec le Front National, Hollande et Valls lui déroulent le tapis rouge.

Les deux batailles à mener ne peuvent se mener de front, simultanément, et suivant les mêmes tactiques.

Contre la droite, c’est un front républicain qui est à construire. La situation a évolué très vite. Y eût il eu un Juppé comme candidat de la droite dite non fasciste, Mr Fillon se fût-il retiré en respectabilité minimale, ou eût-il perdu tout soutien pour la même raison, que l’idée de front républicain droite gauche aurait eu un sens. Mr Macron eût-il eu un visage politique existant, n’eût-il pas été le pôle de ralliement de tous les opportunismes, qu’une idée d’un centre défenseur des libertés aurait eu un sens. Mais la droite est divisée de fait en trois malfaisances anti-démocratiques : le fascisme larvé, le fascisme assumé par intérêt, la fin du politique lui-même. La candidature Macron est peut-être le danger le plus grave pour notre démocratie, parce que si le seul recours contre la rancœur anti-politique est une doctrine de transformation du politique en pur établissement gestionnaire, c’est dans une situation de guerre civile potentielle que nous nous trouvons, avec d’un côté un peuple malmené et méprisé de ses élites, et des classes moyennes incapables de répondre aux angoisses du peuple par autre chose qu’un vague moralisme.

Il y a donc une première bataille à mener pour l’honneur de la politique, un front républicain qui n’est pas essentiellement de gauche, parce que tout démocrate peut comprendre que l’enjeu est de redonner sens à la politique, contre les égarements de la droite et le surgissement du mépris du politique. J’aurais voté sans hésitation Juppé contre Le Pen. Depuis la menace que je viens de décrire, ultra-droitiste ou clivante en son opportunisme indéterminé, je crois que de l’extrême gauche à la droite qui garde son honneur et ses convictions, un front républicain est souhaité.

Pas essentiellement de gauche, camarade, je frémis comme toi. J’ai beaucoup de difficulté à ne pas penser que c’est toujours depuis la gauche que la république a effectivement progressé. Le front populaire est ma référence quand je parle de front républicain. Peut-être que, en trotskiste devenu, je joue, je préfère les victoires où la ruse a sa part. Un front républicain qui serait manipulé par un front populaire est peut-être l’idée sous-jacente, mais, chut, cela restera un secret entre nous. J’y reviens tout à l’heure.

Je ne crois pas que tu sois bienvenu dans cette première bataille. Tu risques d’apparaître comme le tenant d’une radicalité contre une autre radicalité. Ce faisant tu donnes des arguments à tous nos adversaires. Ils font passer notre affirmation de résolutions radicales comme un radicalisme, ce qui est faux, contradictoire avec le travail de la France insoumise et de l’équipe de Hamon. Ils ont inventé récemment cette absurdité dite du vote utile, où les bons samaritains de Macron seraient ces non-radicaux seuls susceptibles de vaincre la radicalité de Madame Le Pen.

La contradiction dans laquelle tu es en termes constitutionnels, que je t’ai déjà formulée, se double d’une autre, plus ancienne, et incontournable depuis plus d’un siècle. Le socialisme est confronté à deux impasses structurelles : ou  bien il est révolutionnaire et ne parvient pas au pouvoir, ou bien il est réformiste et il reste impuissant quand il est au pouvoir. Tu te présentes à la présidentielle tout en restant attaché à la branche du socialisme révolutionnaire. Cela signifie que tu es au courant de la contradiction, et que tu fais faire le pas au socialisme révolutionnaire de faire de l’entrisme dans la république, Trostski toujours. Mais comment crois tu que tout le peuple de gauche, qui est hésitant entre les deux faces de la contradiction, va te faire confiance sur ton coup ? Et tous ceux qui tremblent devant la sanction des puissances nationales et internationales de l’argent auront-ils le courage de faire jouer la France carte sur table et de perdre rapidement la partie ?

