Éric Zemmour, le Solcarlus du RN

Ira, ira pas ? La candidature supposée d’Éric Zemmour fait jaser dans les chaumières. Même viré du Figaro et de CNews, l’homme est dans tous les esprits. Parce que comme la nature, les médias ont horreur du vide. Mais c’est en réalité un non-sujet. La vraie question n’est pas tant de savoir si Zemmour sera candidat demain, c’est de regarder le rôle qu’il joue aujourd’hui.

Eric Zemmour nettoie le RN du sol au plafond. Eric Zemmour nettoie le RN du sol au plafond.
Je suis, à titre personnel, convaincu qu’Éric Zemmour renoncera. Malgré l’envie, malgré l’appétit de pouvoir, malgré l’orgueil, malgré la popularité, il n’ira pas. Il n’a pas la carrure, il n’est pas présidentiable, il ne peut pas gagner, et il le sait.

Il n’a pas d’équipe de campagne – même si, paraît-il, ça s’agite en coulisses ; pas de programme – et ce n’est pas Le Floch-Prigent qui lui en bâtira un ; aucun avis affiché sur les sujets du quotidien que sont le pouvoir d’achat, l’emploi, l’économie, le social… Il reste dans son couloir : l’immigration, l’Islam, les femmes, les homosexuels. Zemmour n’est pas un candidat, c’est un névrosé obsessionnel doublé d’un parfait opportuniste.

Et quand bien même il irait, quoi ? Il grappillerait quelques voix à droite sans doute, à l’extrême-droite certainement. Celles de Marine Le Pen ? Même pas. Ou alors, à la marge. Ce sont plutôt les Dupont-Aignan, Philippot et consorts qui devraient s’inquiéter. Eux qui ne représentent déjà pas grand-chose, le candidat Zemmour pourrait bien être leur fossoyeur. Mais enfin, pas de quoi s’assurer une présence au second tour.

Bref, il n’ira pas.

Nettoyage du sol au plafond

Non, le vrai danger d’Éric Zemmour, c’est qu’il ferait presque passer Marine Le Pen pour une modérée. Elle qui n’a de cesse de gommer l’héritage paternel, de ripoliner son parti et son image, elle qui use de mille précautions de langage – ne dites pas « les émigrés », dites « les migrants » ; ne dites pas « les musulmans », dites « l’Islam politique », etc. – en un mot, elle qui fait tout pour se rendre politiquement fréquentable sur la forme sans rien changer au fond, pourrait bien trouver en Éric Zemmour sa lingette désinfectante.

Comparez les positions d’Éric Zemmour à celles de Marine Le Pen : elles sont très proches. À ceci près que lui ne s’embarrasse pas de périphrases ni de litotes. Il est direct, clivant, choquant. De fait, il passe, et à juste titre, pour une version « dure » de Marine Le Pen.

Mais dans cinq ans ? Quand Zemmour aura disparu sinon des écrans, au moins du jeu politique ? La mémoire collective étant ce qu’elle est, c’est-à-dire ce qu’on en fait, ce sera alors Marine Le Pen qui passera pour une version « soft » de Zemmour.

D’une certaine façon, Éric Zemmour a plus fait en quelques mois pour la « dédiabolisation » du Rassemblement National que Marine Le Pen elle-même en 10 ans !

Quelle que soit la décision d’Éric Zemmour, Marine Le Pen peut d’ores et déjà lui dire merci.

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