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Billet de blog 16 janv. 2022

SOMMES-NOUS EN DICTATURE ?

Cet article cherche à montrer que le régime que nous connaissons aujourd’hui tend à se rapprocher d’une dictature même s’il n’en constitue pas encore un cas typique. Si la crise sanitaire a joué en catalyseur, cette situation résulte de causes antérieures et profondes.

Stef Wojna
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis bientôt deux ans, la crise sanitaire met notre démocratie à rude épreuve. L’instauration de confinements, reconfinements, d’autorisations de sortie, d’un pass sanitaire ou encore d’applications de contrôle sur smartphone viennent questionner les fondements de notre vie en société. Alors que certains parlent de « dictature sanitaire », d’autres relativisent cette situation d’exception, arguant que l’état d’urgence n’empêche pas les contre-pouvoirs institutionnels de fonctionner. La journaliste Natacha Polony soutenait ainsi dans un récent ouvrage que nous ne vivons plus vraiment en démocratie[1]. Poussons-donc son raisonnement un peu plus loin en nous demandant si nous n’aurions pas basculé dans un régime dictatorial avéré.

Pour répondre à une telle question encore faut-il s’accorder sur ce qui s’entend derrière le terme de « dictature ». Force est en effet de constater que, parmi ceux qui l’emploient, peu prennent le temps d’en préciser le sens, que cela soit d’ailleurs pour défendre l’idée de dérive autoritaire ou au contraire la thèse relativiste[2].

Partant de cette observation, je m’attacherai dans cet article à ouvrir des pistes de réflexion sur le fonctionnement actuel de notre système institutionnel et ses dérives autoritaires possibles, mais en ayant au préalable posé un cadre de définition à la notion de dictature. Ce cadre n’a aucune ambition de vérité. La dictature, comme la démocratie et bien d’autres notions, est un terme polysémique. Vouloir embrasser l’ensemble des sens qu’il est susceptible de recouvrir représente un travail considérable qui pourrait faire objet d’une thèse à part entière !

Mon intention est plus simplement de lister des dispositions a minima qui permettent de différencier une dictature d’un autre régime, et de mesurer la manière dont ces dispositions travaillent le régime que nous connaissons actuellement. Certains trouverons le propos réducteur, et ne partageront donc pas les conclusions générales auxquelles j’aboutis. Mais peut-être cela ne les empêchera pas de me rejoindre dans le raisonnement et de partager une partie des idées ici développées …

Qu’est-ce que la dictature ?

Pour circonscrire la notion de dictature, référons-nous au dictionnaire de l’Académie française qui définit le terme de la façon suivante[3] :

DICTATURE        nom féminin XIIIe siècle. Emprunté du latin dictatura, de même sens.

 1.      ANTIQUITÉ ROMAINE. Sous la République, magistrature exceptionnelle et temporaire ; pouvoir du dictateur. Exercer la dictature. Sylla abdiqua la dictature. Abuser de la dictature. Par métonymie. Temps pendant lequel s’exerce cette magistrature. Sous la dictature de Fabius Cunctator.

 2.      Par extension. Aujourd'hui. Régime politique dans lequel une personne, un groupe, détient tous les pouvoirs en interdisant toute forme de contrôle et toute manifestation d’opposition. La dictature de la Convention. Une dictature militaire. Spécialement. La dictature du prolétariat, selon la doctrine marxiste-léniniste, régime de transition devant conduire à l’avènement d’une société sans classes.

 3.      Fig. Autorité absolue, pouvoir arbitraire. La dictature de l’opinion.

On retiendra de ce cadre de définition trois idées principales : sa signification originelle qui renvoie à un pouvoir exceptionnel et temporaire sous la République romaine ; le caractère absolutiste de ce type de régime, ainsi que sa dimension arbitraire. Je vais donc m’appuyer sur ces trois traits pour évaluer l’impact des mesures prises au cours de la crise sanitaire. Mais avant de rentrer dans cette analyse, il paraît intéressant de porter un regard « en négatif » sur ce cadre, de manière à identifier les dispositions qu’il ne recouvre pas bien qu’elles soient régulièrement mobilisées lorsqu’il s’agit d’évoquer la dictature dans le débat public.

Hitler et Staline étaient des dictateurs mais toutes les dictatures ne relèvent pas du nazisme, ni du stalinisme

Dans un imaginaire collectif imprégné des dérives totalitaires des années quarante et de la guerre froide, la dictature rime souvent avec le déploiement d’une violence d’Etat par le biais de la police et/ou d’une armée omniprésente. Plus encore, ce type de régime irait de pair avec la mise en place de camps pour enfermer les contestataires et indésirés. On relèvera que la définition précitée ne mentionne aucune de ces dispositions. Un pouvoir qui « interdit toute forme de contrôle et toute manifestation d’opposition » peut être tenté par de telles dérives, mais il peut aussi le faire sans recourir à cet extrême de violence. Si l’encyclopédie Universalis prend en compte cette dimension dans la définition qu’elle donne de la dictature[4], il s’agit là d’une vision extensive par rapport au cadre proposé par l’Académie française.

De la même façon, les tenants de la thèse relativiste sur les mesures de restrictions sanitaires soulignent pour disqualifier leurs opposants que même au plus fort de la crise, les différentes institutions de la République se sont réunies pour discuter des décisions en jeu. Le parlement, le conseil constitutionnel, le conseil d’état ont en effet avalisé les lois proposées par le gouvernement. Ce raisonnement vient à suggérer l’idée que l’un des marqueurs d’une dictature est la mise en veille de ces différents organes. Or, ce critère n’est pas explicitement mentionné dans la définition de l’Académie française, et d’ailleurs rien n’est moins sûr ; la Chine dispose d’un système institutionnel pluriel composé d’instances représentatives, comme c’était aussi le cas en Union soviétique. Rares d’ailleurs sont les régimes qui ne comportent pas de parlement, même parmi les plus autoritaires. Ce n’est ainsi pas tant l’absence de contre-pouvoir qui fait d’un système une dictature, mais plutôt le rôle et la marge de la manœuvre qui leur sont laissés. Nous y reviendrons un peu plus bas. Retenons pour le moment que poser comme prérequis à une dictature l’absence d’organes délibérants constitue une extrapolation qui sort du cadre de définition de l’Académie française.

