La liste de Condamin-Gerbier semble faire pschittt!

Selon le Canard enchaîné du 17 juillet, les révélations fracassantes de PCG sur la liste de 15 ministres actuels et anciens qui auraient des comptes cachés en Suisse ressemblent de plus en plus à un pétard mouillé ou une tempête dans un verre d'eau.

Selon le Canard enchaîné du 17 juillet, les révélations fracassantes de PCG sur la liste de 15 ministres actuels et anciens qui auraient des comptes cachés en Suisse ressemblent de plus en plus à un pétard mouillé ou une tempête dans un verre d'eau. Déjà raillé par la presse suisse à cause de ses mensonges sur sa carrière, une moralité un peu douteuse (condamnation pénale et licenciement pour abus de confiance) et un train de vie manifestement au-dessus de ses moyens (mise aux poursuites pour plus de 130'000.- €), une partie au moins de ses propos à Mediapart et à la commission d'enquête parlementaire semblent plus relever de l'affabulation que d'une réalité tangible et vérifiable.

Selon les sources du Canard, devant les magistrats, "il s'est montré très vague et n'a pas fourni sa fameuse liste. Il a été moins loquace, citant seulement les noms d'un homme d'affaires lié à un ex-ministre giscardo-chiraquien et de membres de la famille Fabius, sans plus de précisions et sans la moindre preuve". On est assez loin des déclarations à Mediapart et devant la commission d'enquête parlementaire...

Outre que ces informations donnent de la crédibilité à ses détracteurs, notamment François Reyl qui a donné une interview à l'AGEFI indiquant que les affirmations de PCG étaient fantaisistes et qu'il avait en outre grossièrement falsifié un document de la banque, cela pose clairement la question de la vérification des sources et du recoupement de l'information publiée, en particulier par Mediapart.

Pourquoi Mediapart ? Parce que notre média on-line préféré nous a habitué à une rigueur déontologique qui semble marquer le pas devant le scoop, à savoir l'interview de PCG , mais aussi celle de Falciani. J'avais relevé, dans le fil des commentaires de l'interview Falciani, que l'absence de questions dérangeantes ne me permettait pas de me faire une idée convaincante de la crédibilité du monsieur. Je regrettais aussi que Mediapart n'ait jugé utile de nous informer des accusations portées contre Falciani, notamment de son ex-maitresse qui a affirmé que Falciani avait d'abord tenté de monnayer sa liste avant de jouer les redresseurs de tort.

Le problème qui se pose maintenant est tout de même sensible, dans la mesure où la crédibilité des deux "lanceurs d'alerte" français est clairement mise en doute. Une fois encore, je suis et reste persuadé que les systèmes décrits aussi bien par PCG que Falciani ne résultent pas d'affabulations, mais donnent au contraire une idée assez claire de l'ampleur des systèmes de fraude fiscale mis en place par certaines banques suisses. Toutefois, en cachant certains aspects de leur personnalité, en mentant ou en exagérant certains propos, ils se décrédibilisent sérieusement.

Ils veulent se faire passer pour des victimes à protéger, alors que leurs révélations sont basées sur des actes délictueux et condamnables en Suisse, mais probablement aussi en France, selon la manière dont on interprète leurs motivations, surtout en ce qui concerne Falciani. Dès lors, non seulement ils perdent leur crédibilité, mais ils salissent également la cause noble derrière laquelle ils se retranchent.

J'ai également exprimé par ailleurs que je trouvais excessif de les (PCG & Falciani) comparer à des vrais lanceurs d'alerte, les Assange, Manning ou Snowden tant leurs motivations me semblaient très éloignées de celles des deux français ; faire du fric du côté Falciani et se faire mousser du côté de PCG.

Mais ce n'est pas le plus grave. Ce qui l'est, c'est que la Suisse a maintenant une kyrielle d'éléments à opposer à d'éventuelles demandes de la justice française. Il semble de plus en plus compromis pour la France de fournir des éléments concrets et valables de façon à délier les autorités suisses du secret bancaire. Accessoirement, je m'interrogeais sur l'absence de réaction de la France officielle dans ce dossier, je comprends maintenant mieux pourquoi. 

Malheureusement pour les contribuables français, les 108 milliards d'évasion fiscale cachés en Suisse ne sont pas prêts de repasser la frontière. Ce, sans parler des presque 500 milliards cachés dans les autres paradis fiscaux. A quelques rares exceptions près, les fraudeurs peuvent recommencer à dormir sereinement.

 

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