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Billet de blog 26 juin 2019

Europe: Tout repenser pour mieux repartir

« La gauche de la gauche est un champ de ruines », voilà comment Olivier Besancenot (NPA) réagissait aux résultats des élections européennes du 26 mai dernier. Un constat troublant à l’heure où la droite nationaliste et/ou postfasciste semble s’enraciner durablement sur le continent...

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Scores historiques de Matteo Salvini, Viktor Orbánet Marine Le Pen ; perte de la majorité absolue au parlement européen de la droite et de la social-démocratie (Parti Populaire Européen et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates), qui avaient pu la conserver durant ces 40 dernières années ; onde verte ; recul majeur des partis de la gauche européenne. Voilà comment peuvent se résumer dans les grandes lignes les dernières élections européennes. Il y a cinq ans, la sidération qui avait suivi l’avancée électorale des composantes de la droite dure (nationaliste et/ou fascisante) avait pu être compensée en partie par l’espoir que pouvaient soulever les résultats de la gauche de gauche dans le Sud de l’Europe. Aujourd’hui, il ne semble pas y avoir de lueur au bout du tunnel... Et pourtant c’est peut-être bien de cette « période opaque », que vont pouvoir surgir des lignes de forces pour l’avenir, pour tracer un horizon stratégique. Avons-nous d’ailleurs le choix ?

« Un référendum entre la vie et la mort »

Matteo Salvini, ministre de l’intérieur italien et héraut de la droite nationaliste européenne (Matteo Pucciarelli), voulait faire de ces dernières élections un « référendum entre la vie et la mort ». Nombre de journaux avaient pointé du doigt son arrogante posture qui pouvait le conduire dans un avenir plus ou moins proche à la mort politique, comme cela avait été le cas pour Matteo Renzi.  Mais il se savait vainqueur de cette consultation bien avant les résultats qui vont sacrer la Lega, premier parti italien sorti des urnes avec 34,3%des voix soit environ 6 fois plus qu’en 2014 et le double que lors des élections nationales de mars 2018. La presse a pratiquement unanimement souligné que les résultats de la droite dure n’étaient pas à la hauteur des espoirs de ses leaders. Le 18 mai, réunis à Milan, ils avaient, chacun à leur manière, proclamé qu’il s’agissait là d’un « moment historique » de « renaissance des peuples européens » de Marine Le Pen à Geert Wilders (Parti pour la liberté-Pays Bas), en passant par Jörg Meuthen (Alternative pour l’Allemagne (Afd)) et Anders Vistisen (Parti populaire danois). Matteo Salvini avait fait des clins d’œil appuyés à la droite néofasciste en citant dans son discours G.K Chesterton : « Le vrai soldat combat non parce qu’il déteste, mais parce qu’il aime ceux qui sont derrière lui ».  Marine Le Pen était bien décidée à faire de cette élection la revanche du Rassemblement National après les résultats « décevants » des élections présidentielles et des législatives ; avec quelques 570'000 voix de plus qu’à l’élection de 2014 et devançant La République en marche de 1,2 points, le pari est réussi.  Il est vrai les annonces tonitruantes de la création d’une nouvelle « Europe des nations » ont dû faire face à un score faible d’un certain nombre de ces forces politiques : c’est le cas d’une partie de la droite néofasciste (Casapound en Italie, Aube Dorée en Grèce), mais c’est aussi le cas du parti de Geert Wilders, même si les voix perdues passent à un autre parti de la droite dure chapeauté par Thierry Baudet ; c’est le cas du Parti du peuple danois (13,2% contre 26,6% en 2014) ; de l’AfD qui avance au parlement européen passant de 7,1% à 10,8% mais qui recule si on prend en considération les dernières élections fédérales en Allemagne (12,6%) ; c’est le cas aussi du Fpö (19,72% en 2014 contre 17,2% en 2019). Il n’en reste pas moins que ces élections montrent un enracinement certain de la droite dure en Europe avec l’avancée du Vlaam Belangs en Belgique qui triple sa représentation au parlement européen, de l’extrême droite suédoise qui passe de 9,7% à 16,9%, ou de Viktor Orbán (52,1%) ;  et ce même pour ceux qui sont en recul, puisque l’AfD par exemple obtient des scores historiques dans les Etats de Brandebourg et en Saxe. Ensemble ces forces occupent 172 sièges du parlement européen soit une augmentation substantielle de leur poids (elles ont gagné 18 sièges).