Enfin un autre argument est curieusement avancé par ceux qui contestent le glissement actuel vers une dictature : le fait que l’Etat vienne en aide au citoyen, et joue le rôle de bouclier social. Emmanuel Macron affirmait lui-même en juillet dernier : « Non une dictature, ça n’est pas ça. C’est pas un endroit (…) où on rembourse tous vos tests, où le vaccin est gratuit. »[5] Cette approche s’écarte une nouvelle fois du cadre de définition précité. On remarquera de surcroît que de nombreuses dictatures se sont développées dans une approche paternaliste et sociale. C’est particulièrement vrai dans l’ancien bloc de l’Est où les Etats prenaient en charge d’importants pans de la vie individuelle. Si bien que la réduction du nombre de gens miséreux est un argument souvent avancé par les défenseurs de tels régimes ! Et cela ne doit guère surprendre, car cette « générosité » constitue aussi une source de pouvoir ; lorsque l’on offre quelque chose à quelqu’un, on le met implicitement en situation de dépendance. Il s’agit du principe du don – contre-don. Les restaurateurs l’ont appris à leurs dépens l’été dernier ; quand des voix se sont élevées pour contester la mise en place du pass dans leurs établissements, il a vite été rappelé que ce milieu n’avait survécu que grâce aux aides de l’Etat et que c’était donc la moindre des choses que de jouer le jeu du gouvernement. La menace de couper le robinet des subsides chez les réfractaires s’est ainsi vite fait entendre !

On perçoit donc au travers de ces différents exemples que la notion de dictature peut, dans l’espace public, s’appréhender dans un sens extensif qui dépasse de loin le cadre fixé par l’Académie française. D’où l’importance de bien en préciser les contours. Mon développement ultérieur restera ainsi dans les bornes de cette définition initiale.

Aux origines, un pouvoir exceptionnel et temporaire

Si l’on se réfère au premier item du cadrage de l’Académie des sciences, la dictature renvoie à un régime d’exception mis en place en cas de crise grave dans la Rome antique. Il est utile d’ajouter que les pouvoirs politiques et militaires étaient détenus par un magistrat unique investi pour une durée maximale de six mois. Le rapprochement avec la situation politique que nous connaissons depuis le début de la crise sanitaire ne me paraît pas déplacé. L’Etat d’urgence confie en effet pour un temps donné des pouvoirs étendus et exceptionnels au président de la République. Celui-ci n’en a d’ailleurs pas été avare depuis mars 2020.

On remarquera en outre que la sphère militaire constituait le bras armé du dictateur issu de la République romaine. On ne saurait alors trop rappeler la tonalité martiale du discours du gouvernement dès les premiers temps de crise. « Nous sommes en guerre » a répété 6 fois avec gravité le chef de l’état lors de son intervention télévisuelle du 16 mars 2020. Le virus étant présenté comme un « ennemi » à « vaincre » et « éradiquer ». La politique sanitaire se construit dans un « conseil de défense » qui ne prend pas la peine de rendre des comptes aux citoyens. Bien entendu, ce n’est pas l’élite militaire en tant que tel qui vient épauler le magistrat du XXIème siècle, mais une armée sanitaire composée des mandarins de la médecine et du milieu hospitalier français.

Il y a donc bien des recouvrements entre la dictature telle que l’ont défini les romains et le régime d’exception que nous connaissons en ce début d’année 2022. Cela amène une précision ; dans l’imaginaire collectif, la démocratie est assimilée aux régimes en place dans les pays occidentaux, dont une constitution en garantit la viabilité. Il s’agit là en réalité d’une confusion, avec la notion de République notamment. Il serait en effet plus juste de dire que ce que l’on appelle les « démocraties occidentales » fonctionnent en situation courante sous un régime démocratique, mais que leur constitution leur permet, de manière encadrée, de basculer dans un régime dictatorial en situation de crise. Vu sous cet angle, il n’est pas illégitime qu’une République vive ponctuellement en dictature. Dans cette optique, « l’état d’urgence » ne constituerait-il pas purement et simplement la dictature prise dans son sens originel ?

L’absolutisme comme premier pilier de la dictature

Pour tenter d’apporter plus d’éléments à cette question, revenons sur le 2ème item de définition de l’Académie française selon lequel une dictature est un « régime politique dans lequel une personne, un groupe, détient tous les pouvoirs en interdisant toute forme de contrôle et toute manifestation d’opposition ». Il s’agit d’un cadre « idéal » car chacun sait qu’il est impossible de contrôler la société dans toutes ses composantes ; même les pires dictateurs n’en ont pas eu le loisir. Pour le dire autrement, il n’existe pas de régimes qui obéissent à cette définition pure, mais plutôt des systèmes qui s’en rapprochent. Partant, je considère qu’un régime dans lequel quelques dirigeants disposent d’un pouvoir excessif au point de réguler à eux seuls et à un moment donné la vie en société rentre par extension dans cette définition.

Malgré cette précaution d’usage, le système de gouvernement français apparaît en première approche fort éloigné du cadre idéal, et ce même si on se penche sur les dispositions en place au plus fort de la crise. L’état d’urgence n’empêche pas le parlement de siéger, ni le conseil d’état et le conseil constitutionnel d’intervenir sur les décisions du gouvernement. Les divers médias ont continué de tourner. Sur les plateaux télé, certains n’hésitant pas à déclarer que si nous étions réellement en dictature, ils ne pourraient pas être derrière cette caméra. Plus encore, les manifestations ont pu se tenir, réfutant alors l’idée d’une interdiction de toute forme d’opposition.

Mais comme je l’ai souligné plus haut, ce point de vue est théorique. Une approche du phénomène tournée vers la pratique et l’action contextualisée amène à un constat beaucoup plus nuancé. Si l’on se recentre sur la crise sanitaire, on remarquera que les décisions sont prises depuis mars 2020 dans la confidentialité du conseil de défense, et annoncées avant même qu’elles ne fassent l’objet d’un débat parlementaire. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a donné l’ordre aux français de se confiner, d’utiliser le pass sanitaire, ou de se faire vacciner en ce qui concerne les soignants seul dans une intervention télévisée solennelle avant même que les contre-pouvoirs n’aient eu le temps d’en débattre. Cette velléité à les court-circuiter est révélateur du rôle plus que subalterne que jouent aujourd’hui ces institutions. Ainsi, une analyse focalisée sur les circuits décisionnels usités pour gérer la crise sanitaire avalise l’idée d’un pouvoir aux mains d’un groupe restreint de personnes.

De la même façon, une approche à partir des faits et de la pratique tend à montrer que la liberté médiatique est une douce illusion. Comment ne pas s’étonner que la plupart des télés, radios, journaux, sites d’information en ligne officiels aient été clairement inéquitables quant à la multiplicité des positions possibles à l’égard de la gestion de crise. Que ce soit pour le port du masque obligatoire, les confinements, les traitements préventifs ou la vaccination, la moindre opposition y a été marginalisée ; ce quand bien même il existait parmi les esprits critiques des gens très recommandables et très sérieux - n’en déplaise à nos dirigeants !

