Stéphane Guitline
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Billet de blog 5 mai 2008

Vent mauvais

Stéphane Guitline
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Depuis quelques semaines, tout le 93 ne bruit que de cela : ça bouge, ça tangue dans de nombreux établissements. D’abord les lycées, dont beaucoup participent à l’actuel mouvement de contestation commun à toute la France. Des occupations, des blocus organisés de manière plus ou moins convaincue, ou convaincante. Et puis des incidents, anodins ou sérieux, et la rumeur qui enfle : des charges brutales des forces de l’ordre à Gagny, face à une manifestation pacifique, des opérations commandos menées par des éléments extérieurs nombreux et organisés, qui aboutissent à la mise à sac de plusieurs établissements à Drancy, Noisy-le-Sec…
La semaine dernière, suivant des mots d’ordre confus, un certain nombre de nos élèves ont organisé le blocus du collège, le mouvement se propageant aux établissements voisins. Si le premier pas fut des plus douteux -les slogans se résumant à des injures lamentables à l’adresse de divers élus locaux ou nationaux-, les lendemains firent preuve d’un peu plus de cohérence revendicative : le blocus exprimait le refus de la suppression de certains BEP dans notre district.
Voilà d’ailleurs un phénomène étrange, qui voit des élèves demander le maintien de formations qui ne sont pas reconnues par la plupart des conventions professionnelles, et dont chacun tend à considérer qu’elles correspondent aux attentes et capacités des enfants des autres. Mais la banlieue n’est pas Paris. La décision du Ministère, qui vise à transformer ces BEP en Bacs professionnels en trois ans pose évidemment un double problème : à ceux qui visent une fin d’études rapide, elle impose une année supplémentaire, et à ceux qui visaient l’ancien Bac Professionnel, elle offre un diplôme amputé d’une année, potentiellement dévalué aux yeux des employeurs.
Cependant, l’essentiel n’est pas dans la mise en cause d’une mesure qui vise essentiellement à faire des économies, la suppression d’une année de formation permettant d’épargner un nombre considérable de postes d’enseignants. Le problème aujourd’hui, dans cette partie de la banlieue, c’est la contamination et la surenchère qu’entraîne ce mouvement, le chahut qui commence à dégénérer, et les débordements qui deviennent monnaie courante : tous les types d’établissements sont touchés par des actions de plus en plus violentes, déconnectées de toute revendication structurée, et nos voisins de Clichy ont dû faire face à des intrusions suivies de jets de cocktails Molotov dans l’enceinte de certains établissements. La gravité des faits justifie une médiatisation qui va à son tour tisonner les braises des incendies mal éteints de novembre 2005. Et ici tous les adultes responsables s’apprêtent à faire face à des moments difficiles, loin de partager l’optimisme affiché en haut lieu, qui consiste à penser que l’arrivée des vacances fera rentrer les choses dans l’ordre. Un vent mauvais risque de souffler de nouveau sur la banlieue, et il faut craindre que les choses prennent une tournure inquiétante.
Post-scriptum : en relisant les titres de ces billets, je constate que le pessimisme y domine, du moins en apparence. Aussi, vous parlerai-je prochainement, le printemps aidant, d’oiseaux de fleurs et de peintres, voire de la participation de notre atelier théâtre au festival de théâtre francophone organisé par l’Institut français de Florence.

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