Tableau contrasté d’une période vert-bleue

Le Parti Populaire Européen et l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates perdent respectivement 38 et 36 sièges. C’est en particulier le recul de la CDU d’Angela Merkel (28,9% contre 35,3% en 2014), la bérézina des Républicains en France (l’UMP était à 20% en 2014, LR est à 8,8%), le recul du SPD (15,8% contre 27,3% en 2014) et de la constellation socialiste en France (qui passe de 13,2% à 6,2%) et bien entendu du Parti démocrate en Italie qui avait fait un score historique de 40,8% en 2014 et qui est aujourd’hui à 22,7% (en recul en chiffre absolu y compris sur les élections nationales de mars 2018). Le vote europhile s’est transféré au groupe libéral (ALDE) auquel appartient la République en marche d’Emmanuel Macron, et aux Verts qui en France et en Allemagne ont obtenu respectivement 12,6% (contre 9% en 2014) et 20,5% (contre 10,7% en 2014). Le vote pour les Verts est particulièrement significatif dans l’électorat jeune et dans les pays du Nord (Allemagne, Belgique, France, Hollande, Finlande), alors qu’au Sud il est pratiquement inexistant. Il est chargé aujourd’hui des espoirs portés par les mobilisations pour le climat de ces derniers mois. Les déclarations du député vert européen belge Philippe Lamberts qui se dit prêt à discuter avec les autres groupes européens à la condition qu’ils fassent leur autocritique et qu’ils défendent des politiques environnementales et la justice sociale semble ouvrir une fenêtre de dialogue dont il faudra évaluer les impacts.

Tirer le frein d’urgence

Les larmes d’Ada Colau qui perdait alors la mairie de Barcelone, la Lega de Matteo Salvini qui dépasse les 30% à Riace, la ville modèle de l’accueil des immigrés du maire Mimmo Luccano, les résultats catastrophiques de la gauche de gauche laissent un goût particulièrement amer à l’issue de cette consultation électorale, à la notable exception du Bloc de gauche portugais qui passe de 4,93% en 2014 à 9,8% aujourd’hui et du Parti du travail de Belgique qui obtient 8,4%. De la France Insoumise à Podemos en passant par Die Linke, ou à l’Alliance rouge et verte au Danemark (en baisse par rapport aux élections législatives de 2015, même s’ils augmentent leur score en 2019 passant de 5,51% aux élections européennes à 6,9% aux élections parlementaires)l’érosion de la gauche de gauche ne semble pas vouloir s’arrêter. Ce n’est pas une simple question de pourcentage ou de chiffres absolus. Cette érosion s’inscrit dans les territoires, les maisons, les rues, les quartiers des villes, et surtout dans le désespoir de celles et ceux qui ne se déplacent plus pour aller voter. Reconstruire ce champ de ruine pose des défis majeurs alors que la droite dure est en ordre de bataille pour mener cette guerre de position dans laquelle elle affiche ses slogans nationalistes, racistes, impérialistes et patriarcaux.

Daniel Bensaïd écrivait il y a vingt ans de cela : « il existe une pathologie de l’avenir obscurci, et pas seulement des traumatismes passés.[…] L’affaissement des horizons d’attente est d’abord un phénomène social. Le ciel bas et lourd de la crise modifie la relation à l’avenir. Elle renforce le souci de conservation au détriment de l’imaginaire anticipatif. » D’où repartir ? Comment relancer une gauche de gauche qui soit en mesure de « résister à l’irrésistible » ? Ces questions acquièrent aujourd’hui une urgence jusqu’ici inconnue dans une période où les sociétés européennes vivent le moment aigu d’une crise sociale, politique, économique, écologique, culturelle et bien sûr morale qui se prolonge depuis plus d’une vingtaine d’années. Il s’agit d’entrer en dialogue avec les fortes demandes d’une partie pour le moment aphone de la société civile celles qui portent les valeurs d’émancipation  centrées sur des valeurs fondamentales et universelles et portées par une nouvelle génération : les mouvements féministes et les mouvements écologistes qui réclament tous deux la justice globale, qui se mobilisent contre les murs et les frontières qui revendiquent ici et maintenant un avenir meilleur pour toutes* et tous*.  C’est à partir d’elles* et d’eux* qu’il est possible de repartir, sinon nous courrons vers la barbarie. 

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