E = MC² et non résilience alimentaire...

Le « Jour du Dépassement » a le grand mérite de « pédagogiser » la notion de la consommation des ressources. A mon tour, car m'intéressant depuis très longtemps à l'alimentation, aux territoires et aux risques, j'aborde la résilience alimentaire à l'aide d'un « repère » mondialement connu : l'équation universelle d'Albert Einstein : E = MC². Il n'y a rien de scientifique mais...

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Le « Jour du Dépassement » a le grand mérite de « pédagogiser » une notion qui, jusque là, n'est pas véritablement regardée en face : la consommation des ressources. Ainsi, le 1er août dernier, l'Humanité a théoriquement consommé toutes les ressources que la Terre peut régénérer sur cette même année. En effet, notre modèle de surproduction et de surconsommation nous met en situation de “dette écologique” au niveau planétaire pour les années qui suivent. Se rapprochant des « lois de proximité » (nous ne tendons l'oreille que sur les choses qui nous sont familières : parentèle, territoire, âge, classe sociale, etc...), la méthode qui a été de faire une analogie entre une année et les ressources est excellente car l'image de la dette est compréhensible par tout le monde. Le « Jour du Dépassement » aborde ainsi, à travers des « lois de proximité » que sont un calendrier et une vie à crédit, la question des ressources limitées et de l'empreinte écologique de chacun.

A mon tour, car m'intéressant depuis très longtemps à l'alimentation, aux territoires et aux risques (j'ai réalisé il y a dix ans une expérience originale de Locavore https://actu.fr/occitanie/castelnaudary_11076/stephane-linou-milite-pour-une-exception-alimentaire-a-la-francaise_5439004.html), je me suis dit qu'il serait utile d'aborder, à l'aide d'un « repère » mondialement connu, quelques notions essentielles qui ne sont pas reliées de façon systématique et pédagogique :

- l'énergie,

- la démographie,

- l'alimentation,

- la consommation individuelle,

- l'espace,

- le temps,

- les limites,

- les territoires,

- les choix individuels,

- les choix collectifs,

- la politique,

- la guerre,

- les différentes techniques agricoles,

- l'urbanisme,

- l'écologie,

- le climat,

- la pollution,

- le Droit,

- les techniques agricoles,

- les régimes alimentaires,

- la formation,

- les transports,

- le travail,

- les régimes autoritaires ou démocratiques,

- l'ordre public,

- les risques,

- etc...

 

Oui, tout cela à l'aide d'un repère connu de toutes et de tous:

l'équation universelle d'Albert Einstein : E = MC²

 

Je préfère le dire de suite, ma démarche n'a pas la prétention d'être scientifique...

mais elle se veut assez symbolique et un minimum crédible dans ses enchainements pour être pédagogique.

Les mathématiciens et les physiciens travaillent dans le domaine de l'absolu mais les vulgarisateurs (les journalistes ou comme moi qui essaye de sensibiliser) relèvent du domaine de l'approximatif. Mais ce qui est fondamentalement intéressant, c'est l'aspect pratique et opérationnel qui peut servir à faire comprendre certains concepts. Pour cela, des raccourcis et / ou des focalisations sont nécessaires. J'assume l'utilisation simplifiée de cette équation: je sacrifie ainsi la précision afin d'arriver à la délivrance d'un message...

Je répète que je n'ai pas la prétention, ni les compétences pour réaliser une démonstration scientifique et exhaustive. J'ai simplement l'espoir d'arriver, pour certaines personnes, à faire « tilt » : ce « tilt » étant que nous sommes acteurs d'un Système-Terre et que les comportements et aveuglements individuels et collectifs se payent tôt ou tard.

Ainsi, je vais modestement essayer de « décliner » la célèbre formule d'Einstein  à la non résilience alimentaire...

 

Adaptation et choix personnels des données :

Je fais le choix « d'anthropocentrer » chaque donnée de l'équation et pars du principe que « tout est énergie ».

Je fais également le choix que nous sommes dans un système à énergie constante et que la nourriture, c'est de l'énergie utile sous la forme d'aliments :

 

Ainsi :

 

  • E devient la masse d'énergie sur Terre utilisable par les humains,

     

  • M devient l'énergie de masse sous forme humaine (je la décline en « population (Pop) x consommation alimentaire individuelle (C) »)

     

  • C², qui est la vitesse de la lumière au carré (une vitesse est une distance sur un temps),

     

    devient :

     

    - T : l'espace terrestre sur lequel les humains trouvent de l'énergie alimentaire brute

    /

    - Effort : proportion du temps que passe les humains à chercher et à transformer l'énergie alimentaire brute (issue de T) en énergie alimentaire utile.

     

    Je fais également le choix de considérer que l'énergie alimentaire utile sert à un humain à se maintenir, à grossir et, lorsqu'elle est abondante, à se multiplier.

