Le premier tour de la présidentielle en Moselle, au-delà des trompeuses apparences

L’analyse faite par Mediapart des résultats de l’élection présidentielle en Moselle dans l’article de M. Magnaudeix « En Moselle le non à Sarkozy passe par le FN » est très contestable, ce dont aucun des commentateurs du fil de l’article ne semble malheureusement s’être aperçu.

Si l’on analyse les résultats officiels en Moselle (page 44 du Monde de ce mardi 24 avril), le total des candidats de droite cumulé fait 62 % (Sarkozy 26%, Le Pen 25, Bayrou 9, Dupont-Aignan 2), contre un total cumulé de 67% en 2007 (dont 30, 5% pour S, 19 pour B et 15 pour LP).

La gauche, en revanche, progresse sensiblement, avec un total cumulé de 37, 5% (dont 24, 5% pour Hollande et 9,5 pour Mélenchon), contre 32,5% en 2007 (dont 22% pour Royal et 1% pour Buffet).

Si l'on veut faire preuve d'une certaine fidélité aux faits, il convient donc d'abord de saluer le solide dynamisme du vote de gauche en Moselle lors de ce premier tour, lequel reste néanmoins très minoritaire dans ce département traditionnellement et structurellement de droite (à l’impossible nul n’est tenu).

L’exploit de JL Mélenchon mérite en particulier d’être signalé (l’article de Mediapart omet de le relever de manière assez scandaleuse), dans un département où il ne pouvait bénéficier, c’est le moins que l’on puisse dire, d’un solide maillage préalable du Parti Communiste.

A droite de l’échiquier, on constate le déclin humiliant de la droite « institutionnelle » (moins 10 points pour Bayrou, moins 5 points pour Sarkozy), déclin déjà constaté à Metz ou à Thionville lors des dernières municipales (et que le suicide de l’ancien maire de Thionville avait tragiquement manifesté). Ce déclin ne profite qu’en partie à la candidate d’extrême-droite, qui est à la fois la bénéficiaire et le symbole de la décomposition de la droite mosellane.

Il convient d’insister fortement et fermement sur le fait que le succès de la droite nationaliste contestataire accompagne et manifeste le déclin général de la droite mosellane, traditionnellement marquée par son sens de l’Ordre et de l’Etat (marque à la fois de l’héritage catholique des Habsbourg, renforcé par les catholicismes italien et polonais, et de l’héritage prussien des Hohenzollern, double tradition qu’un Pierre Messmer avait su avec brio maintenir dans des limites démocratiquement acceptables, ce dont les gaullistes dégénérés que sont les sarkozystes se sont montrés incapables).

Pour conclure, les résultats du premier tour de l’élection présidentielle en Moselle semblent nettement annonciateurs, comme dans le reste du pays, de la probable victoire de la gauche socialiste le 6 mai.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.