Je crois qu’il n’est pas illégitime de parler de censure lorsque l’on s’attarde sur certains faits. Il y a en effet d’un côté les défenseurs d’une ligne dominante à qui on laisse dire tout et son contraire et qui n’auront pas l’honneur de passer sous les radars du « fact-checking » : on sait par exemple que ceux qui ont soutenu mordicus qu’il y aurait entre 300 000 et 500 000 morts du covid en France, qui ont annoncé avant le deuxième confinement qu’il y aurait « quoiqu’on fasse » 9 000 personnes en réanimation 15 jours plus tard se sont magistralement trompés ; de même que ceux qui, très sûr d’eux, ont prédit qu’il faudrait compter 50 à 60 000 cas de covid début août 2021[6]. On sait aussi aujourd’hui que l’idée d’une immunité collective par la vaccination tant relayée par les gardiens du temple sanitaire fin 2020 - début 2021 est un mythe pour ce virus.

Cela n’empêche pas le petit monde qui a soutenu, parfois avec une grande arrogance, de telles positions de rester le vivier des invités VIP des médias mainstream. L’une des figures médiatiques de cette élite sanitaire, Bruno Mégarbane, a par exemple osé déclarer sur Cnews : « Le variant Delta cherche les personnes non immunisées pour les infecter, et, à l'inverse, dès qu'il voit une personne qui a un système immunitaire qui le reconnaît, il dévie sa route » ; suggérant comme l’a relevé avec un brin d’ironie la journaliste qui était face à lui, Laurence Ferrari, que le virus possède un « radar » ![7] Malgré cette plongée dans l’univers de la pseudo-science, à la limite de l’animisme, Bruno Mégarbane n’en demeure pas moins l’un des experts les plus convoités par les médias.

Ceux qui défendent des positions contraires bénéficient d’une indulgence bien moindre. Ainsi en est-il du sociologue Laurent Mucchielli, censuré à plusieurs reprises par Mediapart où il héberge son blog pour y avoir publié des analyses des données de pharmacovigilance non conformes à la pensée dominante. Les raisonnements et la méthode analytique de Laurent Mucchielli, et donc a fortiori les conclusions auxquelles il aboutit, sont certes discutables, comme toute prise de position scientifique. Mais reconnaissons que la matière sur laquelle il s’appuie, à savoir les données de pharmacovigilance, est réelle et non contestable. Le sociologue ne bidonne pas une base statistique, pas plus qu’il ne détourne ou invente des faits. Il analyse à sa manière un matériau accessible à tous. C’est donc bien un abus de pouvoir que de le censurer pour « fact checking »[8].

Plus encore, on peut s’inquiéter du traitement réservé aux contestataires du pass sanitaire. Les hommes politiques et intellectuels qui sonnaient l’alerte dès fin 2020 lorsque cette mesure commençait à apparaître dans les discussions de l’assemblée ont été très vite marginalisés. A cette époque lointaine, on parlait du pass uniquement pour les voyages et les grands évènements, et pour une brève période transitoire. « Attention, c’est un premier pas vers le laisser-passer pour se rendre dans les lieux de la vie quotidienne » prévenaient certains, et les faits ne leur donneront pas tort. Pourtant, les médias n’ont jamais pris au sérieux cette mise en garde, et plus encore ont joué le jeu du dénigrement de cette opposition, l’assimilant à une poignée de complotistes qui manipulent les peurs.

De la même façon, comment ne pas s’interroger sur cet exercice de délégitimation systématique des manifestations anti-pass auquel se sont adonnés la plupart des grands médias. Assimilation de l’ensemble des manifestants à des « anti-vax » radicaux, présentation du mouvement comme une réémergence des courants d’extrême droite dure, relativisation du nombre de participants constituent autant de subterfuges pour discréditer la contestation et l’annihiler. Les syndicats, autre forme de contre-pouvoir anesthésiée, ont eux aussi largement joué ce jeu, comme en témoigne cette prise de position du secrétaire national de la CFDT ; Laurent Berger justifiait sur France info son absence de soutien au mouvement par le fait que dans les manifestations anti-pass « il y a des gens infréquentables. »[9].

Ainsi, un regard depuis la pratique contextualisée amène vers l’idée d’une contestation quasi-impossible de la gestion de crise sanitaire dans l’espace public. Ce muselage n’est pas officiel, et encore moins pris en charge par une milice. Mais il se fait de manière subreptice par un mécanisme de violence symbolique. Vous pouvez toujours vous exprimer contre la pensée dominante, mais auquel cas vous n’aurez plus accès aux divers dispositifs de contre-pouvoirs.

L’arbitraire comme autre pilier

Poussons un peu plus loin le raisonnement en examinant la troisième composante que la définition de l’Académie française recouvre : la dictature s’appuie sur une part d’arbitraire. Lionel Jospin dans un livre de 2005 indiquait que cet aspect constitue justement l’essence de la République[10]. Le dictateur décide en effet selon son bon vouloir, sans prendre la peine de se justifier ou d’asseoir ses choix sur des règles ou une argumentation rationnelle. Le débat ouvert et contradictoire représente alors le meilleur rempart contre ce type de dérive.

Pour en revenir à la gestion de la crise covid, nous avons vu plus haut que toute forme de contestation de la ligne dominante avait été délégitimée et étouffée, ce qui a irrémédiablement conduit à de nombreuses pratiques arbitraires. Le premier exemple porte sur l’obligation du masque en extérieur ; il n’y a pas besoin d’être médecin pour comprendre que lorsque l’on est dehors et qu’il n’y a personne autour de soi dans un rayon de 2 mètres, le risque de contamination est nul. Or, la quasi-totalité des espaces publics de France et de Navarre permettent de respecter ces conditions, y compris en zone dense. Les multiples rassemblements en extérieur qui ont eu lieu depuis le début de la crise n’ont en outre jamais explicitement conduit à des clusters. Le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à la Faculté de médecine de l’université de Genève (Suisse), qu’on ne peut pas vraiment qualifier de « covido-sceptique » reconnaissait dans une interview accordée au média Whatsup Doc qu’« il semble difficile de justifier scientifiquement le port obligatoire du masque à l’extérieur »[11]. Souvenons-nous à ce propos du carnaval de Marseille en mars 2021 ; alors que certains s’indignaient de ces milliers de personnes, sans masque pour la plupart, défilant les unes à côté des autres, cet évènement n’aura pas eu vraiment d’incidence sur la courbe épidémique dans le secteur. Le Tribunal administratif de Strasbourg, en septembre 2020, ne s’en était pas trompé en enjoignant la préfète du Bas-Rhin de restreindre l’obligation du port du masque en extérieur aux communes les plus denses[12]. On peut ainsi s’interroger sur le sens et la rationalité d’une telle mesure généralisée par la suite à plusieurs reprises dans des départements entiers.

