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Billet de blog 28 janvier 2026

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Pour nous, le temps des colonies il est fini, au Venezuela comme en Palestine

Que s'est il passé la nuit du samedi 3 février ?

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Que s'est il passé la nuit du samedi 3 février ?

A deux heures du matin heure locale les Etats Unis ont lancé une opération militaire d'envergure contre le Venezuela. Cela faisait déjà plusieurs mois que les Etats Unis avaient annoncé la couleur en multipliant les déclarations guerrières, les bombardements ciblés et en coulant des embarcations vénézuéliennes, les accusant de participer au trafic de drogue sans vraiment en apporter la preuve, tuant une centaine de personnes. A 3h29 l'opération était terminée. Son bilan : bombardements d'installations militaires à Caracas la capitale, et ailleurs , et surtout, capture du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse. Ceux-ci ont été présentés à un juge à New York, accusés notamment de trafic de drogue et de soutien au terrorisme. Ils ont plaidé non coupable et leur prochaine audience aura lieu le 17 mars. Au Venezuela, c'est la vice présidente Delcy Rodriguez, fidèle du Maduro, qui est actuellement au pouvoir tout en insistant que c'est bien Maduro le président légitime.

A la fois ce type de méthodes de la part de l'impérialisme américain n'est pas nouveau : depuis les années 50 les Etats Unis sont déjà intervenus militairement 56 fois en Amérique du Sud pour mettre en place un changement de régime. Encore avant, la doctrine Monroe (1823) pronait une volonté d'isolationisme par rapport aux questions européennes mais une liberté d'ingérence totale des USA en Amérique avec son slogan : l'Amérique aux Américains. Trump a montré qu'il n'est pas seulement un fou adepte de twitter mais qu'il contrôle la première puissance militaire mondiale et qu'il est autant capable de transiger ou d'attaquer selon ce qui est dans l'intêret des Etats Unis.

Trump a fourni comme excuse à sa guerre qu'elle n'était pas une guerre mais une simple opération car son ennemi ne serait pas un Etat , le Venezuela, mais un narco-Etat mafieux dont Maduro est le représentant. La question de la drogue revient dans ses justifications, alors qu'en fait le Venezuela n'est qu'un acteur secondaire : seulement entre 8 et 10% de la cocaine présente aux Etats Unis vient du Venezuela et quasiment pas de fentanyl, principale cause d'overdose aux USA (60% des décès). La démocratie est aussi invoquée mais qui peut réellement y croire quand on voit le soutien des Etats Unis à moult dictatures, de l'Arabie Saoudite aux Phillipines en passant par Israel.

Mais en vérité il est clair que c'est bien le pétrole vénézuélien qui est l'objectif de Trump, celui ne s'en cache pas beaucoup. Le Venezuela est la première réserve de pétrole brut au monde avec 20% des réserves mondiales (303 milliards de barils).

Comment le monde a t-il réagi à ces événements ?

Alors que Trump jubile, Macron a d'abord été au garde à vous et le doigt dans la couture du pantalon : sur X, Macron a dans un premier temps appelé à se « réjouir » de la chute « de la dictature de Maduro ». Le ministre des affaires étrangères Jean Noël Barrot avait lui également déclaré sur X qu'il fallait respecter « le droit international ». Lundi 5 au premier conseil des ministres de l'année Macron a changé de fusil d'épaule et critiqué la « méthode » de Trump comme bon nombre de dirigeants européens sauf Melloni qui a parlé d'une « opération défensive ». En France, le RN par les voix de Bardella (qui a dit que personne ne pleurera Maduro) et de Marine Le Pen a également appelé au respect du droit international. Droit international également invoqué par les dirigeants de l'UE et de l'ONU, véritable cache sexe du partage du monde entre grandes puissances et justification a posteriori de toutes les ingérences depuis 1945. Les alliés du Venezuela, Chine Iran et Russie, ont condamné l'intervention américaine.

