Lettre ouverte des partisans de la liberté de vaccination à Marisol Touraine

Contre toutes les attentes, avec un dénigrement total de la démocratie en santé, le professeur Fischer propose à Marisol Touraine de rendre obligatoire 11 valences de vaccins. Son rapport contestable et contesté a remué autant les pro et les antivax. Pour une fois, tout le monde s’accorde à dire que la concertation citoyenne est illégitime.

Madame La Ministre,

Votre absence de réponse à cette lettre relayée par plusieurs centaines de parents m'oblige à la rendre publique.

J’ai eu l’honneur de vous écrire à la demande d’un collectif en pleine expansion, de personnes soucieuses de faire entendre leur voix et de plus en plus réfractaires à un despotisme croissant que vous nous imposez en santé. Éclairée, je m’adresse aussi à votre ministère en tant qu’ancienne présidente d’association de santé, mais aussi citoyenne impliquée dans les sujets de santé publique depuis des années, et lanceuse d’alertes. Vous n’êtes pas sans savoir que cette protestation s’ancre dans une indignation grandissante à propos de l’exception française d’obligation et de pénalisation vaccinales. Cette situation prend en otage la santé de nos enfants et de nos concitoyens dans un mépris mercantile et autocratique de la Science, de la Raison, et des vrais procédés démocratiques tel qu’ils ont pu être légiférés.

Madame la Ministre, vous vous êtes faite défenderesse d’une tutelle rigide en matière de politique vaccinale, et nous en sommes désolés.

De plus en plus de Français informés ont compris qu’une telle posture ne s’explique que par un dogmatisme aveugle, une mésestime des citoyens concernés, et — c’est là le foyer de la grogne — des sources d’intérêts obscures. Bafoués dans leur parole et leurs droits civiques, on oppose à leurs questions, l’avis ultime d’experts : maîtres désignés par une bureaucratie déconnectée de la vie sociale, autorité ultime en matière de pensée licite, et porte close à toute délibération.

Si la démocratie est à ce point mise à mal que seul le port de la blouse blanche ou l’occupation d’une chaire donnent le droit de cité, alors vous vous devez d’œuvrer pour lever le bâillon des médecins et des chercheurs qui osent faire des constatations contraires au discours dominant. Il est inadmissible que la gestion de la contestation se fasse par la mise au pilori des chercheurs et la radiation des médecins alerteurs. Interdiction d’exercice, diffamation, destitution, intronisation du délit d’opinion, obligation de confrérie au-dessus de toute éthique soignante, de telles méthodes visent le but infâme de tuer dans l’œuf tout débat, et de cacher à l’opinion publique des informations inquiétantes, et il n’est nul besoin d’un niveau de spécialité quelconque pour y reconnaître des méthodes tristement connues.

Madame la Ministre, rappelons-nous, car ce signe touche aussi aux fondements de notre société, que les débats actuels dans la classe politique, scientifique, et parmi nos concitoyens, montrent à quel point les décisions en matière de politique vaccinale ne sont issues d’aucun consensus politique, scientifique, ou social ! Comment entendez-vous défendre de telles positions, depuis un gouvernement qui se veut être porteur d’une démocratie représentative ?

Dans un souci d’authenticité et d’exactitude qui fait défaut dans ce débat, nous tenons à porter à votre connaissance quelques chiffres : notre groupe Facebook « Info Vaccin Prevenar » en progression exponentielle compte désormais plus de 40 000 membres (groupe qui n’est pas l’unique en la matière, fondé sur le constat de la scotomisation accablante de tout accident post-vaccinal). Ses membres inquiets scrutent le développement des actions que nous vous demandons et attendent de connaître les révisions que vos responsabilités appellent. Pour mémoire, nous étions 24 000 en août 2016. Cet accroissement est le reflet du débat vif qui a lieu en France au sujet de l’obligation vaccinale et de l’inquiétude légitime de tant de familles.

Au sein d’une culture qui pose en fierté la maternité de Louis Pasteur, de tels manquements sont indécents. D’ailleurs, l’obligation vaccinale est décriée depuis plus de 6 ans par Daniel Floret : Président de l’ex-Comité Technique des Vaccinations — CTV, appréciateur aguerri et pourtant ignoré, autre illustration de l’arbitraire à l’œuvre dans cette obstination, rétive à toute voix, insensible à toute conséquence.