De la même façon, l’examen détaillé des courbes a posteriori tend à pointer que la dynamique épidémique s’est à chaque fois infléchie préalablement à l’instauration des différents confinements de l’automne et de l’hiver 2020-2021[13]. Dans ces conditions, il y a lieu de douter de la pertinence de ces mesures restrictives qui ont fait parallèlement d’importants dommages collatéraux. Et pourtant, l’instauration de ces confinements n’a jamais fait l’objet d’une démarche de dialogue ouvert mais a été à chaque fois imposé dans le cadre d’un processus de décision opaque, piloté par le conseil de défense. La rationalité de telles décisions s’avère de fait discutable, et il n’est pas illégitime de penser que cette politique s’assoit sur une large part d’arbitraire. Cela ne signifie pas que ces décisions ont un unique but de servir les intérêts d’une oligarchie, ou qu’elles sont le fruit d’un caprice. Mais elles témoignent d’un processus décisionnaire « à vue » effectué dans un entre-soi restreint et fermé.

Enfin est-il nécessaire de revenir sur la mise en place de ce fameux pass sanitaire. Je l’ai rappelé, dispositif exceptionnel et temporaire pour les grands évènements au départ, celui-ci est désormais devenu un outil de la vie courante. Mais plus que sa banalisation, c’est l’effritement des arguments et garde-fous qui en justifient l’usage qui paraît particulièrement inquiétant. Combien d’élus de la majorité soutenaient au printemps 2021 que le pass sanitaire ne serait jamais étendu aux domaines de la vie courante ? Pour une partie d’entre eux, cette perspective était même impensable. On retiendra notamment cette sortie de la présidente de la commission des Lois de l’Assemblée nationale dans l’émission « C ce soir » du 13 mai. « J’ai tenu à inscrire noir sur blanc dans la loi qu’un restaurant, un cinéma ou un théâtre ne pourra pas l’exiger. C’est une question de libertés publiques. Le Parlement est extrêmement vigilant. » tweetait-elle en commentaire d’une vidéo où on peut la voir défendre avec émotion et fermeté les libertés publiques[14]. Notre députée semble avoir bien vite retourné casaque, et tenu avec une grande légèreté sa mission « d’attention et de vigilance »[15].

Plus encore, souvenons-nous de l’argumentation qui étayait la mise en place du pass : celui-ci reposait certes sur un objectif avoué « d’incitation » à la vaccination, mais sa capacité à freiner l’épidémie en constituait le ressort légitime et principal. Les juges du Conseil d’Etat affirmaient dans leur avis du 20 juillet 2021 sur le projet de loi relatif à la gestion de la crise sanitaire que son application devait « être justifiée par l’intérêt spécifique de la mesure pour limiter la propagation de l’épidémie […] et non par un objectif qui consisterait à inciter les personnes concernées à se faire vacciner. » [16] Or, depuis la fin de l’été 2021, on sait que cette ligne ne tient pas : le vaccin, s’il permet d’éviter les formes graves de la maladie, n’empêche pas la contamination. Le conseil scientifique l’a lui-même reconnu dès octobre 2021[17]. Certains soutiennent à contre-courant que le pass serait contre-productif, car il donnerait un faux sentiment de sécurité[18]. Ce constat n’a pas empêché le gouvernement de récidiver avec la loi de vigilance sanitaire qui prolonge la possibilité de recourir à cette mesure jusqu’à l’été 2022 et avec le conditionnement désormais de l’effectivité du pass à la troisième dose. Il est ainsi admis aujourd’hui dans l’opinion publique que ce dispositif n’a qu’un seul but, celui de rendre la vie impossible aux non vaccinés[19], alors même qu’il y a moins de 6 mois, nos sages déclaraient cette approche illégitime ! On saisit ici en quoi l’exécutif se permet quelques écarts avec les règles démocratiques.

L’arbitraire se traduit en fin de compte par une escalade de mesures liberticides, sans qu’à chaque nouveau tour de vis, les décisionnaires n’aient pris le temps d’effectuer des évaluations des restrictions préalables. Encore moins prennent-ils la peine d’en débattre la pertinence. Le gouvernement a « reconfiné », mais les confinements précédents ont-ils fait l’objet d’une étude critique poussée et partagée sur ses impacts objectifs ? A l’instar de Gabriel Attal, les tenants de la ligne dominante ne cessent de répéter : « Le pass sanitaire a montré toute son efficacité ! » Mais sur quels critères cette affirmation se base-t-elle ? Comme le soulignait le conseil scientifique en octobre 2021, des signes probants témoignaient d’une inflexion de la dynamique épidémique liée au variant delta dès fin juillet, soit avant que l’intervention d’Emmanuel Macron du 12 juillet n’ait eu un quelconque effet sur le cours des évènements[20]. Au demeurant, on notera que de nombreux pays ont connu des courbes de cas similaires à celle de la France sur cette même période, quand bien même leur politique de gestion de la crise sanitaire était fort différente[21]. Il paraît donc présomptueux de considérer que la pass sanitaire constitue l’« arme suprême » qui a mené à la situation favorable de la rentrée 2021. Peut-être, mais le cas échéant, seule une analyse a posteriori nourrie par des éléments objectifs et par un débat scientifique contradictoire permettrait de le confirmer. Ce que pour ma part je demande à voir !

A la question donc de savoir si la gestion de la crise s’est conduite sous le sceau de l’arbitraire, la réponse est clairement oui. Sur cet aspect, le régime que nous connaissons depuis 18 mois converge bien avec une dictature telle que l’Académie française la circonscrit.

Les causes de ce glissement vers un système dictatorial

Le glissement vers un système dictatorial ne s’est incontestablement pas opéré à dessein, qui plus est sous l’égide d’un groupe occulte qui chercherait à dominer le monde. Cette situation résulte plutôt de l’interaction à un moment donné de divers phénomènes qui, fortuitement, ont rendu l’établissement d’un tel ordre possible. Le caractère hasardeux de ces mécanismes sociologiques ne leur empêche pas d’être porteur de pouvoir pour une frange élitiste, qu’elle soit de nature politique, intellectuelle ou médicale. Pour le dire autrement, la crise sanitaire a propulsé sur le devant de la scène des élus, des leaders d’opinion, des médecins, des chercheurs, des consultants, des journalistes … « experts » d’une certaine approche de la santé publique et/ou défenseurs de la vision du monde qui la sous-tend. Il n’est dans ces conditions pas illogique que cette élite cherche à maintenir ses positions.

De la même manière, cette crise sanitaire est génératrice de ressources pour un ensemble d’acteurs économiques. On citera en premier lieu les laboratoires pharmaceutiques fabricant les vaccins, mais pensons aussi aux producteurs de masques, de blouses ou de gel hydroalcoolique, sinon à tout cet écosystème qui gravite autour du télétravail et du numérique. Qu’on le veuille ou non, tous ces acteurs ont un certain intérêt à ce que des dispositions mises en place au cours de la crise perdurent, et vont donc, de manière consciente ou inconsciente, contribuer à leur maintien.