Et bien sûr que de toutes façons deux candidats à gauche, c’est la défaite assurée. Peut-être que tu crois pouvoir gagner seul, auquel cas je crains que tu ne te sois laissé influencer par certains grands rêveurs gauchistes de tes nouvelles troupes. Ou que, suivant une autre logique gauchiste bien connue, la défaite démocratique soit prévue, choisie, assumée comme preuve par les faits de l’incompétence de la démocratie bourgeoise, et qu’il s’agisse de montrer dans une défaite glorieuse nos forces, à nous-mêmes et à nos adversaires, dans une visée plus radicalement révolutionnaire. Ou encore que l’enthousiasme du tout politique des années 80 alimente un idéalisme qui se satisfait de pures victoires d’idées.

Si tu ne crois pas réellement en ta victoire seul, si tu penses qu’une victoire de la gauche aux présidentielles est nécessaire, et surtout pas suffisante pour un coup de semonce politique, alors il faut que tu penses à la bataille d’après, à sa relation avec la première bataille.

Trois scénario sont possibles. Ou bien la droite gagne les présidentielles (Macron, Fillon ou Le Pen). Ou bien Hamon gagne les présidentielles. Ou bien tu gagnes les présidentielles.

Tu gagnes les présidentielles. La France a finalement choisi en premier le courage. Plus Lenine que Trostski, plus Robespierre que Danton. On a déjà vu ça. La suite aux législatives sera une campagne du  « modérons notre radicalité », avec toute la racaille de gauche et de droite unie pour faire front contre ton radicalisme. Le débat politique qui suit est placé sur l’opposition stérile entre radicalité et modération, et on te fait endosser les habits du populiste dangereux. La France apparait dans le concert international comme une idéaliste qui s’est fait une crise de radicalité, mais moyennant quelques remises au pas, elle rentrera dans le rang. Comme, tu le sais assez, tu n’es pas un rêveur, mis en position de réformateur, tu es confronté à l’aporie du socialiste réformateur sans grande puissance réelle, peu de tes réformes arrivent à être appliquées, et le camp Le Pen progresse encore. Tu es l’Obama de Trump. Au prochain coup, on y est. Bon c’est mieux que le cas Macron, où on y est aussi au prochain coup. Avec toi on aura respiré cinq ans. Pas mal. Mais c’est du gauchisme, encore. Sacrifier le combat de longue durée au plaisir de l’instant.

Hamon gagne les présidentielles. La France a fait le coup politique du siècle. Contre toute attente reprendre un socialiste après le quinquennat totalement désastreux d’un socialiste. Contre toute attente ne pas croire aux illusions gestionnaires de Mr Je Gère pour vous, vous allez vous faire un max de pognon. Contre toute attente la France affirme que le socialisme, en ses contradictions, reste la seule voie raisonnable pour transformer un monde intransformable, pour donner suffisamment de sens à un exercice politique complexe, sens depuis lequel les radicalismes peuvent être combattus. Contre toute attente la France élit une personne qui affirme tranquillement que la dignité de la France est dans son accueil des réfugiés, qui se hausse ainsi à la grandeur morale de Me Merkel en ce domaine.

Cette première victoire est bien sûr déjà un coup magistral. Qui ne peut être asséné que depuis l’autre gauche, la tienne, Jean-Luc. C’est bien le socialisme révolutionnaire, en sa modération, qui assène le coup. Ton combat pour créer un vrai mouvement politique à la gauche de la gauche, en puissance de gouverner, mais suffisamment calculateur pour pousser d’autres au charbon,  fait gagner les socialistes réformateurs, les oblige à assumer les apories de leur position, en étant l’élément déterminant de la victoire,  et en gardant toute latitude pour l’action réelle. Coup de génie. On dirait du Trostski.

Parce que la victoire contre nos seconds ennemis est à prendre aux législatives. Les moins lâches des socialistes n’ont pas eu le courage d’aller jusqu’au bout d’une motion de censure contre la loi travail. Les plus repérables des opportunistes  se trémoussent sur leur siège pour savoir quelle nouvelle trahison leur garantira leurs prébendes. Il faut donner son coup de grâce à ce qui, dans le socialisme réformateur, s’est transformé en tartuferie cachant mal une droite qui n’a même pas le courage de se dire comme telle. La sanction contre ce socialisme doit être aussi terrible que celle qui a été donnée à Sarkozy, puis à Valls. La bataille des législatives est le lieu où elle sera donnée.