En élargissant notre observation au-delà des frontières, on s’aperçoit que l’opinion française n’est pas la seule à s’alarmer de telles politiques. Ainsi nombre d’observateurs ont pu apprécier le poids du débat vaccinal dans la campagne et l’élection outre Atlantique de Donald Trump. Les attentes autour de la levée de l’obligation et d’une vraie transparence ont, malgré une faible adhésion idéologique, été décisives des choix électoraux. Madame la Ministre, qu’entendez-vous de cette captation d’électeurs désabusés ? En prenez-vous la mesure ? Il semble que les citoyens du monde en sont arrivés à reconsidérer les glissements liberticides à l’œuvre dans les politiques sécuritaires qui infiltrent insidieusement la sphère privée. Ils posent la liberté inaliénable de disposer de son corps comme une exigence supérieure (tel que le stipule l’article 3 de la Convention d’Oviedo) et quand ils ne sont pas entendus, les urnes tranchent.

Depuis la « concertation citoyenne » sur la vaccination (ce titre sera écrit ici entre guillemets tant il est immérité) que vous avez initiée, très nombreuses sont les familles inquiètes de la santé de leurs enfants, paniquées et/ou furieuses des conclusions, et qui m’ont sollicitée ardemment.

Parents, citoyens, professionnels de santé, nous sommes tous d’accord que de l’organisation aux résultats de ce débat, tout a été partial et honteux !

Son badigeon démagogique et journalistique n’a illusionné personne. Les remaniements improvisés et sa distribution prosélyte jetaient, dès les prémices de son organisation, les bases d’un faux débat. Pire encore, comme cherchait à le dénoncer la démission de Thomas Dietrich, haut fonctionnaire de la Conférence Nationale de la Santé (CNS), cette délibération, telle qu’elle a été organisée, viole sciemment les critères d’indépendance et de légalité requis. Au-delà de la déception citoyenne, les craintes de nombreuses personnalités (*) s’y sont alors réalisées. Comme elles le subodoraient, cette « concertation citoyenne » (antidémocratiquement déléguée à un organisme sous tutelle de l’État, l’Agence nationale de santé publique ANSP) n’a jamais été orientée par des objectifs réels et sincères de santé et de prévention ! La déconvenue de nos concitoyens est de taille. Ils ont pris acte, non seulement d’une volonté totalement feinte de réforme, mais aussi de l’ambition d’un renfort de l’assujettissement pourtant décrié.

D’ailleurs, dans un outrage incroyable fait à l’intelligence des Français, le Pr Fischer et son comité d’industriels ont jugé nécessaire non seulement de maintenir l’obligation vaccinale, mais aussi de suggérer d’augmenter les valences obligatoires de 3 à 11 ! On saluerait presque les suites d’une telle annonce, car les réactions de tous bords tendent enfin vers l’unanimité. Seulement, Madame la Ministre ce n’est certainement pas le retour de la confiance annoncé qui les fédère. Bien au contraire !

Sans doute porté par une vision absolutiste et excentrique de sa mission, Monsieur Fischer parle d’imposer le Gardasil pour les jeunes garçons, se dispensant de tout autre avis expert (aucun des jurys présents ne s’est prononcé en faveur de ce vaccin) et dans l’omission tout aussi fantaisiste, des controverses sur l’innocuité de ce produit. À titre d’information, depuis 2007, la vaccination anti HPV mobilise de vives critiques au sein même de la communauté des professionnels de santé. La dénonciation de sa faible efficacité préventive (du cancer du col utérin) n’est du reste pas le seul écueil. Elle a aussi été l’objet d’une plainte au Danemark, où le Nordic Cochrane Center a décidé de poursuivre L’Agence Européenne des Médicaments (l’EMA) pour l’« incurie » dans le traitement d’alertes concernant des effets indésirables graves. Que d’informations oubliées de cette « concertation citoyenne » ! Allez-vous, Madame la Ministre, soutenir cet obscur despotisme et faire insulte au bon sens du peuple français ?

Ce serait un aveu d’échec, un trouble ultime jeté en réponse à son attente avide de transparence. Le paternalisme abusif ne creusera que plus profondément l’abîme entre les instances politiques et les citoyens. D’ailleurs, des signes de ce schisme, dont les médias prennent la mesure au quotidien, se manifestent déjà : perte de confiance en la classe politique, désir croissant d’expatriation, défiance envers les industries pharmaceutiques et agroalimentaires, moral des ménages en berne, etc. sont autant d’auspices d’un besoin pressant de redéfinir l’identité et le statut des citoyens français. C’est dans ce contexte de crise sociale et idéologique que ce comité propose de contraindre l’intégralité des Français, Européens déclassés, à un acte invasif, potentiellement pathogène, au nom de spéculations épidémiologiques invérifiables, alors que ses voisins jouissent d’un vrai droit au consentement.

Quelle humiliation !

Madame la ministre, vous avez le pouvoir de faire voter la loi, mais aussi le devoir de demander l’ouverture d’enquêtes lorsque des situations anormales sont portées à votre connaissance. Nous souhaitons ici rappeler des éléments qui restent pour le moins troubles :

  • Mme la Ministre, que penser de la présence de M. Thierry May qui a reçu 19 240 € de l’industrie pharmaceutique ? Considérez-vous qu’un tel décideur permet de gagner la confiance de quiconque ?

