«De la ferme à la table»: pour changer nos modes de production et de consommation

Assurer une alimentation saine et nutritive est un élément essentiel de la réaction à la pandémie de coronavirus, en particulier pour les communautés pauvres et vulnérables. Avec la stratégie «De la ferme à la table», nous voulons, d’ici à 2030, que l’utilisation de pesticides et d’antimicrobiens, ainsi que les pertes de nutriments, soient réduites de 50 % et que la part de l’agriculture biologique atteigne 25 %. Par Stella Kyriakides, Commissaire européenne en charge de la santé et de la sécurité alimentaire.

La pandémie de coronavirus a eu une incidence majeure sur notre façon de vivre, de travailler et d’interagir, et même sur la façon dont nous envisageons notre avenir. Ce qui a commencé comme une crise sanitaire est devenu une récession mondiale qui a des répercussions dans de nombreux secteurs, notamment dans notre secteur agricole et dans l’industrie alimentaire. La sécurité alimentaire est menacée partout dans le monde et beaucoup doivent se passer d’un élément essentiel: la nourriture.

Assurer une alimentation saine et nutritive reste un élément essentiel de la réaction à la pandémie de coronavirus, en particulier pour les communautés pauvres et vulnérables. Dans le monde, près de 690 millions de personnes souffrent de la faim, soit 10 millions de plus qu’en 2019. Et la pandémie pourrait ajouter entre 83 et 132 millions de personnes à ce chiffre.

C’est un fait que nos modes actuels de production et de consommation de denrées alimentaires ne peuvent pas durer. Au sein de l’Union, l’agriculture est responsable de plus de 10 % des émissions de gaz à effet de serre.En clair, notre mode de production détruit la planète et nos écosystèmes. Ces modes sont inefficaces et contraires à l’éthique, nous gaspillons un cinquième des denrées alimentaires produites alors que 36 millions de citoyens européens n’ont pas les moyens de s’offrir un repas de qualité chaque jour. Nos coûts de santé ne cessent d’augmenter, car plus de 50 % de la population adulte de l’Union souffre de surcharge pondérale. Tout cela ne rime à rien. Nous devons changer. Et nous devons développer notre volonté de changement.

La Commission von der Leyen s’est engagée dès son entrée en fonction à apporter des changements et à transformer les défis en chances à saisir. Dans le cadre du «Pacte vert pour l’Europe», nous avons adopté la stratégie «De la ferme à la table», qui nous indique la voie à suivre. Il s’agit d’un programme de transformation visant à mettre en place des systèmes alimentaires durables, qui reconnaît les liens inextricables entre des personnes en bonne santé, des sociétés en bonne santé et une planète en bonne santé. Un système alimentaire durable doit faire en sorte qu’une alimentation saine soit disponible et abordable pour tous, quelles que soient les circonstances — que ce soit en temps normal ou en période de crise.

L’Europe doit montrer la voie et faire preuve d’ambition et de conviction. Avec sa stratégie «De la ferme à la table», l’Union donne un cap clair et fixe des objectifs ambitieux et des buts concrets afin de transformer le système alimentaire de l’Union. D’ici à 2030, nous voulons que l’utilisation de pesticides et d’antimicrobiens, ainsi que les pertes de nutriments, soient réduites de 50 % et que la part de l’agriculture biologique atteigne 25 %. Nous transformerons la production alimentaire et la rendrons durable.

Nous savons que nos citoyens préfèrent une alimentation saine et durable, et nous veillerons à ce qu’ils puissent faire ce choix à tout moment. C’est pourquoi nous leur proposerons des étiquettes facilement compréhensibles donnant des informations sur le contenu des denrées alimentaires, à savoir sur leur mode de production, leur valeur nutritive et leurs effets sur l’environnement.

Notre ambition s’étendra également au-delà de nos frontières. Par l’intermédiaire de la coopération internationale, de la politique commerciale et des alliances vertes, l’Union encouragera des pratiques d’agriculture et de pêche plus durables, réduira la déforestation, renforcera la biodiversité et améliorera la sécurité alimentaire et les résultats en matière de nutrition.

Cette transition entraînera des changements profonds et aura un coût, mais c’est un coût que nous contribuerons à assumer. Avec la stratégie «De la ferme à la table», nous avons pour ambition d’aider nos agriculteurs, pêcheurs et producteurs de denrées alimentaires à devenir leaders en matière de durabilité et à obtenir une part équitable des bénéfices.

Alors que nous nous efforçons de surmonter la crise liée à la COVID-19, il nous faut dans le même temps construire un système alimentaire meilleur, plus solide et plus équitable. Notre société et notre planète en ont besoin. Le thème de la Journée mondiale de l’alimentation de cette année reflète très bien l’essence même de notre travail: «Cultiver, nourrir, préserver. Ensemble».

En suivant le cap donné par la stratégie «De la ferme à la table», nous serons à même d’atteindre cet objectif, c’est-à-dire de fournir une alimentation saine, produite de manière durable, à partir d’une planète saine et verte. Nos citoyens et notre planète ne méritent pas moins.

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