Des dirigeants adhérant à une vision centralisée et verticale du pouvoir

Quels sont alors les divers phénomènes, au-delà du covid en tant que tel, qui ont favorisé le glissement vers cet ordre autoritaire ? L’arrivée au pouvoir de gouvernants avec une vision centralisée et descendante de l’action publique constitue l’un des facteurs les plus probants. Le fait qu’Emmanuel Macron s’inscrive dans une telle approche du pouvoir ne fait plus de doute pour personne. Au-delà, les multiples prises de parole des membres du gouvernement dans les médias laissent à penser que les mesures de restriction des libertés prises depuis 18 mois ne les émeuvent pas plus que ça. Bien entendu, ces personnes ne les ont pas adoptées par plaisir, et elles auraient sûrement préféré ne pas y recourir. Mais simultanément, on a l’impression à les écouter que cette mise en marge temporaire de la démocratie et de la liberté représente un dommage collatéral minime amplement justifié par la « protection des Français contre le virus ». En témoigne cette légèreté avec laquelle Jean Castex aborde le sujet lors de l’émission de Laurent Ruquier et Léa Salamé « On est en direct » sur France 2 début septembre 2021[22]. « Le système fonctionne » déclare-t-il tout de go alors qu’un journaliste l’interpelle sur la gestion de crise. Et quand un autre lui rappelle que le gouvernement s’est dédit sur le périmètre du pass, il prend à peine le temps de répondre comme si la question était somme toute secondaire. On a vu plus soucieux en matière de démocratie ! En d’autres termes, nos gouvernants semblent considérer que la primauté de la santé des personnes vulnérables sur la liberté constitue un fondement logique de notre société et donc indiscutable. Or, aucun argument scientifique et rationnel ne justifie une telle position. C’est en réalité ce conflit de valeur qui devrait être mis au débat public en premier chef dans une démocratie.

Il n’y a ainsi à mon sens pas de velléité des dirigeants actuels de prendre le pouvoir pour le pouvoir. Mon hypothèse est plutôt que domine chez eux l’idée de contre-pouvoirs nuisibles. Pour cette élite politique, la vérité vient d’ailleurs, notamment dans un champ tel que le sanitaire porté par des experts. Ainsi, se passer du débat public permet une action publique plus efficace et plus performante. Dans cette conception du pouvoir, la responsabilité en temps de crise impose de ne pas se perdre dans des discussions interminables. En d’autres termes, nous sommes face à un milieu politique qui pratique la démocratie par contrainte et non par conviction. L’état d’urgence lui offre ainsi de véritables facilités, et il n’est pas impossible qu’à force se crée une certaine forme d’accoutumance.

Institutions de la Vème République et majorité macronienne

Soulignons que cette approche centralisée et verticale du pouvoir n’est pas propre à ce gouvernement. Elle constitue l’esprit même de la Vème République, et peut donc aussi s’appréhender comme le produit de nos institutions. Je l’ai souligné, aucun coup d’état ne s’est déroulé sur les 18 derniers mois. Le déploiement des mesures de restriction s’est fait dans le respect de la constitution. Mais il convient de pointer que c’est la spécificité de la majorité macronienne qui aura permis de pousser aussi loin sur le pan autoritariste des institutions de la Vème République. Il faut pour le comprendre remettre en contexte l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron. L’actuel président doit beaucoup à l’affaire Fillon ainsi qu’à la primaire socialiste qui a conduit à investir un candidat sur l’aile gauche du parti. Sans ces deux évènements, Emmanuel Macron serait vraisemblablement resté dans le « ventre mou » du premier tour. De cette élection fortuite est ressortie une majorité parlementaire construite de rien et au pas de course. Relativement homogène socialement, celle-ci se compose pour beaucoup d’hommes et de femmes issus de la société civile. Les députés ont été recrutés comme dans une entreprise, et ne doivent finalement leur investiture qu’à la personne même du président de la République. On a ainsi un groupe de parlementaires entièrement redevable à Emmanuel Macron, et mis de fait en situation de dépendance à son égard. C’est une des raisons pour lesquelles peu de voix dissidentes se font entendre dans cette majorité, qui vote souvent comme un seul homme.

Cette caractéristique parlementaire n’était pas aussi saillante au sein des pouvoirs précédents. François Hollande, avec les frondeurs socialistes, en aura par exemple fait les frais. Le jeu des courants et/ou des alliances sur l’échiquier des partis traditionnels donne lieu à des majorités composites qui se construisent dans un processus négocié. Ainsi, dans ce système, quand une figure politique rejoint un candidat à la présidentielle, ce n’est pas gratuit. S’il dispose d’un socle électoral important, l’éminent élu peut continuellement peser sur les décisions prises en haut lieu. Tout laisse donc à penser qu’un président issu d’un parti traditionnel n’aurait pas pu se permettre les mêmes facilités à l’égard du parlement. Une majorité plus hétéroclite et plus autonome aurait favorisé les expressions contradictoires au sein de l’Assemblée nationale, ce qui aurait sûrement conduit à la mise en place d’une réelle opposition sur la gestion de crise sanitaire. Ainsi, si les députés macroniens, le doigt sur la couture du pantalon, ont voté sans rechigner, à de rares exceptions près, les états d’urgence successifs, je ne suis pas du tout certain qu’un président issu du rang des Républicains ou du Parti socialiste aurait eu le même blanc-seing. L’anesthésie du pouvoir parlementaire que nous connaissons aujourd’hui est de fait tout autant liée au cadre institutionnel qu’aux évènements de la campagne présidentielle de 2017 qui ont provoqué l’installation d’une majorité fantoche.

Cette analyse ne tient certes pas compte du Sénat qui intervient également dans la chaîne d’élaboration des lois. Plusieurs voix discordantes se sont d’ailleurs fait entendre au sein de cette assemblée où le parti présidentiel n’a pas la majorité. Cela aura permis d’apporter quelques ajustements aux textes initiaux, mais à la marge. Il n’en aurait pu être autrement car chacun sait que nos institutions accordent un rôle secondaire au Sénat dans la mesure où ce sont les députés qui ont le dernier mot en cas de désaccord entre les deux assemblées.

Une élite homogène dans sa manière d’appréhender le monde

Au-delà de cette approche politique, le glissement autoritaire peut aussi s’expliquer par une relative homogénéité de notre élite (politique, médiatique, intellectuelle et technocratique) dans sa manière d’appréhender la crise et ses conséquences sur la société. Celle-ci se fond dans ce que certains appellent une « doxa »[23], ou dans ce que d’autres désignent par « pensée unique »[24]. La primauté évoquée plus haut de la santé sur la liberté, la croyance aveugle aux bienfaits des vaccins ou encore un refus inconditionnel de la mort en constituent des fondements idéologiques. Ces idées, qui restent discutables en soi, sont ainsi partagées, voire prises pour argent comptant, par cette élite. Elles s’imposent ainsi comme vérité dans l’espace institutionnel alors même qu’elles sont loin de faire l’unanimité dans la population générale. De sorte, les contre-pouvoirs ne sont accessibles qu’à ceux qui adhèrent à ces idées, ce qui les rend inopérants sur une large partie du spectre décisionnel.

