J'avais à peine plus de 10 ans quand j'ai fait la connaissance des rapports du GIEC, des réflexions médiatisées de Jancovici (même si je ne partage pas son objectif final de conserver une société au plus proche de ce qu'elle est aujourd'hui) et que j'ai commencé a réfléchir à ce que veut dire réchauffement climatique, ses causes et ses conséquences. J'ai très vite compris que la cause vient de notre mode de vie, de notre façon de nous déplacer à outrance pour se vendre, pour les loisirs, voire pour rien.
Très rapidement, j'ai acquis la conviction que pour minimiser mon impact individuel sur le réchauffement climatique, il fallait me "priver" de cet outil de liberté qu'on appelle automobile. Quand on vient, comme moi, de la campagne et qu'on a grandi autour des circuits de sports mécaniques, cela revient, selon les dires de mes connaissances de cette période, à signer son arrêt de mort. Je ne pourrais pas dire le nombre de fois où l'on m'a dit qu'il est impossible de vivre sans voiture et que cela va être impossible de trouver du travail. A croire que la voiture est arrivée avant l'humanité. Quand je réponds que la voiture n'est pas un instrument de liberté mais au contraire un maillon essentiel qui nous impose la servitude et qui sert également à nous voler les maigres ressources financières que le haut patronat veut bien nous laisser en échange de l'exploitation de notre capacité productive, je me fais voler dans les plumes. Cela vient de tous bords, famille, ami(e)s, et même inconnus au hasard des rencontres.
Même pas encore majeur que déjà la lutte contre le réchauffement climatique me donnait ma première leçon : apprendre à faire le dos rond face aux critiques et aux remises en cause des décisions que je croyais être les bonnes. A cette époque, on venait de passer à l'Euro, l'essence était bon marché et les voitures ne coûtaient pas encore ce qu'elles coûtent aujourd'hui. Il a fallu résister aux injonctions familiales, aux tentatives d'obligation de passer ce permis de conduire, vendu comme un droit à la vie. J'ai tenu bon mais cela n'a jamais été accepté. Aujourd'hui encore ça ne l'est pas.
J'ai continué mon chemin et mes recherches pour justifier mon choix. 20 ans plus tard, j'en ai la conviction. La déesse bagnole et sa horde de fanatiques lobbyistes qui n'ont pas besoin d'être remunérés par Total, BP et autre Shell (il faut en citer 3 c'est ca?) vont finir par avoir notre peau à tous.
Electrique ou non, elle nécessite des ressources en métaux, des usines et du transport. Electrique ou pas, elle roule avec des pneus en pétrole, est construite en pétrole et se déplace sur du pétrole. Electrique ou pas, elle coûte un pognon de dingue (pour citer notre despote). La dernière fois que je me suis informé sur le coût annuel, en 2017, c'était de l'ordre de plus de 3 500€ annuel en moyenne. Mes connaissances, fervents défenseurs de cette ignominie, ne me croyaient pas et se considéraient comme des "petits rouleurs". Alors on a fait les calculs ensemble et on arrivait, pour tous, à plus de 3 500€ alors que la plupart d'entre eux ne gagnaient que le SMIC. Leur argument suivant fut le temps de trajet domicile - travail. Sur mes 4 trajets de 7 kms quotidien, je gagnais environ 10 minutes par jour avec mon vélo (non électrique avant un problème physique majeur) en évitant les bouchons de sortie de ville. J'étais encore dans le vrai. Ils m'ont ensuite « balancé » les urgences à gérer. C'est quoi une urgence ? Impossible d'avoir une définition précise tellement leur vision était faussée par l'utilisation de la voiture. Force est de reconnaitre que quand on peut se déplacer comme on veut quand on veut, tout devient une urgence à tel point que cela déforme la perception du temps lui-même et de ce qu'est une urgence. Tout y passait, problème de santé, achat urgent, temps de déplacement pour aller au travail ou pratiquer des loisirs. Chacun a sa définition des urgences.
Ce mode de vie je l'ai expérimenté à la campagne profonde, 10km du premier commerce. En péri-urbain, 10km d'une ville moyenne. Dans une grande ville. Evidemment la non-conduite ne se vaut pas dans chacun de ces lieux et il est vrai que dans la campagne profonde, cela engendre un isolement difficilement supportable et une quasi impossibilité de travailler. Dans les 2 autres lieux, c'est tout fait soutenable et rentable. Le constat final que j'en ai fait, c'est que les barrières sont posées par les gouvernements qui sont incapables de nous sortir de ce merdier bourbier qu'est la bagnole individuelle comme seul mode de déplacement pour tous. Pire, avec leurs discours successifs (surtout celui de la macronie ces dernières années) sur la flexibilité des travailleurs, ils nous incitent à avoir une voiture. L'Etat va même jusqu'à financer les permis de conduire de ceux qui n'ont pas les moyens de se le payer. En agissant ainsi ils participent grandement à forger le maillon essentiel de cette chaine qui nous lie au système économique productiviste qui nous mène dans le mur du changement climatique, avec pour seul but de remplir les poches des grandes entreprises pétrolières écocidaire et de production de ces boites métalliques.
A aucun moment il n'est fait mention des responsabilités que la conduite d’une voiture impose. Respecter les limitations de vitesse, ne pas téléphoner au volant, ne pas regarder d'écran en conduisant, être respectueux et attentif à ceux que l'on est susceptible de mettre en danger. Si l'on prend ces 4 éléments, 100% des automobilistes sont dangereux pour la vie des autres usagers de la route. Dans la ville voisine, une étude de la vitesse a été menée pendant plusieurs mois sur une portion de route de 400m avec pour objectif de déterminer si l'installation d'un dos d'âne était nécessaire. Le résultat est implacable, 95% des automobilistes étaient en excès de vitesse et 30% d'entre eux l'étaient de plus de 20km/h avec des pointes à plus de 100km/h, sur une route limitée à 50. Mais de cela il n'est jamais question. Pire, les automobilistes se rebellent quand une baisse des limitations de vitesse est programmée. Ils vont même jusqu'à détruire les instruments qui leur rappellent que ce sont des délinquants de la route.
