Loi Sécurité Globale - J'interpelle "mon" député

J'essaye d'entretenir une relation épistolaire avec le député de la circonscription où je réside. C'est une peu à sens unique mais qui sait, le sens de la république touchera-t-il enfin ce député de la majorité ?

Monsieur Arnauld CARPIER

Citoyen habitant la 4° circonscription de l’Hérault

 

Lettre ouverte[1]

 

Vendredi 27 novembre 2020,

 

Monsieur Jean-François ELIAOU

Député de la 4° circonscription de l’Hérault

 

Monsieur le Député,

 

Je vous interpellais le 06 mai dernier au sujet de la prolongation de l’état d’urgence mais également sur deux points précis, le fait de confier des données sensibles à des acteurs non médicaux et non publics et sur le suivi des patients par le biais d’une application sans rechercher la confiance et la participation actives des citoyens.

Je fais aujourd’hui deux constats, tout d’abord, je n’ai reçu de votre part aucune réponse, aucun argument ce qui pour moi en dit long sur votre conception de la fonction d’élu du peuple.

Le second constat, sur le fond, m’incite à penser que le gouvernement que vous soutenez a sapé de lui-même et perdu la confiance d’une large partie de la population. C’est dramatique au regard du fait qu’on ne peut inciter une Nation à faire face à l’adversité sans un minimum de cohésion et d’adhésion. Mais cette adhésion, en démocratie, elle se gagne par le dialogue, la confrontation d’idées et le respect des institutions élues et dédiées à la gouvernance.

Dans un autre domaine aujourd’hui, je constate que vous avez voté en première lecture à l’Assemblée nationale la loi dite de « Sécurité Globale » dont plusieurs dispositions entament sévèrement la liberté d’expression et l’exercice de la citoyenneté dans ce pays. Faut-il que votre majorité se soit autant isolée et claquemurée dans ces certitudes pour ne pas s’interroger sur le sens historique de ce texte ? Faut-il qu’elle ait perdue tout sens politique pour ne pas anticiper sur ce qui représenterait une victoire politique majeure des ennemis déclarés de la République, à droite, y compris dans vos rangs et à l’extrême-droite. C’est avec celles et ceux qui déclarent vouloir sortir notre pays de l’état de droit ou qui appellent de leur vœux un pouvoir autoritaire que vous avez mêlé votre voix.

C’est votre droit.

C’est le mien d’être vigilant. A ce titre, je souhaite également vous rappeler mon interpellation sur l’abaissement des pouvoirs du Parlement et note ce matin que le Ministre de l’Intérieur et le gouvernement, après avoir obtenu le vote honteux de sa majorité, vous désavoue en recourant à une commission indépendante pour faire modifier l’article 24. On touche véritablement le fond.

Bien à vous Monsieur le Député,

Arnauld CARPIER.

 

[1] Envoyé par courriel.

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