L'homme qui pense

Rafraichissantes les 10 minutes d’interview de Régis Debray sur France Inter cette semaine. Voilà qui remplace avantageusement le politique du jour, servi sans sel au petit-déjeuner ou sur la route du travail..non pas que je sois particulièrement indisposé par la politique, bien au contraire, mais surtout parce que ces interviews se sont transformées en rituel et fastidieux jeux du chat et de la souris entre un journaliste plus on moins intrépide et un politicien plus ou moins agacé. De cette eau tiède radiophonique se dégage plus souvent le parfum entêtant de la démagogie et de la mauvaise foi que celle de la vérité. La politique du petit matin c’est devenu l’art de triturer les mots et charcuter les faits. Oh bien sûr, comment en vouloir aux invités l’oeil rivé sur la pendule, sommés en quelques secondes de balayer l’état du monde. La complexité n’a pas bonne presse dans un monde où la vitesse est une vertu. A ce petit jeu là Régis Debray, se payant le luxe de longs silences, m’a étonné. En une simple formule, il a rappelé que la fraternité n’entrtetient qu’un lointain cousinage avec le sentiment bonasse dont il est désormais convenu de l’affubler. Son histoire inachevée est aussi semée du sang des justes et des innocents. Si il avait eu un peu plus de temps, mais à quoi bon puisque faire vite c’est faire bien, il aurait pu prolonger cette idée. Et crier son aversion, en tout cas je crie la mienne, à ceux qui dans les média rangent la fraternité au rayon de la bien pensance et du droit de l’hommisme. Pour certains de nos commentateurs, parler de fraternité c’est se moucher avec des grand mots. Pour mettre mon petit bémol, la fraternité me dérange dans ce qu’elle véhicule d’identitaire, et donc de contestable. Je lui préfère l’idée de solidarité qui rappelle qu’il n’est pas de fraternité sans acte. La fraternité s’éprouve là où la solidarité se donne et se pratique. Elle est un art et un devoir, pas seulement une idée ou un sentiment. Alors voilà, ma matinée si elle n’en fut pas pour autant radieuse débuta au son rafraichissant d’un homme qui pense.

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