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Billet de blog 22 juin 2015

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Renat Shuteev et Andrey Kurganov : portrait croisé des acteurs de Stand

Pour créer une complicité entre les deux acteurs principaux de son film, Jonathan Taieb le réalisateur leur a demandé d’habiter ensemble dans l’appartement du tournage en Ukraine.

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Pour créer une complicité entre les deux acteurs principaux de son film, Jonathan Taieb le réalisateur leur a demandé d’habiter ensemble dans l’appartement du tournage en Ukraine.  « C’était le plan diabolique de Jonathan (rires), avant le tournage il nous a même interdit de voir le reste de l’équipe il nous a dit « vous ne voyez personne et si vous sortez, vous sortez tous les deux ! » raconte en riant Renat Shuteev qui incarne avec brillance et passion Anton, le rôle principal, un jeune homme incandescent qui se lance dans une quête obsessionnel qui finira par le perdre. Les deux comédiens se sont entendus à merveille et ont traversé ensemble un tournage parfois difficile où ils ont donné le meilleur d’eux même. « J’adore Renat, depuis le début. Le rôle n’était pas facile pour lui et je me disais qu’il fallait créer une bonne atmosphère pour qu’il soit bien. C’est un mec super, très plaisant, il adore son boulot et il veut le faire le mieux possible, on s’est très bien entendu ». Raconte Andrey Kurganov qui incarne Vlad, le compagnon d’Anton dans le film. L’acteur est né à Smolensk, en Russie et a très vite été attiré par le métier d’acteur. « C’est l’une de mes tante qui m’a poussé vers la comédie, j’ai commencé très tôt à 6 ans et lorsque j’avais 25 ans je jouais dans le plus grand théâtre de ma région en Russie.» Il a ensuite rejoint le prestigieux Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris où il a pour professeurs des grands noms du théâtre français comme Daniel Mesguich ou Michel Fau. Après avoir longtemps privilégié les planches en Russie et en France, il décide de se consacrer au cinéma.

Renat Shuteev a quant à lui eut un parcours atypique, jalonné de péripéties et n’était pas prédestiné au métier d’artiste. Il est né en Russie, à Tcheboksary, capitale de la Tchouvachie à 1000 kilomètres de Moscou. Il a grandi en Tunisie où sa famille a décidé de fuir dans les années 90 après la chute du bloc de l’est. A 17 ans il est revenu deux ans en Russie avant de partir en France étudier la bio ingénierie à l’université de Toulouse, en France. Il a alors 19 ans et ne parle pas un mot de français. « Je me suis adapté assez vite à ce pays mais au bout de deux ans, j’ai décidé d’arrêter les études. Ce n’était pas mon truc, ça ne m’intéressait pas. C’est là que j’ai commencé à toucher au métier d’acteur, je ne sais pas vraiment pourquoi… Dans ma famille il n’y a que des ingénieurs, des directeurs, des gens qui font un travail stable quoi. » Précise-t-il. Il décide alors de monter à Paris pour passer des auditions et tenter sa chance en tant qu’artiste. « A partir du moment où j’ai commencé à jouer la comédie, c’est devenu une drogue pour moi, je n’ai jamais pu m’arrêter. »

Lorsque les deux acteurs rencontrent Jonathan Taieb, le réalisateur de Stand, ils ne savent pas du tout à quoi s’attendre. « J’ai simplement répondu à une annonce, se souvient Renat, ils cherchaient un acteur russe francophone mais il n’y avait aucune autre info. J’ai rencontré Jonathan Taieb et Anthony Robin –coscénariste et monteur du film-  et ils m’ont expliqué que c’était un film sur l’homophobie, un sujet très sensible dans mon pays. Il y avait pour moi une vraie cause à défendre et j’ai eu envie d’y participer. » Andrey avoue avoir eu quelques réserves au début. « Jonathan m’a téléphoné suite à ma candidature et il m’a dit que ce serait un tournage hyper difficile et sauvage, j’ai d’abord cru que c’était un film porno. (rires) Quand ils m’ont expliqué le projet, j’ai tout de suite accepté.»  Si aucun des deux n’est homosexuel, ce rôle ne leur a posé aucun problème. « C’est mon métier, explique Andrey, je n’ai pas de soucis avec ça. Ma famille est ouverte d’esprit, elle a aimé le film » Pour Renat, cela a été un peu plus compliqué de le faire accepter à ses proches. S’ils le soutiennent, ils n’ont pas voulu voir le film. « L’homosexualité est quelque chose de très tabou en Russie et aussi dans ma famille… Je n’en ai parlé avec ma mère qu’au moment du tournage en Ukraine. Je l’ai appelé et je lui ai expliqué que je jouais un homosexuel… Il y a eu un gros blanc au téléphone et elle m’a dit « Mon fils, quand est-ce que tu vas jouer un rôle normal ? » (rires)