Et quelle est la réaction du peuple venezuelien lui même ? Contrairement à 2002 où les classes populaires étaient descendues massivement dans la rue et parfois armées pour lutter contre un coup d'Etat fomenté par les Etats Unis contre Chavez, le prédécesseur de Maduro, il ne semble pas y avoir de mobilisation massive contre le coup d'Etat actuel. Le PIB du Venezuela a chuté de 80% depuis l'élection de Chavez en 1999, tributaire des baisses des coûts des matières premières principalement le pétrole dont le Venezuela est exportateur et tire ses devises. Un quart de la population (8 millions de personnes) a émigré, principalement dans les pays voisins comme la Colombie, c'est à dire la plus grande crise migratoire de l'Amérique Latine. Sous Chavez après 1999 puis Maduro après 2013, les espaces démocratiques qui existaient, comité de quartier, entreprise autogérées ou syndicats, ont été réduits à peau de chagrin. Le coup d'Etat contre Maduro a été le produit à la fois d'une réorientation du projet impérial américain mais aussi la marque de la fin du cycle de gouvernements se voulant progressiste en Amérique Latine des années 2000 à nos jours.

  1. fin du cycle progressiste :

Déjà, en Amérique Latine il y a une grande diversité entre les pays :étendue territoriale (Salvador 425 fois plus petit que le Brésil), densité de population (Haiti 39 fois plus dense que Bolivie), composition ethnique (55% indigènes au Guatemala contre 2% en Argentine), richesse du sous sol, histoire politique, revenu. Mais depuis les années 2000 il existe des traits communs à la région, et notamment un en particulier : « le boom des matières premières ». Avant ce boom de l'offre, il y a eu un boom de la demande, notamment dans les pays occidentaux mais pas que. Le volume des échanges commerciaux du continent sud américain avec la Chine a été multiplié par 25 de 2000 à 2024 notamment grâce à l'entrée de celle-ci dans l'OMC en 2001. La liste des ressources produites et exportées est vertigineuse : soja, canne à sucre, ethanol, viande, nickel, cuivre, plomb, argent, or, lithium, gaz, petrole... On assiste même à une reprimarisation de l'économie, les industries de transformations sont abandonnées au bénéfice de l'extraction de ressources naturelles.Le PIB du Brésil est multiplié par trois en dix ans entre 2000 et 2010. Entre 2000 et 2014, la croissance annuelle moyenne du continent est de 4 à 6%.

Entre 2000 et 2015, des gouvernements de gauche, veulent utiliser la manne des ressources naturelles pour mener des politiques davantage redistributives. Mais ces politiques sont avant tout poussées par des mouvements sociaux importants, de la lutte contre la privatisation de l'eau en Bolivie, les combats des indigènes pour la protection de l'Amazonie, du mouvement des sans terre au Brésil aux piqueteros argentins.

Cependant, cette phase de boom économique est terriblement dépendante des cours des matières premières qui expérimentent à la fois une baisse et aussi une volatilité a partir de 2014/2015. Aucun des gouvernements de gauche (ou même de droite) n'a profité de la croissance pour réorienter l'économie et la diversifier, industrialiser, développer la fiscalité qui est une des plus faibles du monde.

A partir de 2014, les poches de pauvreté se redéveloppent à nouveau : 201 millions de personnes vivent dans l’extrême pauvreté en Amérique du Sud (32 % de la population). L'insécurité, l'instabilité, la violence, l'émigration et la militarisation, qui n'avaient jamais vraiment disparu, reprennent le dessus ainsi que des gouvernements de droite. La lutte de classe est intense ainsi que la répression : selon l'ONG Global Witness, sur les centaines de défenseurs de l'environnement tués ces dernières années, 90 % sont latino-américains. De manière inégale, certains syndicats portent un projet émancipateur mais sont victimes également de la répression.

Après avoir jeté un coup d'oeil sur la région, penchons nous sur l'évolution politique et sociale du Venezuela depuis 25 ans et notamment le chavisme dont se revendique toujours Maduro.