Ici encore, cette domination implicite n’a rien de prémédité. Aucun système de censure sophistiqué, qui aurait été commandité par le gouvernement ou une conspiration, n’en est à l’origine. De même que la pensée homogène qui règne dans les milieux considérés ne saurait s’expliquer par des opérations d’éviction ou des chasses aux sorcières. Cette situation résulte plutôt de mécanismes macro-sociaux par lesquels l’élite est insidieusement sélectionnée en fonction de la vision du monde à laquelle elle adhère. Quelqu’un par exemple qui soutient dans un groupe social des idées en contre-point de celles défendues par les dominants de ce groupe n’obtiendra jamais la légitimité pour accéder aux positions les plus élevées, ce quelles que soient ses qualités intrinsèques. C’est la raison pour laquelle dans de nombreux collectifs beaucoup préfèrent se taire et s’auto-censurer. Ce type de phénomène de sélection implicite a été mis en exergue depuis quelques décennies par la sociologique critique et notamment par Pierre Bourdieu.

Dans cette logique, le glissement autoritaire actuel émane moins des individus que des idées qui sous-tendent la vision du monde dominante. Ce constat fait écho à une définition complémentaire que donne le Larousse de la dictature ; le terme peut selon le dictionnaire aussi s’employer pour désigner une « influence extrême de quelque chose ». Pour l’illustrer, le Larousse cite « La dictature de la mode »[25]. Dans cette approche, une idée constitue possiblement la base d’une dictature qui, de fait, n’est plus forcément incarnée. En mobilisant cette définition, la dérive autoritaire actuelle peut aussi se lire comme une dictature que je qualifierais non pas « sanitaire », mais plutôt de « précautionniste ».

Une « dictature de la précaution »

Pour en saisir les ressorts, il faut en effet analyser les évènements hors de la crise covid, en les appréhendant comme la résultante d’un long processus qui a démarré a minima à la fin des années quatre-vingt-dix. Depuis plus de deux décennies, la France se plonge en effet dans un carcan de règles préventives qui touchent tous les domaines de la vie. C’est ainsi qu’on installe des barrières sur le bord du moindre espace public, qu’on nous fait signer une profusion de formulaires pour le moindre service, ou encore qu’il n’est plus possible de proposer des ateliers crêpes dans les EHPAD. Le dernier volume des Décisions absurdes de Christian Morel en dit long sur le sujet[26].

Ce précautionnisme s’est juridiquement concrétisé en 2005 avec l’introduction du principe de précaution dans notre constitution par le biais de la charte de l’environnement. Solidement installé dans nos vies et nos manières de penser, il s’avère désormais le principal carburant d’une peur constante de l’incertitude. Parallèlement, il s’inscrit dans une idéologie de l’action ; dans la philosophie précautionniste, le pire pour des gouvernants est de ne rien faire face à un danger susceptible d’advenir, quand bien même leur intervention est objectivement inutile voire contre-productive. Le précautionnisme invite à s’engager sans cesse dans des actions préventives même si la plupart du temps il ne se passe rien ; et même si tout laisse à penser que ces mesures de précautions seront bien vaines quand l’évènement tant redouté surviendra[27].

Cette idéologie d’un futur maîtrisé a en tout état de cause largement contribué à installer dans l’imaginaire collectif la santé et la protection comme valeurs suprêmes. Le récit collectif qui a été construit autour de la canicule du 2003 aura sans doute joué sur le déploiement d’un tel interventionnisme public à l’égard des personnes âgées, concrétisé explicitement avec la crise covid. Elle a donc justifié en toile de fond l’effritement de nos libertés et de notre démocratie. Ainsi, le peuple français, lénifié par les discours anxiogènes d’une élite enfermée dans cette idéologie précautionniste, semble perdre tout sang-froid et toute capacité de discernement dès les prémices d’une nouvelle vague. Pourtant, chacun devrait se rappeler qu’il n’y a eu aucune surmortalité globale chez les moins de 65 ans durant l’année 2020 et que le virus s’est montré jusqu’à présent très peu létal au regard des autres épidémies que l’humanité a connues. En examinant les faits, seulement les faits, interroger la pertinence des dispositions anti-covid déployées dans la plupart des pays occidentaux, et débattre du risque individuel et collectif encouru si elles ne sont pas prises, apparaît quoi qu’en pensent nos élites démocratiquement légitime.

Des signaux faibles laissant présager un mal profond

Des dirigeants mus par une vision centralisée et verticale du pouvoir, une majorité parlementaire fantoche permettant de pousser les limites démocratiques de la Vème République, et une pensée précautionniste dominante constituent les ingrédients principaux du glissement autoritaire qui s’est enclenché depuis quelques mois. Cette évolution vers un régime autoritaire était-elle inéluctable ? Ou doit-elle être considérée comme une parenthèse fortuite de notre histoire rendue nécessaire par le covid, qui sera très vite refermée dans les mois qui viennent ? Pour tenter de répondre à cette question, il semble important de relever un certain nombre de « signaux faibles » qui me laissent à croire que ce glissement est plus structurel que conjoncturel. Ceux-ci sont de différente nature et doivent nous alerter sur le fait qu’une dérive vers un système totalitaire n’est pas de l’ordre de l’impossible.

L’entrée dans les mœurs du pass sanitaire et la banalisation qu’en font nos dirigeants représente une première alerte. N’oublions pas qu’il s’agit d’un laisser-passer à montrer pour ne serait-ce que boire un café en terrasse, et dont les bienfaits sur un strict plan sanitaire sont, rappelons-le, contestables. Que cela plaise ou non, ce pass est un dispositif de contrôle social que tout citoyen qui dispose d’un smart phone est en mesure et en droit d’exécuter.

Il faut du reste s’interroger sur la posture des gouvernants, toujours plus dénigrants envers ceux qui critiquent leur politique. « Capricieux », « défaitistes », « irresponsables », « égoïstes », « failles », on ne compte plus désormais les qualificatifs dégradants employés par les membres de la majorité pour accabler les « anti pass » ou les non vaccinés. Plus encore, l’aptitude de ces gouvernants à cliver, créer des boucs-émissaires, parfois générer de l’animosité là où il n’y en avait pas ne dit rien de bon pour l’avenir de notre démocratie[28].