  • Mme la Ministre, que penser de l’occultation des conclusions pourtant argumentées de plusieurs jurys par le comité (décriée par l’association E3M qui déplore entre autres que ses avis aient disparu des annexes) ? Le mandat figurant sur le site de la « concertation citoyenne » précise que les avis de ces jurys et les contributions recueillies en ligne « constituent la matière première de la réflexion du comité d’orientation pour la rédaction du rapport final » ? Pourquoi cet élargissement de l’obligation vaccinale alors que les deux jurys de professionnels de santé et de citoyens ont considéré qu’elle ne pouvait plus être « le seul principe de préconisation des politiques de santé publique » ?

  • Mme la Ministre, que penser d’une « concertation citoyenne » qui entérine le déni ignoble des victimes des vaccins ? Ces derniers luttent déjà contre un système qui leur nie toute existence médicale, juridique et médiatique ! Les citoyens, même les moins concernés, ne se reconnaîtront pas dans une telle barbarie !

  • Madame la Ministre, nous tenons à vous faire savoir que nous nous inscrivons en faux contre les conclusions de la « concertation citoyenne », mais aussi les propos alarmistes et mythologiques qui les sous-tendent. Contrairement à ce que le Pr Fischer a ergoté le 30 novembre 2016, l’éradication de la variole, n’est pas imputable à la vaccination de masse (cf. Rapport mondial d’éradication de la variole de l’OMS de 1979). Souhaitons que le commentaire suivant, qui stipule que 1/1000 de complications encéphaliques est un rapport bénéfice-risque favorable, vous scandalise tout autant que nous (pour mémoire après le dernier cas recensé de variole en 1954, des milliers d’enfants ont continué d’être vaccinés, les plus malchanceux, sacrifiés à cette mathématique implacable). De même, nous considérons à juste titre que l’épouvantail des épidémies et la culpabilisation ne sont plus des arguments légitimes au maintien ou à l’élargissement d’une quelconque obligation. Comment voulez vous que les gens prennent un tant soit peu au sérieux, des personnes nous parlant de grand danger de santé publique, eu égard à la rougeole, alors que la mortalité liée à la rougeole n’a pas excédé 10 décès sur la période 2008 à 2011 (années reconnues comme épidémiques). Si chacun de ces décès est dramatique, citons que les maladies nosocomiales et iatrogènes tuent 20 000 personnes par an, dans l’indifférence générale ! Croyez-vous que les Français nés avant 1980 ne se souviennent pas que la rougeole était alors présentée comme bénigne par les institutions ?

  • Mme la Ministre, la majorité des membres du jury citoyen proposait de saisir une commission parlementaire sur les adjuvants, ce qui a été ignoré. L’omission des questions relatives à la sécurité des vaccins (alors que cette question contribue majoritairement à la défiance actuelle) est pour nous le signe indéniable du favoritisme vaccinal qui a orienté cette commission. Défendrez-vous ici une équité qui n’a jamais été ?

  • Plus scandaleux encore, il a été proposé qu’un fonds d’indemnisation des futures victimes soit créé sur la base d’une nouvelle taxation des contribuables ! Cette mesure, couplée des tests de pharmacotoxicité allégés (inexistence de comparaison avec des groupes de sujets non vaccinés) constituent la promesse d’une immunité totale aux fabricants, et une prise de risque maximale pour les concitoyens ! Et ce quelques soient les mesures accessoires autour desquelles le comité a fait mine de s’agiter !

  • Mme la Ministre, que penser de l’absence de traitement des 10 000 commentaires participatifs ? Qu’a-t-on fait de la parole des Français dans cette concertation citoyenne ? Comment oser prétendre qu’il y a eu un large débat public pendant plus de 6 mois alors que la parole n’a été donnée aux citoyens qu’au travers de l’analyse d’un logiciel et sur la courte période de 1 mois ?

Plus loin, et quitte à se faire taxer du sobriquet d’anti-vaccins (alors que nous sommes des partisans de la liberté de vaccination), nous n’en sommes pas moins soucieux, Mme la Ministre, de répondre à des questions subsidiaires qui débordent largement des préoccupations de la « concertation citoyenne » et qui pourtant appellent une réponse politique depuis longtemps :

  • Quelles sont les occurrences des véritables épidémies modernes ? : les maladies dégénératives, cancéreuses et auto-immunes, qui bien loin des chiffres ridicules brandis en argument à la vaccination forcée, tuent à grande échelle, sans qu’aucun principe de précaution ne soit pris. Quels sont leurs liens avec les principes alimentaires et sanitaires modernes et donc avec la vaccination croissante ?