En 1998, Hugo Chavez, ancien militaire de gauche qui avait été emprisonné pour tentative de coup d'Etat progressiste, est élu président du Venezuela. Il nomme son projet politique la « révolution bolivarienne », de Simon Bolivar, libérateur de l'Amérique Latine au 19ème. Le contexte international est alors propice aux nouvelles idées de gauche : les zapatistes mexicains, après leur rébellion de janvier 1994 ont échoué à prendre tout l'Etat du Chiapas mais en ont « libéré » une fraction ; lors des grandes réunions de la classe dirigeante, comme la réunion de l'OMC à Seattle en 1999 ou a Gènes pour le G8 en 2001 où un manifestant Carlo Giuliani est tué par la police, des manifestations massives mettent en avant l'idée qu'un autre monde est possible, en réponse au « there is no alternative » de Thatcher et Reagan des années 1980. On appelle cette période de l'histoire des mouvements sociaux l'altermondialisme.

La « révolution bolivarienne » va s'incarner concrètement surtout par la reprise de contrôle de la compagnie nationale venezuelienne des pétroles PDVSA, qui fonctionnait précédemment de manière opaque et corrompue. C'est contre cette reprise en main qu'à lieu la tentative de coup d'Etat de droite de 2002 ainsi que la grève des patrons et syndicats de salariés de PDVSA en 2002/2003. Ces coups d'Etats et grèves échouent grace au soutien d'une fraction de l'armée et des classes populaires. La manne financière générée par les exportations du pétrole contrôlées par l'Etat permet le développement de programmes sociaux, les missions, travaillant dans les quartiers pauvres sur le logement, l'éducation, la santé et la culture. Cette redistribution n'est en rien révolutionnaire ; mais pour l'impérialisme américain, le simple de revendiquer une autre vision fait du Venezuela un ennemi, sur lequel elle dirigera d'abord ses sanctions économiques puis ses opérations militaires. Cette politique de reprise du contrôle du pétrole venezuelien met en colère à la fois les majors pétrolières américaines qui regnaient dessus, l'Etat américain, leur serviteur, ainsi que la bourgeoisie venezuelienne qui se répartissait les prébendes.

A partir de 2007, un premier vote sur les réformes constitutionnelles est perdu par Chavez, dont le pouvoir est de plus en plus autoritaire. La crise économique frappe également les banques du pays après 2008, mais Chavez maintient une parité face au dollar qui favorise l'émergence d'un marché noir. De plus s'est également développée une « bolibourgeoisie », ceux qui ont fait fortune en s'adossant au pouvoir politique et profitant d'une forme de rente : entrepreneurs, militaires, membre du parti au pouvoir ou de l'administration . Cette nouvelle « couche sociale » est en concurrence avec l'ancienne bourgeoisie. Concentration du pouvoir et bolibourgeoisie vont affaiblir les élans populaires. Quand Maduro succède a Chavez en 2013, celui ci étant atteint d'un cancer, les éléments progressistes des débuts ont déjà disparus : le néolibéralisme et le capitalisme extractiviste dominent, coexistant avec des discours anti impérialistes et socialisants de facade.

L'effondrement des coûts des matières premières sonne le glas des programmes sociaux que le gouvernement ne soutenait plus. Les capitaux privés peuvent investir dans les entreprises publiques. Les mouvements sociaux sont réprimés, notamment le mouvement syndical. Le gouvernement a fait tirer sur des manifestations de l'opposition certes réactionnaire. Les populations sont hostiles aux Etats Unis, mais tout autant au gouvernement. Les droits démocratiques sont systématiquement reniés. Des lois – loi sur la haine de 2017 et loi contre le fascisme en 2024- permettent de réprimer toute contestation organisée. L'opposition de gauche est muselée. Depuis 2015 les élections ne sont que des simulacres. Les populations ne sont pas favorables au coup d'Etat, mais également hostile au gouvernement. Pour l'instant, Trump semble vouloir transiger avec des éléments du chavisme, ayant même mis de côté la prix nobel de la paix qui lui était pourtant favorables.

