stcoeur
Abonné·e de Mediapart

1 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 mars 2017

Conseil constitutionnel - Scandale sur la parution des parrainages de maires

Aujourd'hui, le 3 mars 2017, la deuxième salve de validation de parrainages effectuée par le Conseil constitutionnel a été validée. Un total de 1438 parrainages a été validés ce jour-ci, là où 1717 avaient été validés le 1 mars 2017. En soit, les résultats semblent normaux, sauf pour deux candidats : Philippe Poutou et François Asselineau.

stcoeur
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En effet, ceux-ci ont eu en cumulé 95 parrainages validés le 1 mars, mais seulement 1 pour le 3 mars. Asselineau a même réussi l’exploit de passer de 60 validés à 0. En apparence, cela signifierait qu’il n’y a presque pas eu de parrainages reçus pour eux entre le 1 mars et le 3 mars auprès du Conseil constitutionnel.

Cela est très peu probable au vu des résultats pour les autres candidats. Par exemple, Jacques Cheminade ayant eu 61 parrainages validés le 1 mars, là où Asselineau en avait 60, a eu 102 parrainages validés le 3 mars 2017. Asselineau aurait pu en avoir une vingtaine de validés le 3 mars en cas de très mauvaise pêche aux parrainages, mais 0 semble un nombre très peu crédible.

 Document fourni par le Conseil constitutionnel relatif  au parrainages de maires validés le 03/03/2017.

Il est à noter que les porteurs du projet de la loi de la modernisation de la présidentielle avaient défendu leur projet comme une avancée pour les petits candidats, du fait que la publication des parrainages en direct pourrait faciliter la quête pour les petits candidats en leur fournissant des informations sur les maires n’ayant pas parrainé.

On constate là l’inverse : en retardant la publication des parrainages pour certains candidats et non d’autres, le Conseil constitutionnel décide arbitrairement et sans le moindre contre-pouvoir de pénaliser de petits candidats par rapport aux autres.

Il faut ici poser les conséquences de cet événement pour Asselineau qui devrait avoir dans les 300 parrainages et Poutou qui en aurait probablement 100 :

1.      Les candidats ayant 300 parrainages envoyés mais n'en ayant que 60 de validés ne seront pas considérés par les médias comme des candidats crédibles, et auront donc une exposition médiatique faible. Le temps de retard va pénaliser les campagnes des deux candidats sur une période de 4 jours jusqu'à la possible rectification des parrainages publié par le Conseil constitutionnel le 7 mars, à regarder par rapport aux 50 jours de campagne restants. Ces campagnes sont pénalisées par rapport à si les parrainages avaient été publiés en temps et en heure.

2.      Les candidats vont subir un préjudice moral, de par le fait que leur base militante et les sympatisants des autres partis considéreront que le candidat les a « arnaqué ». Cela va se traduire par des attaques accrues contre le candidat et non pas sur l’organisation du Conseil constitutionnel, mais aussi par exemple par une baisse des dons. Pour Asselineau, ce préjudice coûtera probablement plusieurs dizaines de milliers d'euros de dons, sa campagne de dons n'attendant que la publication des parrainages pour réellement démarrer.

Exemple de tweet publiés à la suite de la publication des parrainages du 03/03/2017.

3.      Le troisième point est le plus important : cela va pénaliser la recherche des parrainages pour la dernière ligne droite. Pendant 4 jours, deux candidats n'auront virtuellement pas de parrainages à présenter devant les maires pour chercher de nouveaux parrainages. Pour Poutou et Asselineau, qui sont à la limite des 500 parrainages pour valider leur participation à la présidentielle, cela peut être fatal de perdre 4 jours sur les deux semaines restantes. Par cette manipulation, volontaire ou non, le Conseil constitutionnel vient peut-être d’éliminer deux candidats de la présidentielle, et ce à partir de décisions complètement opaques et sur lesquelles il ne semble y avoir aucun contrôle.

Il va être nécessaire de poser les problèmes relatifs à l’absence totale de contrôle sur la procédure de validation des parrainages au Conseil constitutionnel. Celui-ci semble aujourd’hui avoir le pouvoir, s’il le souhaite, de bloquer la parution des parrainages pour un candidat jusqu’à la fin de la collecte des parrainages, et peut donc selon son bon vouloir favoriser ou pénaliser certains candidats, voire même les éliminer de la course à la présidentielle.
_________________________________________________________________
MISE A JOUR:

 1. le président de l'association des maires ruraux de France, Vanik Berberian vient de publier cette annonce sur le site de l'Asociation des Maires Ruraux de France :