Hamon élu grâce à Mélenchon, la politique peut reprendre ses droits.  Le PS va avoir à faire les choix qui le désolidariserons de ses opportunistes. La gauche du PS reprend peut-être à cette occasion le dessus au PS, ou on a un PS de Valls abandonné assez vite par la base militante du PS, ou encore le PS explose. Plus sérieusement, le débat politique reprend ses droits au PS et  en France. La question politique par excellence des deux apories du socialisme devient ce à partir de quoi se discute le débat politique à gauche. La droite elle-même doit revenir à quelque chose de plus sérieux que le fascisme ou la gestion d’entreprise.

Contrairement à ta victoire qui fragilise tes troupes et renforce paradoxalement un PS auquel tu offres le cadeau d’une opposition simple à ta « radicalité », l’élection de Hamon place la France insoumise et le PC au poste de contrôleurs absolument nécessaires d’un Hamon auquel il est impossible de faire une confiance entière. Et jusqu’aux électeurs prudents qui ne veulent pas d’une France radicale, il devient possible de choisir la France insoumise ou le PC sur leurs programmes. Résultat : le PS n’a pas le temps de sortir de son marasme et de ses petits combats de chefs, la France insoumise et le PC raflent la nouvelle légitimité de gauche.

Victoire de ces deux victoires. Le geste glorieux, désintéressé, magnifiquement calculateur du champion de la gauche a sauvé la politique et la gauche. Le travail politique se joue dans une cohabitation renouvelée entre un président PS et une assemblée où la gauche de la gauche est une force déterminante. Ce qui est préservé dans cette situation, c’est un fonctionnement compliqué du politique, y compris dans la 5ieme république. Grâce à toi, qui a marqué les différences de registre dans l’engagement politique, qui a montré comment on gouverne en quelque sorte par contumace, une nouvelle version du politique s’est instillé dans la politique existante – encore Trostky, décidément -. Cette vie politique renouvelée ouvre la troisième porte pour la troisième victoire. De même que l’assemblée surveille la présidence, le peuple surveille les assemblées qui surveillent la présidence. Tu as beau être un communiste comme moi, camarade, je ne peux pas t’accorder une confiance aveugle. Les deux victoires politiques annoncées ne sont que le commencement d’un vrai travail politique de renouvellement du politique. Appellera-t-on cela sixième république ? D’autres positivités politiques inenvisagées naitront-elles ? D’autres combats plus essentiels à venir auront-ils ainsi les ressources nécessaires ? Nous autres, communistes, ne lisons pas dans la boule de cristal. Mais tu peux reconnaître ton combat pour la sixième dans cette description d’une troisième bataille.

Le tour est fait, cher Jean-Luc. Un dernier mot. Nous partageons certainement quelque chose encore. Nous ne nous résignons jamais à la défaite. Tu ne peux pas ne pas avoir entendu tous ceux de nos camarades qui ne veulent pas croire que l’union des forces sera impossible et que nous courrons à une défaite annoncée dans un temps où la gauche et le peuple n’ont plus de temps.

Oui, tu peux ressentir comme une injustice personnelle que ce soit à toi que je demande un retrait. Comment se mettre en retrait quand on a été parmi les seuls qui sont toujours restés debout ? Comment donner les clefs de la maison à celui qui peut gagner parce qu’il est de ceux qu’on dit modérés, alors qu’on sait à quel point la maison a besoin de réparations radicales ?

Oui, je doute encore. Je ne vois pas, même après tous mes arguments, de quel droit je trancherais. Je sais seulement que mes camarades qui veulent une première victoire ne sont pas résignés à perdre. Que il y a suffisamment d’excellentes raisons de voter Hamon et Mélenchon, et que, de ce fait il y aura répartition à gauche, et donc échec. Je ne me résigne pas à être conduit à l’échec justement à cause de la rigueur morale de ceux qui se divisent sur des contradictions réelles, qui ne sont pas d’accord parce que ces convictions sont éminemment légitimes. J’ai rêvé d’un troisième tour des primaires de gauche, où ce serait notre démocratie participative qui aurait tranché. Elle n’aura pas lieu, et il reste comme seul recours l’adresse aux candidats. 