  • Comment la pandémie de grippe H1N1, événement imaginaire s’il en fut, a généré un tel battement médiatique autour d’une prévention vaccinale, et de dépenses de santé immodérées, sans que l’on invite au débat combien les prophéties alarmistes peuvent être erronées ?

  • Comment rétablir une confiance nationale (et internationale) au regard des scandales sanitaires qui ont précédé notre affaire ? Alors que la révélation de risques médicamenteux est toujours et méthodiquement suivie de manœuvres visant à maintenir les produits sur le marché (puis, quand leur levée est effective, ils restent candidats à l’export, ultime acharnement qui signe à quel point l’objectif mercantile supplante à tout) ? Dernier exemple en date : cas de l’Uvesterol D dont les alertes de la pharmacovigilance sont levées depuis 2006 — il a fallu attendre le décès d’un nourrisson le 21/12/2016 et la pression médiatique pour faire réagir l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament. Néanmoins, que penser de l’inertie des autorités sanitaires françaises dans cette affaire ? Dans un tel contexte, envisagez-vous vraiment que l’appui sur de nouvelles obligations insuffle la confiance ?

  • Pourquoi les mesures d’hygiène, simples, peu coûteuses, non invasives et surtout PEU RISQUÉES, ne sont jamais citées au chapitre de la disparition des maladies, lorsqu’elles sont au même titre que les mesures de santé concomitantes à leur déclin ? Fait-on mauvaise presse à la gratuité et à la simplicité, qui ternissent les idéologies de croissance et d’innovation et ne génèrent aucun monopole ?

  • Quand est-ce qu’une véritable organisation du dénombrement et des indemnisations des accidents post-vaccinaux, ainsi que la structuration d’une formation sérieuse des médecins sur la question des risques et du consentement liés à l’acte vaccinal existera-t-elle ?

  • Enfin, jusqu’à quand brandira-t-on l’argument du bien commun pour violer les nombreux textes de loi défendant le droit de disposer de son corps et de faire respecter ses choix thérapeutiques ?

Le comité que vous avez nommé, n’a eu que faire de ces questions ! Il tient à soutenir et à renforcer des programmes, quel qu’en soit le prix. Avec cette concertation, nous sommes passés de l’ère de l’endoctrinement, à celle du dictat ! À présent, à défaut de rassurer les Français, on s’absorbe à les contraindre !

Pour une majorité sans précédent, les conclusions du comité d’orientation sont celles d’une manigance antidémocratique et corrompue ! Aussi les recommandations de ce groupuscule, dispensé de plébiscite, vicié d’intérêts notoires, dans le cadre d’une concertation que l’on a l’hypocrisie d’appeler « citoyenne », faites au mépris de toute levée de doute sont inacceptables !

Les opinions recueillies depuis donnent l’impression d’une véritable levée de boucliers, et cela n’est pas étonnant, c’est de cette récrimination grandissante dont nous tentions de dialoguer, parfois en vain. Allez-vous attendre que la perte de confiance en l’industrie et en la classe politique soit générale ?

En conclusion, Mme la Ministre, nous appelons à ce que l’organisation et les résultats de cette concertation vous amènent à une réflexion poussée et à prendre la décision de libérer les citoyens de cette obligation vaccinale devenue injustifiable.

Peut-être parviendrez-vous alors à reconquérir la confiance des Français dans la vaccination et dans des mesures de santé qui leur semblent de plus en plus gangrenées par le mercantilisme. Sans cela, les citoyens privés d’interlocuteurs sérieux se tourneront vers des témoignages malheureux, des échanges informels et des cas particuliers, pour ancrer leurs opinions. De plus il est fort probable que vous vous inscrirez dans la lignée des précedents fossoyeurs de la vaccination que sont vos prédecesseurs Mr Douste Blazy et Mme Bachelot.

N’était-ce pas là ce que votre proposition cherchait à éviter ?

Je vous remercie vivement pour votre intérêt et pour le temps que vous passerez à répondre consciencieusement à nos interrogations.

Veuillez agréer, Madame Mme la Ministre, l’assurance de ma parfaite considération.

Sophie Guillot

sophie.guillot.vaccins@gmail.com




 

 

(*) Marie-Odile Bertella-Geffroy, ex-magistrate, responsable du pôle santé du TGI de Paris, avocate spécialisée dans les questions sanitaires ; Thierry Bodin, représentant syndical, CGT Sanofi ; Dominique Bourg, philosophe ; Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine de Paris et président de l’Institut Necker ; Estelle Kleffert, représentante de Génération Cobayes ; Didier Lambert, président de l’association E3M ; Michèle Rivasi, députée européenne EELV ; Séverine Tessier, ex-présidente de l’association Anticor ; Patrick Viveret, philosophe et essayiste

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.