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Billet de blog 1 août 2011

Attentats en Norvège: quand écologie et anticolonialisme se rejoignent

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Nous tenons à affirmer notre solidarité au peuple norvégien et nos pensées vont aux familles des victimes des deux monstrueux attentats qui ont eu lieu en Norvège. Que ces actes soient le fait d'un individu isolé ou d'un groupe organisé ne change rien au fait que cet attentats terroristes s'inscrivent dans un contexte politique et idéologique de «guerre des civilisations» initiée par l'administration Bush et reprise depuis par tout une frange de la classe politique en Europe.

Aujourd'hui nous assistons clairement à une recomposition des pensées racistes du siècle dernier qui se fédèrent autour de l'idéologie coloniale de «guerre des civilisations». En France, discours classique d'extrême droite, discours de réhabilitation et de nostalgie de la colonisation et d'identité nationale, racisme anti-musulman et instrumentalisation nationaliste de la laïcité se combinent pour former une nouvelle mouvance d'extrême droite dont les frontières sont beaucoup plus larges.

L'UMP et le Front National de Marine Le Pen jouent à la surenchère à coup de stigmatisation de l'islam et des musulmans, de remise en cause de la double nationalité ou encore de répression accrue à l'encontre des Roms et des sans papiers ou de condamnation du «multiculturalisme» comme responsable de tous les maux. La gauche est elle-même divisée sur ces questions et en devient incapable de proposer la moindre réponse.

Ainsi, si les néo-conservateurs ne sont plus au pouvoir aux Etats-Unis, leur idéologie est entrée en phase avec les traditions fascistes et racistes présentes traditionnellement en Europe. Il en résulte une nouvelle mouvance qu'il nous paraît le plus adéquat de qualifier de «colonialiste». Cette mouvance est multiforme, des organisations comme le Front National de Marine Le Pen ou Riposte Laïque sont clairement dedans. L'UMP qui, par « proximité », s'est vite rendu compte de ce qui était en train de se faire, a décidé de mettre un pied dedans et un pied en dehors. Le réseau «droite populaire» est la partie UMP de cette mouvance. Bref, un nouveau «parti colonial» est en train de se composer à droite.

Ce qui est arrivé en Norvège est l'apparition de ce qu'on pourrait appeler l'aile «radicale anarchiste» de cette mouvance. Même si les partis d'extrême droite ne sont pas directement en lien avec le(s) responsable(s) des ces attentats, ils se retrouvent clairement ensemble dans la «guerre de civilisation».

Aujourd'hui, il est urgent de réagir à la montée de ces idéologies racistes de deux façons.

D'une part, affirmons clairement que dans nos sociétés, le multiculturalisme n'est pas un choix mais une réalité. D'autre part, ne nions pas les replis et malaises identitaires qui traversent nos sociétés, chez ceux parfois qualifiés de «souche» comme chez ceux issus de l'immigration. Par contre, expliquons que ce mal-être ne vient pas de l'immigration ou du «multiculturalisme» mais est la conséquence d'une mondialisation économique et culturelle et plus généralement d'un mode de développement qui détruit tous nos systèmes de protection sociale et culturelle.

Devant la fragmentation de nos sociétés, la montée de la société de consommation et de l'hyper-individualisme qui va avec, les fractures sociales, culturelles, numériques, il n'est pas étonnant que de nombreux Français ressentent une perte de repère et puissent être tentés par les discours pointant les immigrés et leurs descendants comme en étant l'origine.

Or, les «jeunes de banlieue» (certains diront «à casquette») qui sont dans «l'imaginaire collectif» les plus fidèles «prototypes» (vu que c'est comme cela que certains ministres les qualifient) des descendants d'immigrés, sont plutôt dans la culture «streetware», «rap», «techno» ou d'autres qui sont bien de «chez nous» et, mondialisation culturelle oblige, qui proviennent souvent des Etats-Unis. Penser alors que ces comportements finalement très «occidentaux» sont dus à la culture d'origine ou à la religion des enfants issus de l'immigration sont d'une cécité ou d'une mauvaise foi épatante.

Oui, osons le dire, notre société va mal, les difficultés économiques mais aussi les pertes de repères culturels créent un «mal-être» réel qu'il faut cesser de nier. La recherche de la cause dans «l'autre» n'est pourtant pas la solution.

Ce modèle de développement et ces idéologies basées sur la concurrence, la possession et la domination, qui casse nos structures sociales, est le même que celui qui nie les limites terrestres et est en train de détruire notre eco-système. Nier la diversité humaine rejoint les politiques qui nient le besoin de respecter la bio-diversité.

Le combat pour la sauvegarde de notre environnement et le combat contre les replis identitaires et les discours de guerre des civilisations sont deux facettes du même combat écologiste.

Frédéric Farid Sarkis, membre fondateur de «Sortir du colonialisme» et initiateur de l'appel «Laïcité n'est pas racisme»

Djamila Sonzogni, conseillère régionale, ancienne porte parole EELV et initiatrice de l'appel «Laïcité n'est pas racisme»

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