Entendons nous bien. Je ne te demande en aucun cas une démarche d’union. Le retrait dont je parle est un calcul politique qui n’a qu’un seul but : faire gagner un des candidats. Si nous avions été obligés de faire un appel à Juppé contre Le Pen, nous ne l’aurions peut-être pas tous fait, mais personne n’aurait imaginé que nous faisions une union avec Juppé. Si il reste deux ou trois personnes de droite honorables dans un deuxième tour Lepen Hamon, elles feront appel à voter Hamon et personne ne croira qu’il s’agit d’une union.

Reste un combattant, et combat la droite puis la gauche molle. Relis Corneille et examine le vrai courage dans le combat des Horaces contre les Curiaces. Le premier coup que tu peux porter en même temps à la droite moisie et à Hamon est ton retrait. Fatal pour la droite moisie : contre Hamon prenant les voix de Mélenchon, ils n’ont pas l’ombre d’une chance. Immédiatement grave pour le PS qui n’aura a priori pas le temps de gérer son explosion avant les législatives, avec ce petit plaisir supplémentaire de voir comme complètement terminés les destins politiques des Valls et compagnie. 

Le deuxième coup, aux législatives est réellement déterminant pour l’avenir du pays qui a besoin de politiques, et pas d’intrigants.

Qui peut montrer que la politique est plus qu’une affaire de conviction, mais en son fond, de morale ? Ce n’est pas envisageable une seconde que tel ou tel arriviste motivé par son ressentiment fascisant, ses petits intérêts matériels ou narcissiques soit capable de désintéressement et de hauteur de vue. Je continue à croire que ces élites du peuple qui ne méprisent ni n’utilisent le peuple qu’on toujours été ou au moins voulu être ces militants révolutionnaires, communistes, socialistes agissent depuis le plus haut lieu de la morale, d’une morale qui est le contraire d’une tartufferie ou de la jouissance d’un dogmatisme. Si tu fais ce grand geste que j’imagine tu ne seras qu’un parmi tous ceux là. Un militant politique qui calcule tous ses coups, parce que chaque coup compte pour le peuple.

Une dernière référence. Mon romantisme me pousse quelque fois à l’identification, comme militant, aux sept samouraïs qui défendent au péril de leur vie un village paysan. Peu survivent, mais le village est sauvé. Dans l’art de la guerre du samouraï le point essentiel est ce petit espace vide, ce retrait dans l’acte offert par la plus haute méditation, depuis lequel l’esquive devient attaque, et l’attaque victoire.  Qui sait ? Trosky était peut être un maître d’Aïkido ?

A nos victoires, camarade.

n.b. : Je suis un ancien militant de la Gauche Prolétarienne, venu à ce mouvement alors qu’il était sur le point de s’interrompre. Nous avons pu aider Libération à naître, nous avons vu Lip s’auto-organiser, nous avons soutenu le Larzac. Puis, quand les italiens se radicalisaient avec les Brigades Rouges et les allemands avec la bande à Baader, nous avons choisi la sortie du radicalisme. C’est le côté binaire des mao, un coup complètement extrémistes, un coup complètement disparus. Rien à voir avec la constance trotskiste apparemment. Cette petite note biographique pour t’éviter la peine de renvoyer mon opinion à la critique bien connue de l’embourgeoisement de l’ex-gauchiste. Et pour que tu comprennes mieux l’insistance dans ce texte de l’usage du terme communiste. Tous les anciens gauchistes ne se sont pas embourgeoisés, et mon choix de Hamon n’est pas celui de la modération, mais au contraire de la préservation de la radicalité politique contre les trahisons et les radicalisations.

 

Gérard Calliet, le 26 mars 2017

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