Plus encore, le culte de la personnalité qui est en train de se mettre en place autour d’Emmanuel Macron doit nous inquiéter. Jamais sous la Vème République la vie politique et médiatique n’aura tourné autant autour de la figure du seul président. Jamais cette éminence n’aura autant employé le « je » dans ses discours. Qui revient sur la campagne d’Emmanuel Macron de 2017 ne sera aucunement étonné de ce constat. Souvenons-nous de ces meetings où, usitant d’une rhétorique prophétique, il exhortait les foules à en perdre la voix. Rappelons-nous de sa cérémonie d’accession au pouvoir, on ne peut plus solennelle, où il arrive seul tel un roi dans la cour d’honneur du Louvre, avant de réciter un discours grave. Celui-ci était restitué à la télévision dans une prise de vue en contre-plongée, avec en arrière-plan la pyramide illuminée. Une mise en scène grandiose, soigneusement travaillée, centrée sur sa personne.

A titre d’illustration supplémentaire, sur un plan plus gestionnaire, la suppression de la taxe d’habitation déployée par le pouvoir en place questionne quant aux réelles intentions démocratiques du gouvernement actuel, et à ce titre constitue un autre signal. Certes cette mesure redonne du pouvoir d’achat. Mais ce bénéfice pour le contribuable se fait au détriment de l’autonomie financière des collectivités territoriales. Le citoyen, aveuglé par cette restriction d’impôts, ne perçoit pas qu’il s’agit également d’une opération de dépouille des contre-pouvoirs locaux.

Aussi, il faut en appeler à la vigilance de chacun par rapport à l’idée mise sur la table de procédures de vote facilitées et que certains membres du gouvernent cherchent à appliquer au plus tôt. Si depuis plusieurs siècles, le vote se fait dans un bureau et dans la confidentialité d’un isoloir, ce n’est pas uniquement pour suivre un rite républicain. En l’état actuel des connaissances, il s’agit de la seule manière de s’assurer que celui qui glisse le bulletin dans l’enveloppe le fait de son propre chef, sans aucune contrainte extérieure. Le vote par correspondance et le vote électronique à distance n’offrent aujourd’hui pas ces garanties et représentent un réel appel à la fraude. Elles constituent en ce sens une nouvelle attaque de l’idéal démocratique.

Plus préoccupant encore est le traitement de faveur réservé à la police depuis quelques mois. Appui du ministre de l’Intérieur en personne dans la manifestation qui l’a opposée à la justice ; renforcement des effectifs dans une période de chasse aux fonctionnaires ; exonération de l’obligation vaccinale : autant de signes témoignant d’une police « cocoonée » par l’exécutif. Leurs collègues du milieu hospitalier n’ont, malgré la crise, pas ce privilège ! Quand un pouvoir cherche ainsi à s’accaparer la bienveillance de la police, cela n’est pas de bon augure pour l’avenir des libertés.

En outre, la mise en place d’une commission pompeusement appelée « les Lumières du numérique » laisse à cet effet songeur. Dirigée par le sociologue Gérald Bronner, cette instance « d’expert du complotisme » a vocation à plancher sur les « manipulations et désinformations de l'information sur Internet »[29]. Vaste programme ! Commandité par le président de la République lui-même, ce travail doit conduire à la formulation de propositions dans un calendrier record, et synchrone avec la campagne de 2022. S’il est légitime de mener une réflexion de fond sur ces questions, j’ai bien peur dans ce contexte d’y voir les prémices d’une police de la pensée, d’autant plus lorsque l’on connaît les prises de position de certains des membres de la commission ; on peut notamment douter de la neutralité et de l’impartialité de personnes telles que Rudy Reichstadt de Conspiracy Watch ou même Gérald Bronner sur les questions de liberté d’expression. Ce signal est à mon sens particulièrement inquiétant : en 2021, un président de la République peut aux yeux de tous installer une commission visant à bâillonner le peuple et lui insuffler une pensée unique ; sans que cela ne semble émouvoir les intellectuels et les médias.

On peut en définitive se demander si la démocratie ne serait pas désormais une valeur « has been » dans les rangs d’une certaine élite. Même (et peut-être surtout) dans le milieu qui se dit progressiste, une petite musique commence à se faire entendre. Politiques, associatifs ou intellectuels ayant pignon sur rue clament sans complexe que les enjeux de notre temps nécessitent de réduire nos exigences en matière de liberté individuelle. C’est ainsi que des sénateurs ont écrit dans un récent rapport : « Si une « dictature » sauve des vies pendant qu'une « démocratie » pleure ses morts, la bonne attitude n'est pas de se réfugier dans des positions de principe, mais de s'interroger sur les moyens concrets, à la fois techniques et juridiques, de concilier efficacité et respect de nos valeurs. »[30]. Justifiant par la même le déploiement de technologies numériques de contrôle, tels que le traçage des personnes contaminées par un virus. Dans un tout autre domaine, et un tout autre univers, le festival du Monde à Montréal organisait un débat intitulé : « Urgence climatique : faut-il instaurer une dictature environnementale ? »[31] Si les intellectuels participant à cet évènement se gardaient de tout positionnement autoritariste, leurs discours n’en laissaient pas moins transparaître une appétence pour un tour de vis sociétal en vue de répondre à l’urgence climatique.

Donc oui, la tournure des évènements pose question sur le fond. La démocratie n’est pas un bien acquis ad vitam aeternam, et sa restriction, voire sa disparition, sont de l’ordre du plausible. Or, le manque de réaction face aux phénomènes précités tend à montrer qu’une large partie de la population est prête à accepter un tel recul démocratique, si ce n’est à y contribuer. Soulignons enfin que le moindre des signaux ici relevés générerait une levée de bouclier de l’intelligentia si des partis dits extrêmes en étaient à la source. Notre élite intellectuelle n’hésiterait pas le cas échéant à agiter le chiffon rouge de la dérive autoritaire. En d’autres termes, les écarts signalés n’ont sans doute été possibles que parce qu’ils ont été commis par un parti dit de gouvernement. Ainsi, dans notre République du XXIème siècle, le danger dictatorial ne réside peut-être pas là on s’y attend le plus !

Conclusion

Partant de la définition que nous en donne l’Académie française, j’ai retenu trois traits principaux pour caractériser la dictature : un pouvoir exceptionnel et temporaire (définition originelle sous la République romaine), l’absolutisme et l’arbitraire. Si le régime que nous connaissons en France depuis le début de la crise sanitaire ne répond pas totalement au cadre idéal ainsi dressé, force est de constater qu’il tend à s’en rapprocher. Cela transparaît particulièrement lorsque l’on examine le fonctionnement des institutions non pas sur le plan théorique mais plutôt à partir de situations pratiques ; les garde-fous constitutionnels n’ont notamment pas empêché ces derniers mois un exercice du pouvoir vertical et arbitraire ; de même que l’existence de contre-pouvoirs officiels n’aura en rien garanti l’expression des points de vue contradictoires.

