C'était un 23 avril...

À Jean-Luc Romero

À Christophe Michel

À Lui, qui me manque tant...

 

 

23 avril 2013. La France reconnaît aux homosexuels le droit de se marier.

 

Hier soir, place Kléber, plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies dans la joie (musique, drapeaux, cotillons, sifflets...) pour fêter l'égalité... enfin !

Chez les plus jeunes, le bonheur de l'évidence. L'inévitable marche de l'Histoire : pouvoir se marier comme allant presque de soi. Puis, déjà, dans les têtes, les combats à venir et, bien sûr, la lutte contre l'homophobie, revenue au grand jour à l'occasion des débats parlementaires.

Chez les plus vieux (ou les moins jeunes... parmi lesquels je me compte), les « Anciens Combattants » , de la joie, mais, surtout, un très grand soulagement. Tant d'années de militantisme, de combats pour enfin toucher au but. Mais, dans nos regards, l'ombre de l'émotion. La mémoire de nos amis, de nos amants, de nos amours. L'infernale litanie des morts du Sida. Ils furent de toutes les luttes. Hier soir, c'était aussi leur victoire.

Bien sûr, il reste l'avis du Conseil constitutionnel et la publication des décrets d'application. Viendront les irréductibles édiles qui, au nom d'une pseudo-liberté de conscience, refuseront de faire ce pour quoi ils ont aussi été élus : la fonction d'officier d'état civil représentant de l'État (et non d'une religion ou d'un parti politique). Puis les premiers mariages, chahutés, sans doute, par les franges les plus intolérantes d'une société française que je veux croire plus ouverte et respectueuse que l'image qu'en donnèrent certains de ses représentants.

 

Hier soir, place Kléber, c'est comme s'il était à côté de moi. Je pouvais sentir sa main serrer la mienne et son parfum délicatement chatouiller mes narines.

Deux semaines, déjà, qu'il est parti, épuisé par la maladie. Dans notre appartement, il est là : sa photo sur mon bureau, sa place dans notre lit, son oreiller contre lequel, chaque nuit, j'essaie de m'endormir... et ce parquet qui, inexplicablement, craque. Il passe.

Nous ne nous serions pas marier. Mais nous nous réjouissions de savoir que ceux qui le souhaitaient puissent, un jour, le faire.

L'ouverture du mariage aux couples homosexuels n'était pas une revendication communautaire, mais la volonté que soit appliqué à chaque citoyen le principe d'égalité devant la Loi.

 

Hier, mardi 23 avril 2013, le Parlement français n'aura, finalement, reconnu qu'une seule communauté : la République ! (1)

 

 

(1) Je reprends ici la phrase finale du discours prononcé en novembre 1998 lors des débats sur le PaCS par la députée R.P.R. du Maine-et-Loire, Roselyne Bachelot, infatigable soutien des L.G.B.T.

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