Stand : la traque aux homosexuels qui inspira le film

La sortie du film Stand, actuellement en salles, est l’occasion de revenir sur les faits divers qui ont inspiré Jonathan Taieb, le réalisateur, et Anthony Robin, coscénariste et monteur du film.

Ce sont des vidéos  violentes, ou l’on peut voir des jeunes garçons homosexuels humiliés et torturés face caméra qui sont à l’origine du scénario du film Stand de Jonathan Taieb. Datant de 2013 mais encore visibles aujourd’hui sur internet, ces images sont l’œuvre d’une organisation russe homophobe prétendant lutter contre la pédophilie.

En juin 2013, alors que le climat en Russie est de plus en plus difficile pour les homosexuels avec notamment une loi adoptée par le parlement punissant la «propagande pour les relations sexuelles non traditionnelles devant mineur», un homme, Maxim Marcinkiewicz décide de créer l’organisation « Occupy Pedophilia.».  Cette organisation ouvertement homophobe  appelle à la haine et à la discrimination sous couvert de lutter contre la pédophilie. Les adeptes traquent et torturent les homosexuels et diffusent les vidéos de leur passage à tabac sur internet.

Maxime Marcinkiewicz est un militant néo nazi assumé et le leader de plusieurs organisations d’extrêmes-droite.  Arrêté et condamné en 2007 à trois ans de prisons pour incitation à la haine raciale, il en sort en 2010 et reprend ses activités avec Occupy pedophilia qui s’en prend cette fois aux homosexuels russes en faisant l’amalgame, comme trop souvent en Russie, entre homosexualité et pédophilie. Le mode opératoire des partisans est simple et bien rôdé : ils contactent des jeunes homosexuels sur internet via des fausses petites annonces sur des sites de rencontre ou les réseaux sociaux et leur donnent des rendez-vous qui sont en fait des guets-apens. Ils les séquestrent et leur font subir un certains nombres de sévices tout en les filmant. Ils s’amusent entre autre à les frapper, leur raser la tête et leur peindre le visage ou le crâne, leur mettre un godemiché dans la bouche, les asperger d’urine et les forcer à décliner leur identité et leur adresse face caméra dans des interviews dégradantes.  Les vidéos d’une violence insoutenable, sont ensuite diffusées sur internet. L’identité et l’homosexualité des victimes sont souvent révélées à leurs familles et leurs employeurs.

Les autorités russes ont pendant longtemps fermé les yeux sur ces actes barbares et contraires aux droits de l’homme alors que les ONG comme Human Right Watch ou Amesty International tirent la sonnette d’alarme. Les victimes, découragées par les lois et le climat clairement homophobe en Russie n’osent pas dénoncer leurs bourreaux à la police. Il faudra attendre novembre 2013 et la plainte d’un jeune homme d’origine irakienne pour que la police décide enfin de réagir et que Maxime Marcinkiewicz soit poursuivi pour « hooliganisme ». Après avoir pris la fuite en Thaïlande, puis à Cuba, l’homme de 29 ans est arrêté et condamné à 5 ans de prison en août 2014.

Si la fuite et l’arrestation du jeune leader néo-nazi a mis un frein à ces actes scandaleux, l’intégration des homosexuels en Russie est toujours compliquée. Dans un pays où l’homophobie est encore ancrée dans la culture et où les lois sont très sévères, les homosexuels sont souvent contraints de vivre cachés. 

Apolline Troncin

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