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Billet de blog 29 mai 2015

Dix ans déjà…Du NON au TCE à la révolte des banlieues, en toute logique[i]

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 Intervention du Parti de Gauche de Vénissieux le 29 Mai à 17h, place de la paix (Vénissieux) répondant à l'invitation des communistes et de tous ceux qui avaient contribué à la victoire du NON en 2005 .

 L’approbation du Traité Constitutionnel Européen » était sensée traduire un consensus politique généralisé d’adhésion à la nouvelle bible des lois indéfectibles du marché. Il  a été rejeté.

Aussi, la victoire du NON a transformé la question posée d’ un vote utile à travers l’approbation du TCE, en une question sociale conflictuelle. Plus précisément, le NON au TCE est l’expression même de l’antagonisme radical qui affecte la société capitaliste et que nous appelons nous la lutte des classes.

Cet antagonisme a pris une forme pacifique, en saisissant la voie du référendum démocratique qui lui était offerte ; non sans  avoir résisté aux raids quotidien de l’information B52 expliquant au bon peuple « qu’il ne comprend pas bien où est son intérêt » ; cela n’en a que plus de poids . Les oligarchies  au pouvoir ont perdu la face démocratiquement.

Le NON a mis a vif la contradiction capital/travail sans médiation aucune. Cela signifie que le pseudo discours d’autorité des gouvernants, ou les discours savants des experts et autres  éditorialistes sont délégitimés.  Dix ans déjà, et l’on nous rabâche toujours les mêmes sornettes ; en ce sens les médias sont bien la seconde peau du système pour donner un semblant de légitimité au pouvoir.

En opposition, le discours qui structure aujourd’hui la société est celui du « malaise social », discours où l’exigence sociale est affirmée comme une condition du vivre ensemble. Ce discours est aussi un discours de lutte pour la production d’un savoir de sens commun pour construire un  autre monde possible.

Dix ans déjà, et aujourd’hui en Europe, c’est le peuple grec qui est sur le front principal de la lutte des classes ; c’est lui qui nous montre à travers sa douloureuse expérience la voix de l’alternance démocratique ; il compte sur le soutien des autres peuples européens, ne le faisons pas  trop attendre. Ce déni démocratique qui a bafoué la souveraineté populaire  en 2005 en France et qui en 2015 bafoue le peuple grec  est insupportable.

Si nous avons du retard à l’allumage dans ce soutien, malgré la compréhension que nous affichons de la situation nous le devons à notre histoire ; une histoire qui nous a échappé : en 2005, nous aurions bien aimé que, dans le prolongement du NON, « le malaise social » descende dans la rue…..

 ET pourtant il est bien descendu dans la rue mais - Nous - « la Gauche »  - avec ou sans guillemets, voire avec des pincettes -   n’avons rien compris, nous n’en avons  même pas garder la trace ; nous en payons le prix aujourd’hui.

En 2005, la victoire du NON a marqué une rupture sur le plan Symbolique, mais dans le Réel c’est la révolte des banlieues qui a surgit dans son prolongement. Dix ans déjà.

Cette incompréhension historique, si je puis dire, a traduit une rupture sur le plan de la culture commune. Comme dit la chanson « On ne choisit pas ses parents » ;  la lutte de classe, elle, ne choisit pas ses enfants.

Parce que les seuls  qui on pris au pied de la lettre cette victoire symbolique du NON, cette victoire de la volonté populaire contre le pouvoir,  c’est bien cette jeunesse révoltée qui, en toute logique, dans plus d’une centaines de citées,  a brûlé des voitures pour dire nous on existe aussi ; on veut avoir droit au chapitre, en France aussi.

Mais personne n’ a rien entendu …A l’époque il n’y avait pas de « devenir terroriste » et la bonne conscience de la société a relégué cette jeunesse dans le rôle de voyous,  de caillera….  4400 jeunes en comparution immédiate[ii] dont plus d’une centaine de mineurs ; 422 majeurs ont été condamnés  suite à l’état d’urgence proclamé à travers la réactivation d’une loi datant date de la Guerre d’Algérie, un autre symbole aussi . La réponse du pouvoir pour l’honneur de la République : la répression des classes dangereuses.

 Ségrégation par le métier, ségrégation par le logement, racisme banalisé,  chômage et  précarisation de masse,  ponctuent cette période, il y a dix déjà et depuis  ces mêmes choses se répètent à l’infini ; le terreaux de la révolte est toujours là, en toute logique.

Pour s’assurer de l’emprise sur la population s’y est rajouté la stigmatisation des musulmans pour faire bonne mesure ; fracture sociale et rupture sur le plan de la culture commune pour transformer la lutte de classe en confrontation interethnique voilà le programme de la réaction toutes tendances confondues.

Ce lieu choisi , la place de la paix, pour évoquer le 10ème anniversaire du NON au référendum est symptomatique ; ici et maintenant notre inconscient collectif nous dit que nous sommes en danger parce que le contrat citoyen fondé sur la liberté, l’égalité, la fraternité est caduc. La République est à refonder ; c’est à travers  un processus constituant que le peuple de France pourra reconquérir sa souveraineté.

 Comme vous savez, Le Parti de Gauche est engagé dans Un Mouvement pour une 6ème République ; mais  bien malin celui qui peut dire aujourd’hui si c’est cette finalité là qui verra le jour ; aujourd’hui ce qui compte c’est de mettre en oeuvre ce processus constituant ; c’est à dire mettre en place des dispositifs pour donner la parole au peuple ; c'est à dire projeter et reconstruire un imaginaire citoyen qui rende possible et effective la délibération collective.

Ce que nous appelons révolution citoyenne n’est pas une injonction politique avant-gardiste ; c’est simplement la désignation des processus de mobilisation et de luttes des peuples qui refusent le dictat des oligarchies financières qui aujourd’hui gèrent la planète. Hier en Tunisie et en Egypte, aujourd’hui en Grèce et en Espagne ; En France, nous avons aussi notre place à prendre dans ce combat.


[i] [i]  Ouvrage collectif, Une révolte en toute logique, Ed : L’Archipel des pirates, mars 2006.

[ii]  idem

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