Les "Affaires" - Le chainon manquant du 7 mai.

A 500 km de Paris... Ce que j'ai ressenti dimanche 6 mai 2012 vers 20h ressemblait fort à un énorme soulagement. Je ne suis pas citoyen français, je ne vis pas en France, je n'avais donc rien à attendre de particulier de l'élection ou de son résultat. A priori.

Le 10 mai 81, j'ai fait 500 bornes pour aller à la Bastille, j'avais 18 ans. Depuis, la vie m'a rattrapé et si j'ai le coeur à gauche, j'ai la tête au centre-droit. Si j'avais une carte d'électeur français, je serais sans aucun doute bayrouiste.

Depuis hier soir, j'ai flâné sur la toile, lu des éditos, des fils de commentaires, des billets, des analyses de toute sorte et je suis quand même sidéré par schizophrénie qui règne à droite. On reproche à Hollande sa victoire, on la lui regrette, on lui chipote la victoire du débat, on minimise le score, on essaie de se rassurer avant d'aiguiser les dagues -florentines du temps de Mitterrand- en vue des Législatives. D'un autre côté, alors que la défaite de Sarko arrive comme la chronique d'un échec annoncé, on est incapable de la moindre autocritique. Militant UMP, je demanderais des comptes sévères à mes "dirigeants".

Eh bien non, il est plus confortable de minimiser la victoire de F. Hollande, de se réfugier dans le déni. Avant même qu'il ait pris ses fonctions, on lui fait déjà un mauvais procès sur sa supposée mollesse qui devient soudain de l'agressivité déplacée pendant le débat. Tout et son contraire, marque apparente d'un fort désarroi à l'UMP.

"Casse-toi pôv' con"

Cette malencontreuse réaction de N. Sarkozy est le symbole du quinquennat. C'est le "Omar m'a Tuer" de la Sarkozye. Au-delà de la timidité des "observateurs", critiques et analystes de tout poil envers la victoire de F. Hollande, je suis proprement sidéré de voir que pas un média générique public ou privé n'ait proposé une vision sans filtre de la personnalité de N. Sarkozy, laquelle est quand même la première raison de son échec électoral. A gauche comme à droite, il y a une sorte de "black-out" pour une fois consensuel afin d'éviter les sujets qui fâchent, surtout s'ils sont ravageurs. De la part des chefs de parti ou de meute, passe encore, mais pourquoi ce silence médiatique inféodé ?

Mais surtout, je m'attendais quand même à lire, ici ou là, des questionnements sur les "Affaires", non pas tant sur le fond (laissons la justice faire son travail) mais sur les suites juridiques possibles, en particulier la perte de l'immunité présidentielle. Karachi, Bettencourt ou encore Kadhafi, pour ne citer que les plus emblématiques, sont des sujets dont on parle épisodiquement depuis plus de deux ans. La seule antienne qu'on ait entendu du côté des impliqués, c'est "grotesque", "fable", "mensonge", là aussi pour résumer. 

Ce n'est plus un silence poli ou diplomatique, c'est une omerta. Après dix années d'un combat de boxe entre Sarkozy et l'esprit des Institutions, c'est la France qui se réveille si ce n'est KO, au moins sonnée. En dix ans, Sarkozy aura réussi à détruire l'essence gaullienne de la Vème République. C'est Mitterrand qui avait dit (je cite de mémoire) : "les Institutions étaient dangereuses avant moi, elles le redeviendront après moi". Si tous les Présidents de la Vème ont, à des degrés divers, utilisé les Institutions au profit de leur pouvoir personnel, Sarkozy, lui a carrément explosé le compteur. Aucun de ses prédécesseurs n'a autant phagocyté le pouvoir régalien que lui. 

Le chainon manquant

Dans un mois, les immunités présidentielle et ministérielles seront tombées. Pour quelle(s) suite(s) ?

Comment peut-on, en tant que citoyen, tolérer ces dérives du pouvoir sans avoir envie de les voir sanctionnées ?

Comment peut-on analyser une victoire, une défaite, de futurs enjeux sans regarder dans les yeux et les condamner, les manquements républicains ? 

La victoire de F. Hollande, c'est avant tout la volonté d'en finir avec un style, des méthodes et une personnalité, c'est l'amorce d'un retour vers l'esprit républicain. Esprit copieusement saccagé par des gens sans foi ni loi, autres que les leurs. Comment les Français peuvent-ils aller voter pour les Législatives en vue d'élire plusieurs de leurs semblables qui, peut-être finiront devant la justice, mis en examen ? Du côté de chez moi, Sarkozy serait démissioné depuis 4 ans et ça empêcherait les gens de dormir pendant 6 mois ; en France c'est presque "normal". 

Il est urgent et nécessaire que le débat sur la moralité de la politique se fasse au grand jour. Le système parfait n'existe pas, mais ce n'est pas une raison pour en profiter avec un tel cynisme. J'ai été frappé par les électeurs sarkozystes pour qui le financement de leur candidat par un sinistre dictateur ne pose pas de problème moral !

48% des Français ne sont pas choqués par ces pratiques ; ça montre crûment le niveau de déliquescence de la démocratie en France. Mais le pire, c'est qu'il ne se trouve rigoureusement "personne" dans les 52% restant pour aller le crier sur la place publique. Et la couleur de la cravate de Hollande recouvre pudiquement les cris de ceux qui souhaitent que la justice passe là où elle doit passer. 

 

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