Les concours face au Covid-19: la sélection sociale devient sélection naturelle

Emmanuel Macron s’est présenté, dans son allocution télévisée de jeudi soir, en véritable chef de guerre face au COVID-19 qui frappe actuellement le monde entier. Le principe de précaution s’impose, nous a-t-il dit, en substance, « quoi qu’il en coûte ». Pourtant, derrière ces paroles se révèle une toute autre réalité.

La fermeture des écoles, collèges, lycées et universités effective dès lundi dissimule la question, plus incidente en apparence, des concours et examens. Dès hier soir, le Ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s’est dit favorable à leur maintien. Dans sa conférence de presse de cet après-midi, la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, a annoncé qu’ils se dérouleraient comme prévu. Il s’agit là des concours d’entrée aux grandes écoles (écoles d’ingénieurs, de commerce, Polytechnique) mais également des concours de recrutement de la fonction publique comme notamment le CAPES et l’agrégation.

Le maintien de ces concours interroge tout particulièrement la gestion de la crise par le gouvernement et indigne. Dès ce soir, circulent sur Twitter deux hashtags explicites : #ReportezLesConcours et #TonConcoursOuTaVie. Alors que le Premier Ministre Édouard Philippe a annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes dans toute la France, ce sont des milliers de candidats qui s’apprêtent à composer dès le début de la semaine prochaine, rassemblés en nombre dans des salles d’examen. Un tel confinement, au vu du mode de propagation du virus, s’avère particulièrement dangereux d’autant plus qu’aucune mesure d’hygiène conséquente n’est à ce jour envisagée.Ainsi, la Maison des examens d’Arcueil, qui accueille chaque année des milliers de candidats, garantira simplement que du savon soit disponible dans les toilettes…Comment concevoir un tel amateurisme dans cette situation exceptionnelle ?

Si nous savions que ces concours sont éminemment sélectifs, ratifiant les inégalités sociales et culturelles, ils s’avèrent aujourd’hui validistes, comme certain.e.s le font remarquer sur Twitter. Quid des canditat.e.s souffrant de problèmes de santés, immuno-déprimé.e.s, diabétiques et asthmatiques auxquel.le.s on recommande de rester à leur domicile ? Une forme de sélection naturelle apparaît : seuls les plus fort.e.s pourront concourir ! Se pose, de manière tout aussi essentielle, la question des appariteurs et apparitrices. La plupart sont des personnes âgées qui ainsi cherchent à arrondir leurs fins de mois. Le maintien des concours les exposent au risque d’une possible contamination. En définitive, le renouvellement des hiérarchies sociales, comme une mécanique implacable, ne connaîtra pas la trêve due au COVID-19. L’inflexion idéologique que d’aucuns ont cru repérer hier dans le discours d’Emmanuel Macron demeure, sans aucune surprise, apparente. Les logiques de concurrence et de précarisation sont toujours à l’oeuvre dans la société. Et toujours, les plus faibles restent sur le bord du chemin.

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