Mon voyage chez Roselyne...

La vaccination contre la grippe A (H1N1) n’est pas au programme de Terres d’Aventures et c’est franchement dommage.
La vaccination contre la grippe A (H1N1) n’est pas au programme de Terres d’Aventures et c’est franchement dommage. Hier, pleine de courage et de détermination, la besace dûment garnie du précieux bon de vaccination reçu il y a quelques jours, je laisse Mouflet tousser dans son lit et je me rends, accompagnée d’une amie qui avait besoin d’une compagnie, au gymnase de mon secteur. Sous un généreux soleil, nous cheminons, pas peu fières, avouons-le, de faire un peu nos citoyennes responsables. Nous avons, elle et moi, des raisons très solides de nous faire vacciner.

 

Une petite halte à la terrasse d’une rue piétonne, et nous voilà à l’entrée de la salle réquisitionnée. Pour ceux qui n’auraient pas encore tenté l’aventure ou loupé les reportages télé,(tous pointant complaisamment le manque de volontaires à la piquouze), parlons franc : l’endroit s’apparente à un supermarché polonais d’avant 1989. Des barrières métalliques grises sont disposées savamment, déterminant différentes zones elles-mêmes divisées par des murailles de carton. L’ensemble vaut franchement le coup d’œil et la photo. Un esprit pervers et non-citoyen ne manquerait pas de voir dans cet agencement cartonnier une symbolique forte : la lutte contre un virus que l’on dit mutant se fait avec des barrières mobiles qu’un léger souffle suffirait à faire tomber. Mais nous étions, mon amie et moi dans notre belle humeur citoyenne, pas question de pouffer. Dans cet univers, quelques silhouettes : les Z’Administratifs, vêtus d’un gilet bleu Gitanes, généreusement siglé « Administration », les médecins d’un gilet virginal, blanc, mêmement estampillé « Médecin », les infirmières d’un rouge et, divine coquetterie, d’une blouse de papier jaune serré à la taille et au poignet. Au milieu de quoi une poignée de candidats à la vaccination : femmes enceintes, mères avec petits enfants, solitaires. Gaillardes et plus que jamais citoyennes, nous nous approchons de la table « Administration » et déployons notre sésame, le fameux bon. La dame administrative, pénétrée de l’importance de sa mission, affable, nous remet un questionnaire médical à remplir et nous laisse franchir les barrières grises. Nous voilà dans le sain des sains… Brève halte à une table pour cocher les bonnes croix sur le questionnaire médical : oui, j’ai un traitement en cours, oui, j’ai été malade ces douze derniers mois, non, je n’ai pas de fièvre. Nous nous posons dans la zone d’attente. « Un médecin va vous recevoir. »

 

Un médecin me reçoit. L'heure est grave, il a un air de croque-mort. Peu me chaut, le sentiment d'être un bon citoyen me protège. J’expose ma situation médicale qu’en patient responsable j’ai pris soin de résumer par écrit : maladies en cours, traitements, antécédents (léger frisson au moment de parler des cancers du sein de septembre 2006 et septembre 2007). Je termine en citant mon rhumatologue : il me faut un vaccin sans adjuvant. Le médecin (où peut-il bien exercer son art ?) me regarde, sévère, (il doit bosser à la sécu et traquer les « abus ») et laisse tomber : non. Ce n'est pas possible. Vous n'appartenez pas aux personnes concernées (sic). En une fraction de seconde, ma fierté citoyenne dégringole, largement en dessous du zéro absolu. Comme je suis d’un naturel patient, que je connais les médecins (les bons, les bouchés, les confus, les consciencieux), je lui demande de m’expliquer la différence entre les deux vaccins. Il parle fort bien de la fragmentation du virus, de l’effet de l’adjuvant sur le système immunitaire. J’attends qu’il ait terminé et je fais ce que je déteste de faire : le patient qui en sait tellement sur sa maladie. « Si j’ai bien compris ce que vous m'avez dit, si j’ai bien compris, depuis 86 j’ai eu le temps, ce qu’est une spondylarthrite ankylosante, il est logique que je reçoive le vaccin sans adjuvant… Comme mon rhumatologue le demande. » J’ai ajouté que j’avais bien pris soin de ne pas lire les milliards de bêtises contradictoires qui se sont diffusées sur le web récemment, que j’ai pour habitude de faire confiance à ce praticien qui me connaît depuis des lustres. En vain. - Je ne connais pas votre médecin (moue de dégoût. Je n’aurais pas du préciser qu’il est chef d'un service hospitalier)… Le Professeur… - On se fout qu’il soit professeur. Le fait est qu’il me connaît depuis 1986 et que j’entends suivre ses prescriptions. L'entretien se termine sur un conseil lâché avec une moue de dégoût : « Faites-vous vacciner dans un service hospitalier. » À quoi j’ai répondu que je pouvais peut-être éviter de déranger un service hospitalier où l’on bosse déjà plus que de raison et revenir avec un certificat médical. « Ah, oui, si vous voulez... », avec l'air d'un végétarien que vous invitez au Pied de cochon. Je suis sortie par là où j’étais entrée, plus du tout citoyenne et furibarde. J’ai attendu mon amie qui, elle, s’est fait vacciner (avec un vaccin adjuvanté). Le Grand Architecte étant ce qu'il est, prévoyant, je consultais l'après-midi même mon médecin généraliste pour Mouflet qui tousse et crache. Il est tombé des nues mais il a établi le certificat. Et, si je décide de vacciner Mouflet, le même pour lui. Sûr que l’épisode n’arrangera pas ses relations avec Roselyne. Je suis retournée dans l’après-midi. J’ai vu un autre médecin qui m’a fait attribuer une dose de Panenza®. Je lui ai suggéré de faire remonter le manque d’information dont cette petite histoire est le signe : un certificat pour tous ceux qui doivent (et non pas veulent) recevoir un vaccin non-adjuvanté. Il a eu l’air surpris que je me soucie d’efficacité. Bêtement, ai-je répondu, si l’épidémie augmente, si les gens affluent la semaine prochaine (probable), ce genre d’incident va gêner. Il n’a pas semblé comprendre ce que je voulais dire… Le vaccin a été fait, dans la cuisse, par une charmante infirmière. Et je suis repartie, évidemment, avec le certificat qui soudain n’a plus semblé intéresser personne. Ce matin, j'ai narré par mail l'historiette à mon rhumatologue. Pas franchement étonné. Seulement écœuré.

(à suivre)

 

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