Stéphane Alliès
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Billet de blog 10 juin 2011

Fallait-il accepter d'animer la primaire de l'écologie?

Voilà maintenant deux débats de l'écologie politique que je viens de co-animer. Est-ce réellement ma place? Je le pense. En suis-je satisfait? Pas forcément.

Stéphane Alliès
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Journaliste à Mediapart

Voilà maintenant deux débats de l'écologie politique que je viens de co-animer. Est-ce réellement ma place? Je le pense. En suis-je satisfait? Pas forcément.

D'abord, comment ai-je été contacté?

Voici maintenant trois semaines que la proposition m'a été faite par le comité d'organisation de la primaire, d'être l'un des deux journalistes (avec Cécile Amar du JDD, puis Rodolphe Geisler du Figaro) qui interrogerait les prétendants écolos à la présidentielle. Se sont posées tout de suite les questions relatives au cadre dans lequel nous pouvions nous exprimer. D'emblée, le choix des questions, leur non-communication à l'avance, et le droit de suite en cas de non-réponse nous ont été reconnus.

Seule contrainte, l'établissement de trois à quatre thèmes par débat, définis par les staff de chaque candidat. Des thèmes non-exhaustifs*, ne nous empêchant pas de poser d'autres questions sur d'autres sujets. Donc des conditions jugées acceptables. En outre, la possibilité de «piocher» parmi des questions d'internautes pendant le débat. Une possibilité permettant d'éviter le ballet souvent fasitudieux des questions de la salle, et plutôt fidèle à la logique participative des nouveaux médias.

Depuis,aucune pressiond'aucune sorte n'a été faite sur mes questions ou ma façon d'animer (tout juste m'a-t-on reproché d'avoir posé une question sur la corrida). La demande de la direction d'Europe-Ecologie/Les Verts était de confier en toute indépendance à des journalistes la responsabilité de confronter les candidats à ce qui les attend dans une campagne présidentielle, de les forcer à pouvoir «se distinguer».

La règle édictéefut la suivante: un propos liminaire (10, puis 7 minutes chacun) et une conclusion (5 minutes) appartenant aux candidats et, au milieu, une heure laissée aux journalistes (et encadrée par un respect de temps de parole identiques -13 minutes par challenger-).

La Société des journalistes de Mediaparta tout de suite été saisie de l'opportunité de mon intervention, et en a débattu en interne. Un vote a ensuite été organisé (12 voix pour, 3 contre, 1 abstention, 2 ne participant pas au vote, les autres étaient en congés ou en reportage). Bien que n'étant évidemment pas rémunéré pour cette prestation, l'un des questionnements a été relatif au défraiement de mon déplacement -en train- et de ma nuit d'hôtel à Toulouse, par EELV. Quant au traitement journalistique de ces débats, il a été confié à l'une de mes collègues (lire ici).

Quel bilan tirer de cette expérience? 

Force est de reconnaître qu'il est plutôt mitigé. Je ne vais pas le cacher, à titre personnel et professionnel, c'est avec entrain que j'ai accepté la mission proposée. Pas tant par proximité avec l'écologie (j'ai voté une fois Vert dans ma vie en 14 ans, lors des européennes de 2004), mais par excitation de pouvoir participer le plus directement possible à l'échéance présidentielle, en faisant mon métier et en tentant de poser les questions les plus pertinentes, politiciennes comme sur le fond.

Mais au final, j'éprouve un brin de frustation.

En direct et face à une assistance militante nombreuse (par deux fois, les salles étaient bien pleines), il apparaît difficile d'exercer son métier comme on le souhaiterait. Face à des questions précises, on se heurte le plus souvent à des réponses essentiellement destinées à emporter l'applaudimètre.

Exemple sur l'immigration, lors du débat parisien. Malgré trois relances successives, à la question «Vous êtes tous pour une régularisation de tous les sans-papiers. Mais une fois celle-ci réalisée, quel cadre fixez-vous à l'accueil des nouveaux arrivants?», aucune réponse n'est jamais venue. En échange, une série de généralités sur «les rapports nord-sud», «l'obligation de participer à la démocratisation d'autres pays», «la nécessité de s'attaquer aux causes plutôt qu'aux conséquences», où «l'immigration qui est très souvent une obligation plus qu'autre chose». Plein d'ovations en tout genre. Mais de réponse à ma question («politique de visa ouvert»?, «quotas»?, «prise en compte des directives européennes»?), point. Même chose sur le temps de travail, à Toulouse.

S'ajoute au désarroi de devoir souvent se contenter de réponses souvent transpirantes de fiches préalablement potassées, le fait d'être constamment perturbé par les applaudissements ou les huées du public. Sentiment désagréable de se sentir en première ligne au milieu d'un meeting.

A ma place, mais pas autant qu'escompté, en fait.

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* Les thèmes retenus par les candidats pour les deux premiers débats étaient: rapport à la gauche, nucléaire, éthique en politique, responsabilité sociale des entreprises, biodiversité, économie et social, agriculture, immigration.

Les deux premiers débats de cette primaire de l'écologie sont visibles ici et ici.

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