Fichage et oppression politique : ma lettre à Darmanin, ministre de l'Intérieur.

Depuis 2016 et Nuit Debout, j'ai noté faire l'objet d'attention particulière des services du ministère de l'Intérieur, confirmée par diverses sources... Fichée militante "radicalisée", alors que je suis toujours pacifique et en respect des lois. Je suis opprimée politique. J'exige des comptes. La démocratie n’est-elle pas censée garantir la libre expression de tous? Voici ma lettre à Darmanin.




Madame Sophie Tissier

92170 Vanves
née le 23/02/1979 à Moulins 03

à Vanves, le 21 Septembre 2021

Par lettre recommandé avec accusé de réception numéro : 1A1889132960

à l’attention du ministre de l’Intérieur

Monsieur Darmanin

Monsieur le ministre,

J’ai l’honneur de vous écrire, dans mon intérêt, sur le fondement de l’article 230-8 du code pénal. Vous me connaissez, puisque je suis toutes les semaines, depuis début janvier 2019, en lien avec les services de la préfecture de police, pour l’organisation, avec l’association Force Jaune, puis l’Union citoyenne pour la Liberté, de manifestations opposées à la politique du gouvernement.

Arrêtée plusieurs fois de façon arbitraire, placée trois fois en garde à vue, sans jamais être ni poursuivie ni condamnée, je suis harcelée injustement par les services administratifs dépendant de votre autorité, et opprimée politiquement dans mon expression citoyenne.

En effet, vous n’êtes pas sans ignorer que j’ai toujours eu à coeur d’organiser des mobilisations pacifiques, en accord avec la législation, dans le respect des règles républicaines, et que toutes mes manifestations ont été sans atteinte à l’ordre public : sans casse, sans heurt, ni dégradation. Pourtant le préfet de police de Paris, s’obstine à m’interdire, ainsi qu’à mon collectif, quasiment chaque semaine, les manifestations que nous déclarons, au motif que nous serions, potentiellement, « infiltrés » par des individus violents. Les très rares fois où de telles tentatives ont eu lieu, les hommes des forces de l’ordre n’ont jamais failli à nous protéger de tels individus.

De surcroît, j’ai appris, de plusieurs sources, que je serais inscrite dans divers fichiers de police, le fichier TAJ, mais aussi le fichier FRP des personnes recherchées (« fichier S »), ou encore possiblement dans des fichiers plus confidentiels tels que le fichier FSPRT spécifique à la radicalisation  ou le fichier CRISTINA plus général.
Je n’ai pourtant jamais été ni poursuivie pour des faits qui le justifieraient, et encore moins condamnée.


N’étant pas dans une logique de radicalisation, mais toujours dans des actions revendiquées légales et pacifiques, je souhaite expressément que vous me fassiez parvenir,
pour tous les fichiers existants dans les services du ministère de l’intérieur, l’état de mes fichages, leurs justifications, leurs effets sur ma liberté d’expression publique, notamment sur les réseaux sociaux, et l’ensemble de leurs contenus.

Je tiens à préciser que je n’attends bien sûr aucune faveur, ni logement, ni avantage de quel ordre que ce soit. Mais je tiens bien à faire remarquer, en tant que Femme, que toutes les plaintes que j’ai pu déposer pour des faits de violence : de viol (en décembre 2015) pour des faits d’agression physique et coups (en janvier 2019) et pour des faits de dénonciation calomnieuse et intimidation (mars 2021) toutes commises par des hommes sur la femme et mère que je suis, sont toutes restées classées ou sans suites.


Il est donc très étonnant pour moi de savoir que je fais l’objet d’autant d’attention de la part des services sous votre autorité, en étant si étroitement surveillée, alors que dans le même temps, aucune justice ne m’est rendue lorsque je suis victime.

Cordialement,

Sophie Tissier

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une source supplémentaire sur les notions de fichages des militants : https://theconversation.com/fiches-s-et-autres-fichiers-de-police-de-quoi-parle-t-on-vraiment-148640

lettre à Darmanin envoyée en recommandé le 21 septembre 2021 lettre à Darmanin envoyée en recommandé le 21 septembre 2021

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