Pour les deux comédiens, le sujet du film dépasse largement le thème de l’homophobie. « Ce qui m’intéressait avant tout dans ce rôle c’est que c’est un personnage universel : en chacun de nous il y a cette volonté d’avancer vers nos rêves et nos envies les plus profondes. » confesse Renat au sujet d’Anton. Pour Andrey l’un des thèmes du film est celui du choix à faire entre l’activisme et la stabilité représenté d’un côté par le personnage d’Anton qui lutte pour faire évoluer les choses et celui de Vlad, personnage plus passif qui veut vivre sa vie de couple normalement, sans faire d’histoire. « On a parlé avec des personnes homosexuelles et je pense que ce choix est omniprésent dans tous les couples, dans le monde entier… Je pense qu’on ne peut pas être à la fois une personne très militante et avoir une vie de couple confortable, surtout en Russie. » Il se reconnait d’ailleurs dans le rôle de Vlad.  « Moi je  ne suis pas activiste, je choisirais la stabilité comme le fait Vlad dans le film, je comprends totalement ses choix.» Renat était conscient des risques qu’il prenait en acceptant ce rôle. « Le risque et le challenge sont primordiales pour moi dans la vie, dit-il. Bien sûr que si le film sort en Russie je vais avoir des soucis, tant mieux ! Si le film dérange et fait réagir ça veut dire qu’on aura réussi notre travail ! Cela vaut mieux que de l'indifférence, non ?

Il suffit de discuter avec eux pour être troublé tant la personnalité des deux acteurs colle avec leurs personnages. « Il y a eu un moment sur le tournage ou je trouvais ça trop évident, je me suis même demandé s’il ne fallait pas inverser les rôles. » Explique Jonathan Taieb. Le réalisateur du film donne une grande importance à la direction des comédiens. « Pour moi les acteurs ne sont pas des pantins qui doivent exécuter des ordres, ils sont l’essence même du film et ont un rôle primordial.» Renat a réellement apprécié les méthodes de travail de Jonathan. « On avait une telle écoute avec Jo que souvent on n’avait pas besoin de se parler, on se comprenait tout de suite avec un regard. On ne faisait pas de la comédie, le but était d’être vrai et sincère et même s’il ne parle pas russe, Jonathan était capable de voir tout de suite lorsqu’on jouait faux. » Andrey confirme «Jonathan sait très bien diriger les comédiens, il savait nous pousser là où il faut en restant toujours très calme. Il a réussi à nous épuiser assez pour qu’on ne joue pas, c’est quelque chose de très difficile à faire pour un réalisateur. »

Si le tournage en Ukraine a été difficile pour diverses raisons comme les longues journées de tournage ou les conditions climatiques parfois extrêmes, les deux acteurs n’ont aucun regret et n’en retiennent qu’une belle expérience. « C’est vrai qu’il y a eu des moments difficile, on tournait très tôt le matin jusque tard le soir. Je me rappelle d’une longue scène d’improvisation…. Il faisait moins 15 et je devais rester assis dans la voiture pendant trois heures, il faisait hyper froid et on a tous beaucoup souffert, c’était épuisant physiquement et moralement. » Concède Andrey qui a beaucoup aimé le résultat final de Stand. « Le film a excédé toutes mes attentes, sur place on était une toute petite équipe avec peu de matériel  alors quand j’ai vu le film sur le grand écran je ne m’attendais pas à ça, j’ai vraiment été ébloui par le résultat. ». « C’était dur et c’était beau résume Renat et même si parfois c’était la galère, j’aime les moments extrêmes. » 

Aujourd’hui Andrey Kurganov se consacre à plusieurs projets. Il tourne dans une série en Russie et va revenir en France pour tourner dans un moyen-métrage en Bretagne « toujours dans un rôle de russe ! » Pour Renat Shuteev, la situation est plus compliquée. Pour des raisons administratives, son visa n’a pas été renouvelé et il a été expulsé de France, pays où il vivait depuis dix ans et qu’il considérait comme le sien. « C’est drôle parce que la dernière fois que j’ai vu Stand, je me suis dit tout à coup que c’était vraiment ma vie représentée à l’écran… Aujourd’hui je suis un peu dans la situation d’Anton à la fin du film, c’était dur, j’ai beaucoup souffert mais maintenant il faut que je me relève. »

Apolline Troncin

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