  1. L'impérialisme américain.

Après avoir examiné les 25 dernières années de l'histoire du Venezuela, nous allons nous intéresser au redéploiement de l'impérialisme américain au niveau mondial .

Du point de vue extérieur, l'affaire du Venezuela a l'air de s'être passée comme sur des roulettes pour Trump. On se demande comment l'armée venezuelienne et ses equipements modernes chinois ou russes se sont débrouillés pour échouer à ce point. C'est un signal envoyé tout d'abord à la Colombie, Cuba et le Groenland qu'ils allaient peut-être être les prochains. Cette intransigeance est aussi un message aux ayatollahs iraniens qu'ils ont intérêt à réprimer les mobilisations car chaque possibilité de changement de régime sera exploitée. La voie actuelle est la seule possible pour les USA afin de rester la première puissance au monde.

La réussite de l'opération au Venezuela est là avant tout pour faire oublier les échecs des politiques récentes, notamment sur les droits de douanes et la promesse d'un redressement économique. La doctrine de sécurité américaine, rendue publique en décembre 2025 par la Maison Blanche, représente un compromis entre différente fractions de la bourgeoisie américaine. Par exemple, la major petroliere américaine Chevron est déjà présente au Venezuela et pas forcément très heureuse de voir débarquer les entreprises américaines concurrentes. C'est aussi le cas pour l'immigration : l'American Business Immigration Coalition, coalition rassemblant 1700 patrons Républicains et Démocrates répartis sur 17 États, alerte sur les risques economiques des expulsions. Les Etats Unis sont la première puissance mondiale, mais avec des fragilités.

En novembre auront lieu les élections de mi-mandats aux USA, et comme nous l'a montré le Venezuela, la situation est ouverte.

  1. quelle politique pour les révolutionnaires ?

Comment est-ce qu'on peut, nous petits militants avec nos petits bras, être utiles aujourd'hui aux classes populaires du Venezuela et en France ? Déjà, se rendre compte que le Venezuela nous n'y sommes pas. Débattre des revendications dont le mouvement pourrait se doter au Venezuela n'est pas inintéressant mais un peu casse gueule parce qu'on en est loin. En plus, contrairement aux USA, à l'Espagne, ou à la Colombie il n'y a pas de diaspora venezuelienne importante en France. Les mobilisations de solidarité sont le fait d'une minorité militante. Il faut être capable de faire la différence entre les débats internes au milieu militant et à ceux qui nous permettraient de changer d'échelle et d'être compris par un milieu large.

Notre première tache, là où nous sommes, est de mener la bataille de l'opinion face au chauvinisme et à la militarisation que Macron et la bourgeoisie veulent nous imposer. Les dirigeants européens dont Macron ont été humiliés par le différentiel de puissance avec les USA ; évidemment leur but n'est pas de défendre l'auto détermination des peuples comme ils le disent mais bien de se soumettre à l'impérialisme américain tout en limitant la casse. Il y a un débat dans la bourgeoisie autour de ce qu'on appelle « l'Europe puissance » : en gros une Europe militaire, moins sociale pour être plus « compétitive », capable de frapper pour défendre ses intérêts notamment en Afrique, alors qu'elle a été doublement à l'arrière plan au Venezuela comme en Ukraine où Etats Unis et Russie se partagent le gâteau. A la conférence annuelle des ambassadeurs de France dans le monde le 8 janvier, Macron s'est rêvé en Che Guevara de la bourgeoisie européenne et a déclaré :  « Nous refusons le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme – c'est à dire celui des États Unis pas le sien - et nous refusons la vassalisation et le défaitisme. ». Macron a également dit qu'il fallait que la France encourage ses entreprises en Afrique notamment « celle/ceux qui ont faim »... manière crue de dire ceux qui ont faim de profit. Nous on doit dire : pas une personne, pas un euro pour les guerres impérialistes qui ne servent que les interêts de la bourgeoisie. Pour nous, le temps des colonies il est fini, au Venezuela comme en Palestine.

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