Hommage à Jean-Jacques Pauvert

Avec Jean-Jacques Pauvert c'est un très grand éditeur qui vient de mourir. Nombre d'articles de presse ne voient en lui que l'éditeur de Sade et de littératures érotiques. Il l'a été certes et le combat qu'il a mené pour lutter contre la censure et l'ordre moral de l'époque est éminemment respectable.

Avec Jean-Jacques Pauvert c'est un très grand éditeur qui vient de mourir. Nombre d'articles de presse ne voient en lui que l'éditeur de Sade et de littératures érotiques. Il l'a été certes et le combat qu'il a mené pour lutter contre la censure et l'ordre moral de l'époque est éminemment respectable. De même celui qui l'a conduit à éditer les livres de Sade jusqu'à ses œuvres complètes et à le faire reconnaître comme un véritable auteur de la littérature française à la suite de quelques grands commentateurs comme Gilbert Lély et plus tard Annie Le Brun.

Tout cela est loin cependant d'épuiser son importance dans le monde éditorial qui est énorme.

Il reste pour moi d'abord attaché à la fameuse collection "Libertés" aux couvertures couleur carton que je recherchais dans les librairies de la rue des Ecoles les moments trop courts et précieux où nous montions à Paris lorsque j'étais étudiant. C'est dans cette collection éclectique que j'ai dévoré quelques pépites glanées chez des auteurs aussi disparates que Julien Gracq (La littérature à l'estomac), Oscar Panizza (Le concile d'amour), André Breton (sur l'affaire de La chasse spirituelle ainsi que la controverse à propos de Camus), René Crevel (Le fameux Clavecin de Diderot), Bakounine (quelques extraits intitulés La liberté) et même Trotski (Leur morale et la nôtre)...

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Pauvert était aussi attaché à la librairie Palatine à côté de l'église Saint-Sulpice. On y trouvait nombre de livres mythiques, dont certains malgré leur aura légendaire restaient inaccessibles aux librairies de chez nous (c'était bien avant l'avènement d'internet). La plupart étaient donnés pour épuisés. Ils ne l'étaient pas dans cette véritable caverne d'Ali-Baba qui avait des airs d'entrepôt et regorgeait de trésors surréalistes et de littératures d'avant-garde que nous découvrions lors de nos séjours parisiens. J'en revenais émerveillé feuilletant fébrilement dans le train du retour les trouvailles du moment parmi lesquelles de très belles rééditions par ses soins de René Crevel ou d'André Breton. C'étaient de très beaux livres dont j'admirais la police de caractères et la mise en page choisies avec soin qui témoignaient d'un travail pour lequel le livre ne pouvait être un objet comme les autres.

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Pauvert c'est aussi celui qui a édité le très bel essai d'Annie Le Brun Qui vive Considérations actuelles sur l'inactualité du surréalisme, un des premiers livres que j'ai lus de cette auteure majeure.

 

Pauvert fut aussi - je l'ai appris bien plus tard - l'artisan de la réédition des oeuvres de Debord chez Gallimard. Sa correspondance témoigne de l'incroyable confiance que l'auteur de La société du spectacle lui témoigna alors. On en conviendra, ce n'est pas rien.

 

Chapeau bas, Jean-Jacques Pauvert et merci.

Stéphane Moulain

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