Hasard musical
Le hasard musical sous-entend des idées de surprise, d’imprévisibilité, de non reproductibilité et non répétition, absence de relations causales, autonomie des évènements et du temps [...].
Plus encore, une oeuvre imprévisible qui ne répond pas dans une certaine mesure à une logique analytique de type systématique est un exemple représentatif du hasard : on ne peut «localement» modéliser le résultat d'un processus musical aléatoire.
Certains termes ou techniques d’écriture musicale illustrent historiquement cette volonté de créer du hasard ou concepts dérivés : jeu de dés, bruit, indétermination, aléatoire, probabilité, happening, collage, écriture graphique, stochastique, forme ouverte, réservoir d'éléments, mais aussi récemment processus combinatoire, détermination, surdétermination !...
Déterminisme musical
Le déterminisme musical se définit à travers des notions de causalisme - de relations de cause à effet - et de finalisme - directionnalités, buts.
A partir d'un extrait musical, l'analyse d'un système d'écriture déterministe devrait permettre de recomposer l'oeuvre (présence de la notion de répétition, relations dans un même système d'écriture entre temps passé, présent, futur).
Nous avons conscience qu'il existe peu de compositions, à l'échelle de l'histoire, qui soient la traduction intégrale d'un procédé systématique ; de ce fait, nous assimilons le déterminisme technique aux oeuvres qui s'inspirent de cette démarche élargie à des caractéristiques synonymes d'une combinatoire ouverte et diversifiée (pluralité des systèmes...).
Une technique d'écriture déterministe est symbolisé par un processus formel décrivant un engendrement logique voire automatique : fugue d’école, dodécaphonisme, sérialisme, musique algorithmique combinatoire, musique spectrale...
Paradoxes ou liens trop naïfs
Hasard et déterminisme s'introduisent à tous les niveaux d’invention et de réalisation d’une œuvre, présent dans l’espace de création précédemment défini. Mais il serait naïf de continuer à croire qu’il suffirait par exemple d’utiliser une technique d’écriture singulière à l’échelle de l’histoire (probabiliste...) pour renouveler notre rapport à l’imaginaire (ou créer du hasard...).
A l’image de l’histoire des sciences à partir des années 1960, l’histoire musicale récente montre que l’on peut très bien appréhender une œuvre imprévisible qui soit la traduction d’une accumulation de «gestes» déterministes : la genèse de l’œuvre serait la projection d’un imaginaire défini (mimésis), la technique d’écriture de type combinatoire, la partition précisément notée et exécutable et la perception finale de l’œuvre pourtant contraire à toute sensation de prévisibilité.
Inversement, l'utilisation du hasard peut engendrer l’écoute d’une œuvre totalement prévisible, contrairement au souhait premier de son créateur.
Hasard et déterminisme : un marqueur du niveau de création et d’invention
Hasard et déterminisme enferment notre capacité à créer et à percevoir.
D’une autre manière, la prise en compte de l’évolution du rapport entre hasard et déterminisme modifie notre capacité à créer.
Inexorablement, à la perception d’une œuvre d’art, le couple hasard et déterminisme apparaît comme un révélateur, un marqueur temporel diachronique et critique qui dévoile, parfois de manière brutale pour son créateur, le degré de présence ou de manque d’invention de la création.
REFERENCE
Stéphane de Gérando, L'Œuvre musicale contemporaine à l'épreuve du concept, CNRS, Paris I, l'Harmattan 2012