Une multiplicité de causes, de nature politique, institutionnelle, sociologique ou encore philosophique, sont susceptibles d’expliquer ce glissement autoritaire. Il paraît ainsi fort peu probable qu’il résulte d’une stratégie réfléchie puis rondement déployée par une caste occulte. Il n’en demeure pas moins que l’interaction fortuite à un instant T de phénomènes divers a donné lieu à des prises de pouvoir et installé un nouvel ordre, que les gagnants cherchent dès lors à cristalliser. Un certain nombre de signaux faibles laissent en tout état de cause à penser que cette évolution n’est pas entièrement consubstantielle à la crise sanitaire et qu’un recul démocratique pérenne ne soit pas impossible dans les années qui viennent.

Dans ce tableau inquiétant, le processus électoral constitue un précieux rempart contre un ancrage de cette dynamique autoritaire qui conduirait irrémédiablement à la dictature. La perspective électorale de 2022 rabat notamment les cartes, et peut donner l’espoir que cette évolution permise par la succession des états d’urgence ne restera qu’une mauvaise parenthèse de l’histoire. Du reste, le report de l’élection dans un calendrier maîtrisé par le pouvoir en place n’est, sous couvert de la crise, pas de l’ordre de l’impossible.

Ainsi, la France n’a certes rien à voir avec l’Allemagne des années trente, l’Union soviétique, la Russie de Poutine ou encore la Turquie d’Erdogan. Il s’agit là d’un argument ressassé à l’envi dans les médias. Cependant, ceux qui, arqués sur une définition extensive de la dictature, relativisent les marqueurs d’un glissement dictatorial oublient de signaler que les régimes les plus autoritaires ne se sont pas mis en place du jour de lendemain. Beaucoup se sont plutôt installés dans un long processus où les libertés ont été rognées petit à petit. Ainsi c’est aujourd’hui moins la situation du régime en tant que tel qui doit nous préoccuper que la pente sur laquelle s’est engagé l’exécutif et plus particulièrement le président de la République. Sachons donc, en tant que peuple démocrate, réagir avant qu’il ne soit trop tard.

[1] Natacha Polony, Sommes-nous encore en démocratie ?, Editions de l’Observatoire, 2021.

[2] Stanis Perez, historien de la médecine et de la santé, interrogé sur le sujet dans une émission de France culture intitulée Sommes-nous dans une dictature sanitaire ? ne s’en donnait lui-même pas a peine.

[3] dictionnaire-academie.fr .

[4] universalis.fr .

[5] https://www.20minutes.fr/sante/3084939-20210716-extension-pass-sanitaire-dictature-ca-ca-defend-macron-face-critiques

[6] Par exemple le president du conseil scientifique Jean-François Delfraissy : https://www.france24.com/fr/france/20210724-covid-19-en-plein-%C3%A9t%C3%A9-la-france-craint-le-grand-incendie-du-variant-delta .

[7] https://www.facebook.com/watch/?v=873074956902460 .

[8] Pour consulter l’article de Laurent Mucchielli censuré par Médiapart le 30 juillet 2021 : https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/la-vaccination-covid-lepreuve-des-faits-2eme-partie-une-mortalite-inedite .

[9] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/pass-sanitaire/dans-les-manifestations-anti-pass-il-y-a-des-gens-infrequentables-estime-laurent-berger-de-la-cfdt_4759857.html

[10] Lionel Jospin, Le monde comme je le vois, Gallimard, 2005.

[11] https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/il-semble-difficile-de-justifier-scientifiquement-le-port-obligatoire-du-masque-lexterieur

[12] http://strasbourg.tribunal-administratif.fr/content/download/174171/1726018/version/1/file/2005349%20site%20TA.pdf

[13] Voir par exemple : https://reinfocovid.fr/science/larnaque-des-courbes-sur-les-mesures-sanitaires .

[14] Cf par exemple : https://www.numerama.com/politique/726028-le-pass-sanitaire-ne-saurait-etre-obligatoire-comment-le-gouvernement-a-fait-volte-face-en-2-mois.html .

[15] Comme en témoigne l’interview qu’elle donnera 2 mois plus tard sur Sud radio suite à l’intervention d’Emmanuel Macron du 12 juillet : https://www.youtube.com/watch?v=P1SD2Nm08d4 .

[16] https://www.conseil-etat.fr/ressources/avis-aux-pouvoirs-publics/derniers-avis-publies/avis-sur-un-projet-de-loi-relatif-a-la-gestion-de-la-crise-sanitaire .

[17] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_conseil_scientifique_5_octobre_2021.pdf .

[18] Par exemple le médecin urgentiste Gérald Kierzek : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/dr-kierzek-le-passe-sanitaire-pourrait-aggraver-l-epidemie-20210726 .

[19] Pour de pas dire, à l’instar du président de la République, les « emmerder ».

[20] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_conseil_scientifique_5_octobre_2021.pdf .

[21] Pour vous en rendre compte par vous-même, vous pouvez consulter le site https://graphics.reuters.com/world-coronavirus-tracker-and-maps/fr/ qui permet d’apprécier l’évolution de l’épidémie pays par pays.

[22] Emission du 4 septembre 2021 : https://www.france.tv/france-2/on-est-en-direct/on-est-en-direct-saison-2/2811387-le-face-a-face-de-jean-castex.html .

[23] Laurent Mucchielli. La doxa du Covid : Réflexions sur le contrôle de l'information relative à la crise sanitaire. Les Cahiers du CEDIMES, 2021, 16 (Hors-Série), pp.138-146.

[24] https://www.challenges.fr/politique/coronavirus-pourquoi-il-est-urgent-de-sortir-du-carcan-de-la-pensee-unique-pour-affronter-la-crise_710669

[25] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/dictature/25352 

[26] Christian Morel, Les décisions absurdes III. L’enfer des règles. Les pièges relationnels, Gallimard, 2018.

[27] Pour illustrer le propos, on pourra citer une étude dirigée par le professeur Matthew Neidell sur les conséquences du tsunami de Fukushima. Celle-ci tend à montrer que les mesures préventives suite à l’accident nucléaire (évacuation, fermeture des centrales nucléaires au Japon, …) ont eu d’importantes répercussions, et ont fait sûrement plus de dommage que si elles n’avaient pas été mises en œuvre : Matthew Neidell, Seiichi Uchida, Marcella Veronesi, « Be cautious with the precautionary principle : Evidence from Fukushima Daiichi nuclear accident », IZA Institu Institute of Labor Economics, Discussion Paper Series, 2019, htttp://fpt.iza.org/dp12687.pdf .

[28] J’ai écrit ces mots avant la récente sortie du président dans le Parisien où il déclare sans aucune gêne son envie « d’emmerder » les non vaccinés. Une prise de parole qui illustre parfaitement les propos ici développés.

[29] https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Bronner .

[30] http://www.senat.fr/rap/r20-673/r20-67315.html .

[31] https://www.lemonde.fr/festival/video/2019/12/27/urgence-climatique-faut-il-instaurer-une-dictature-environnementale-un-debat-du-monde-festival-montreal_6024160_4415198.html .

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