 

  • « = » devient, dans mon analogie, le « Régulateur » (certains pourront l'appeller « Dieu », d'autres « Le Grand Architecte »). Je l'appelle aussi la « Politique ».

    Le « Politique » avait sa légitimité fortement basée sur la préservation et l'affectation des terres qui étaient un patrimoine nourricier. Il devait ménager le territoire et la sécurité alimentaire était territorialisée.

 

Déclinons « Effort » de la façon suivante :

 

- la Vaillance (V) x les Savoirs (S)

/

- Technologies Agricoles Simples (TAS)

 

 

Ce qui nous donnait, tant qu'il n'y avait que des sources d'énergies peu denses et renouvelables :

 

E renouvelable « rare » (bois, soleil, vent, hauteur d'eau)

=

Pop « faible » x C « faible » x

(T « vaste »)

/

((V « forte » x S « forts ») / TAS « faibles »))

 

Depuis que nous avons découvert et que nous exploitons des sources d'énergies fossiles denses et non renouvelables :

- la démographie (Pop) a explosé ,

  • nous surconsommons (C),

  • nous avons artificialisé les sols (T) pour loger la population et construire des réseaux pour relier des populations et activités de plus en plus éloignées,

  • nous avons appauvris les sols (T),

  • nous ne voulons plus « nous baisser » plus pour produire notre alimentation (V),

  • nous avons fortement perdu les savoirs agricoles (S),

  • nous avons remplacé les Technologies Agricoles Simples (TAS) par des technologies agricoles carbonées (TAC),

TAC : Technologies Agricoles Carbonées : (l'Agro-Machinisme (AM) x l'Agro-Chimie (AC : engrais, pesticides, fongicides, produits phytosanitaires) x le Transport (T) x le Conditionnement (C) x la Réfrigération (R) x la Transformation Industrielle (TI)

Notons que tous les paramètres de TAC sont directements dépendants d'une E dense « abondante ».

- le Régulateur ou Politique (P) a accompagné le mouvement en « oubliant » que la préservation des terres nourricières et la sécurisation de l'alimentation était un des fondements de sa légitimité,

 

Ce qui nous donne, actuellement,

 

E renouvelable « rare » + E dense « abondante » (pétrole, gaz, charbon)

=

Pop « importante » x C « importante »

x

(T « réduit »

/

(V « faible » x S « faibles ») / TAC « fortes »)

 

 

Scénario du stress énergétique :

Que se passerait-il si E connaissait un stress (multiplication du prix et / ou ruptures d'approvisionnements) ?

Ce qui nous donnerait :

 

E renouvelable « rare » + E dense « limitée »

=

Pop « importante » x C « importante »

x  Quotient B qui est

((T « réduit »

/

Quotient A qui est (V « faible » x S « faibles ») / TAC « limitées »))   

La baisse de TAC qui devient « limitées » fait que la valeur de Quotient A augmente, faisant chuter la valeur du Quotient B, Quotient B étant... l'énergie alimentaire utile...

Ainsi, Pop et C devraient faire avec moins...

Or, une équation a besoin de s'équilibrer...

Pour ce faire, je laisse le soin à chacun de « s'amuser » à toucher les paramètres...

Allez, mettons-nous à la place de du « Régulateur » à qui l'on peut « offrir » plusieurs options, suite à la forte chute de TAC liée à celle de E « dense »:

  • réduire Pop ? (la question de la démographie étant encore taboue, cela risquerait d'être « compliqué »),

  • rationner C ? (alors que nous sommes capables de nous battre pour du Nutella en promotion, serons-nous capable de partager de manière paisible la nourriture restante ou irons-nous piller les lieux de production alimentaires les plus proches après avoir pillé les deux jours de stocks des grandes surfaces et les logements de nos proches voisins ?

  • augmenter T ? (bon courage car avec le nombre de surfaces artificialisées, il faudrait débettonner les parkings pour retouver la terre ; conquérir les terres des voisins : des conflits d'usages et/ou des guerres en perspective ; régénérer les sols : il faudrait donc cloner en disséminer des Lydia et Claude BOURGUIGNON ; conquérir une autre planète : ça risque de prendre du temps, prendre beaucoup d'énergie et un sacré paquet d'essais râtés avant d'atterrir quelque part),

  • augmenter V ? (travailler plus : la terre est basse); augmenter S ? (il va falloir rouvrir des centres de formation et réquisitionner les paysans retraités afin qu'ils restituent le savoir agronomique qui fait aujourd'hui défaut)

 

Quels que soient les scénarii, les désordres (émeutes, guerres civiles, vols, etc...) seraient là car...