La route n'est pas partagée, elle est le royaume de la bagnole.
Les cyclistes et piétons sont priés de faire attention aux voitures car les automobilistes ne feront jamais attention à eux. Je ne me revendique pas comme le cycliste parfait, loin de là. Cependant il y a un point sur lequel tout cycliste averti sera bien meilleur que les automobilistes : le code de la route. Nous sommes obligés, pour notre sécurité, de connaitre le code des cyclistes et celui des automobilistes. Là où la plupart des automobilistes ne connaissent pas forcément celui qui s'applique à eux. Je ne compte plus les coups de rétroviseurs dans les coudes, les tentatives de me pousser hors de la route. Bref les automobilistes sont dangereux, mortellement dangereux.
Cette remarque est valable pour la Police également. Pas plus tard que cette année, un gradé de la police nationale m'a soutenu qu'il est interdit de circuler à vélo sur un rond-point et il ne connaissait pas la signification des panneaux pour cyclistes sous les feux tricolores. Visiblement ils sont mieux formés aux tirs de LBD qu'aux codes de la route.
Ma plus grande et plus loyale opposante dans ce combat fut ma compagne. Elle s'est mise, elle aussi, au vélo du quotidien et je peux dire sans l'offenser qu'elle s'est radicalisée contre les attitudes des conducteurs d'engins de morts et qu'elle a pris conscience que, lorsque je lui disais "risquer ma vie" chaque jour pour me rendre au travail, ce n'était pas une extrapolation de la vérité mais plutôt une minimisation. En réalité c'est une fois par trajet.
Le travail, venons en a ce point. Il est évident que ne pas avoir de voiture est un frein surtout quand, comme moi on n'a aucun diplôme parce que pas du tout adaptable au système éducatif en vigueur (c'est un autre sujet). Mais au-delà de ça, aucune des entreprises dans lesquelles j'ai pu vendre ma capacité de production n'était adaptée à des travailleurs cyclistes.
La dernière en date, 450 salariés, pas de vestiaire, pas de parking vélo, tout juste 3 cercles métalliques de 10cm de haut qui servent uniquement à détruire les rayons, contre 150 places de parking. Même pour les voitures elle fournissait le minimum alors pour les vélos... fallait pas rêver. Donc évidemment, on ne coupe pas aux remarques. Il pleut, tu es mouillé toute la journée et tu sens la transpiration en plus de l'odeur des vêtements humides. Il fait chaud, tu sens la transpiration encore plus fort que quand il pleut. Bref nous sommes désagréables pour nos collègues dans ce genre d'entreprise et cela se ressent. Je suis presque sûr de ne pas être le seul à avoir ressenti cela.
Apres deux décennies à assumer mon choix, je peux le dire : c'est un choix difficile mais au combien bénéfique. Pour la santé, 30 minutes de vélo par jour, le corps aime malgré les gaz toxiques que nous sommes obligés de respirer. Pour le moral, c'est bien plus agréable de faire du vélo après le travail, cela permet la contemplation en même temps que les trajets indispensables. Pour la perception du temps et l'organisation avec celui-ci, on n'a plus la même notion d'urgence, les trajets sont planifiés et surtout on ne se déplace pas pour rien.
En revanche, je ne comprends pas pourquoi je l'ai compris et pris une décision avant d'être en âge de passer le code et la conduite accompagnée alors que la très grande majorité d'entre nous ne prend aucune décision à ce sujet. Ce que je trouve le plus étonnant, pour ne pas dire risible, c'est que notre modèle capitaliste nous impose de faire une dépense importante avant même d'avoir un revenu. La théorie du ruissellement (accumuler pour ensuite investir) ne s'applique donc pas à l'univers de la voiture. Non c'est la logique inverse, d'abord investir, bien souvent l'argent que l'on n'a pas encore, pour ensuite en tirer un bénéfice.
Bien sur le vélo n'est pas parfait. Il a aussi des défauts. Ses pneus sont en pétrole et malheureusement nous sommes très souvent contraints de rouler sur du pétrole. Il nécessite aussi des matières premières et des usines de production. Mais ce n'est rien du tout par rapport à cette déesse adulée et louée par grand nombre d'entre nous. Nos vélos ne génèrent pas la pollution de l'air responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts chaque année en France, sans parler des maladies respiratoires. Je n'ai pas de pot d'échappement qui se situe juste en dessous du nez de nos enfants. Je ne leur impose pas ce poison. Je ne laisse pas tourner mon moteur, pour mon petit confort, pendant que j'attends mon enfant devant l'école. Cette pollution là, on ne peut pas la rejeter sur les Chinois ou les Américains, elle est la conséquence de la politique française en matière de transport depuis plusieurs décennies, ainsi que de notre incapacité individuelle et collective à remettre en cause les choix de la classe dominante.
En France on n'a pas de pétrole, mais on a des idées. Surtout quand il s'agit de nous exploiter et de nous rendre malade.
J'ai bien conscience que la grande majorité d'entre vous va voir ses poils se hérisser en lisant ces lignes. Cela m'est égal et mon but est volontairement de choquer ceux qui ne sont pas d'accord avec moi. J'ai également fait le choix de ne pas mentionner les transports en commun qui feront l'objet d'un texte dédié.