"Lyon, le 3 mars 2017
#presidentielle2017

Pour une publication intégrale des "parrainages" pour l'élection présidentielle

L'association des maires ruraux de France demande au Conseil Constitutionnel la publication intégrale du nombre de formulaires envoyés par les élus.
La rétention de noms de candidats n'est pas acceptable. Il n'appartient pas au Conseil Constitutionnel d'apprécier le bien-fondé ou non d'un parrainage, mais seulement sa validité formelle. Il y va du respect et de la considération élémentaire dus aux élus de la République.
Dans ces périodes d'inquiétude politique et de crise de confiance que connaît le pays, il importe que les institutions assument pleinement et sans équivoque leur rôle. Il serait impensable que la forme de présentation des parrainages soit sujette à influence qui impacterait les élus et l’opinion publique.
Vanik BERBERIAN
Président
Maires ruraux de France"
http://www.amrf.fr/Portals/0/0_Liens%20fonctionnels/03%2003%202017%20Publication%20des%20parrainages%20pour%20l'%C3%A9lection%20pr%C3%A9sidentielleV4.pdf

 2. M. Poutou n'a pas réagi, et M. Asselineau a publié un communiqué sur son site internet. Il y affirme que 200 parrainages ont été envoyé sur la période où le Conseil constitutionnel lui en a attribué 0.   

https://www.upr.fr/actualite/communique-plus-de-200-parrainages-officiels-faveur-de-francois-asselineau-nont-ete-comptabilises-conseil-constitutionnel

3. M. Mélenchon a le 4 mars 2017 en fin de soirée partagé le communiqué de M. Berberian sur sa page Facebook. Il est à supposer que lui aussi n'est pas satisfait avec le nombre de ses parrainages validés par le Conseil consitutionnel.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Agriculture
« Le recul démographique du monde agricole n’est pas une fatalité »
Moins 100 000 fermes en dix ans : c’est le résultat du recensement rendu public le mois dernier par le ministère de l’agriculture. Face à l’hémorragie, le retour à un pilotage par l’État et à des politiques publiques volontaristes est nécessaire, selon la sociologue Véronique Lucas.
par Amélie Poinssot
Journal — Europe
Dans leur bastion de l’Alentejo, les communistes portugais résistent au déclin
Lors des législatives anticipées qui se déroulent dimanche, le Parti communiste, tout juste centenaire, espère limiter la casse, malgré la poussée socialiste dans certains de ses bastions, dont l’Alentejo. En embuscade, l’extrême droite de Chega lorgne vers d’anciens électeurs du PCP.
par Ludovic Lamant
Journal
En Syrie, la plus grande prison au monde de djihadistes tombe aux mains… des djihadistes
L’État islamique s’est emparé pendant une semaine d’un centre de détention à Hassaké, obligeant l’armée américaine à intervenir. Des dizaines de prisonniers sont en fuite. Pour les Forces démocratiques syriennes, le retour du phénix djihadiste est une très mauvaise nouvelle.
par Jean-Pierre Perrin
Journal — Santé
En laissant courir Omicron, l’Europe parie sur un virus endémique
Un à un, les pays européens lèvent les restrictions comme les mesures de contrôle du virus. Certains, comme le Danemark ou la France, sont pourtant touchés par une contamination massive. Ils font le choix d’une immunisation collective, avec l’espoir de vivre avec un virus circulant tout au long de l’année à basse intensité.  
par Caroline Coq-Chodorge

La sélection du Club

Billet de blog
La Chimère Populaire (bis)
Un prolongement du billet du chercheur Albin Wagener, sur les erreurs de la Primaire Populaire pour organiser la participation aux élections présidentielles, avec quelques rapides détours sur les formes de participation... Alors que la démocratie repose bien sur des techniques, elle est tout autant une affaire sociale et écologique !
par Côme Marchadier
Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener
Billet de blog
Pour en finir avec la Primaire populaire
[Archive] Allons ! Dans deux semaines aura lieu le vote de la Primaire populaire. On en aura fini d'un mauvais feuilleton qui parasite la campagne « à gauche » depuis plus d'un an. Bilan d'un projet mal mené qui pourrait bien tourner.
par Olivier Tonneau
Billet de blog
L'étrange éthique de la « primaire populaire »
La primaire populaire se pose en solution (unique) pour que la gauche gagne aux présidentielle de 2022. Si plusieurs éléments qui interpellent ont été soulignés, quelques détails posent problème et n'ont pas de place dans les média. Il faut une carte bancaire, un téléphone portable et une adresse e-mail pour participer. La CNIL est invoquée pour justifier l’exigence d'une carte bleue.
par Isola Delle Rose