Nous avons commencé par « courir » après la nourriture (chasse et cueillette), puis, afin de commencer à sécuriser son accès, nous l’avons produite autour de nous (invention de l’agriculture au Néolithique). Ensuite, pour la sécuriser, nous nous sommes regroupés en communautés. Et aujourd’hui ? C’est la nourriture qui « vient » à nous, sans que l’on s’inquiète vraiment du « comment ? » et du « jusqu’à quand ? ». Ainsi, production et consommation n’étant plus territorialisées, nos territoires, même ruraux, sont « alimentairement malades » car non autonomes, mais « tiennent » car « perfusés » par les camions de la grande distribution. Hélas, cette dernière n’a que trois jours de stocks et ceux-ci font l’objet d’une traque quotidienne par les enseignes car leur existence leur coûte…

Un premier réflexe pourrait nous faire dire que les « autorités », dont l’Armée, ont des stocks : tout le monde doute de cela... Un autre serait que les associations humanitaires, inclues dans les plans communaux de sauvegarde, en ont : et bien, pas vraiment car elles se fournissent dans… les grandes surfaces.

À l’heure du tout-connecté et des cyberattaques, où le lien social se délite et qu’une infime partie de la population produit sa nourriture, que se passerait-il si la chaine d’approvisionnement connaissait une sérieuse avarie ? Une « pathologie territoriale » se déclarerait sous la forme de troubles à l’ordre public…

L’approvisionnement alimentaire ne semble pas analysé en termes de risque par les autorités publiques. Or « manger » étant un besoin essentiel de l’être humain, il conviendrait de classer l’approvisionnement alimentaire régulier comme stratégique.

Nous avons mutualisé tous les besoins individuels listés dans la Pyramide de Maslow à travers des « infrastructures » (énergétiques, sanitaires, sociales, sécuritaires, de secours, juridiques, etc.) mais n’est-il pas inquiétant que l’on ne parle jamais « d’infrastructure nourricière » ?

Il semble que nous ayons à faire à un aveuglement face à la vulnérabilité de l’approvisionnement alimentaire… C’est d’autant plus curieux que… garantir les conditions d’un minimum de sécurité alimentaire était un pilier de la légitimité des « ancêtres » des maires d’aujourd’hui, les consuls au Moyen Âge dans le Midi… Dans cette logique, celle-ci devrait répondre aux besoins par une chaîne résiliente, allant du foncier au consommateur, en passant par la production, les producteurs, le stockage, la transformation, les transports et la distribution… Il serait ainsi peut-être temps de s’interroger sur cet élémentaire « talon d’Achille alimentaire » où même les campagnes sont actuellement incapables de subvenir à l’alimentation des ruraux. En effet, l’époque où les fermes étaient nombreuses, autonomes et diversifiées, est révolue et fait désormais partie de l’album rassemblant les images d’Epinal.

 

Mes impressions :

Un stress énergétique prochain étant plus que probable, nous ne sommes assurément pas prêts à cela sociétalement, administrativement, politiquement et individuellement.

Toutes les strates de la société sont dans une euphorie énergétique qui fait que, comme une personne en état d'ébriété, oublie que l'essentiel (ici la nourriture) se construit, est fragile et n'est pas acquis lorsque l'on a, même inconsciemment, accepté de perdre la main sur les conditions générale de sa production et / ou de son acheminement.

Le jour où ce stress arrivera, il n'est pas certain que nous soyons assez mûrs pour nous « gendarmer ». Ainsi, nos libertés individuelles risqueront et même peut-être devront s'effacer, du moins temporairement, afin d'assurer la survie du plus grand nombre.

Nous devons ainsi, dès maintenant, passer de l'Aménagement du Territoire au « Ménagement du Territoire » et passer du Développement économique inconséquent et indifférencié à la « Résilience » alimentaire. Cette dernière devrait, pour moi et, entre autres, pour ces raisons, être considérée comme étant articulée à l'ordre public et à l'autonomie stratégique de la nation. « L'exception culturelle » est garantie alors que la culture est moins stratégique que l'alimentation qui pourrait faire l'objet d'une « exception alimentaire »,

Ainsi, j'ai voulu, en me permettant d'adapter la formule d'Einstein que certains appellent la « formule de Dieu », et certes de façon peu orthodoxe, rendre pédagogique la réalité systémique et limitée de notre planète dans laquelle nous sommes des acteurs sur-prédateurs et dont nous dépendons. En associant des paramètres englobant une multitude de disciplines à l'aide desquelles nous pouvons collectivement et individuellement agir, j'espère contribuer, modestement, à réduire la hauteur de la chute car chute et Effondrement de notre civilisation thermo-industrielle il y aura, inmanquablement.

J'espère que les physiciens, les mathématiciens et les scientifiques en général, me pardonneront d'avoir pris quelques libertés en adaptant, pour la bonne cause et à des fins pédagogiques, cette formule, car, au vu de ce qui nous attend, ça ne mange finalement pas beaucoup de pain...wink

Ainsi fut mon adaptation de l'équation universelle d'Einstein à la Résilience alimentaire...

(soyez gentils, ne me tapez pas trop fort, ce n'était que pour faire avancer le sujet...cry)

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