Chroniques de l'homophobie ordinaire (II)

Flâner dans les Relay des gares et des aéroports. Retrouver les journaux et hebdomadaires régionaux, nationaux et internationaux. Découvrir des publications aux sujets parfois très « pointus » (1)... mais aussi une presse d'opinion souvent méconnue, à la diffusion confidentielle (pour ne pas dire plus) et aux idées plutôt radicales.

 

C'est ainsi que j'eus entre les mains - pas tout à fait par hasard, je l'avoue ! (2) - un de ces journaux d'opinion : Rivarol. Hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne. Fondé en 1951, ce média est le principal porte-parole de l'extrême-droite du Front national (3) : négationnistes, antisémites, catholiques intégristes, royalistes ultras, pétainistes (il en reste encore !), etc. se retrouvent, chaque semaine, dans ses colonnes. Les propos y sont violents, toujours à la limite des lois pénalisant l'antisémitisme, la xénophobie, l'homophobie ou la négation des crimes contre l'Humanité. Le lectorat est fidèle, actif et permet au journal de poursuivre sa publication (plusieurs milliers d'exemplaires) et sa diffusion dans les kiosques.

 

Dans son numéro du 26 avril 2013, Rivarol consacre son éditorial de Une à l'« Insoumission active à leur mariage inverti ! » (4). Que pense l'hebdomadaire de référence de l'extrême droite française de ce « mariage inverti (...) ce projet sapant les fondements de la famille, de la morale et de la civilisation » et de ses conséquences ? 

 

« (...) il faut espérer que l'exaspération née de cette volonté de légaliser l'accouplement sodomite et saphique et de permettre aux invertis d'adopter des mineurs (on tremble à la pensée que des enfants puissent être confiés en toute légalité à ces individus !) ne faiblira pas de sitôt. (...) Il suffit de mesurer déjà les traumatismes affectifs et psychologiques chez les enfants de parents séparés ou divorcés souvent soumis à la garde alternée (une semaine chez le père, une autre chez la mère avec souvent les nouveaux conjoints des géniteurs et leur progéniture !) pour imaginer le supplice infligé à des gosses qui n'ont rien demandé par des invertis changeant très régulièrement de partenaires ou les multipliant, immatures de surcroît sur le plan affectif, égocentriques, incapables d'atteindre l'autre dans son altérité et ayant un mode de vie peu compatible avec la vie de famille (ils vivent généralement la nuit).

(...) Qu'importe qu'il s'agisse désormais d'une loi de leur République. Nous ne la respecterons pas plus que la loi Veil, la loi Gayssot ou le Pacs. Et nous invitons tous les maires à refuser de procéder à ces simulacres de mariages. »

 

Nous sommes en 2013.

L'homophobie se diffuse sur les réseaux sociaux. Les lecteurs de Rivarol manifestent contre la loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels. Les propos écrits dans cet hebdomadaire sont la source à laquelle viennent s'abreuver les Jeunesses nationalistes et l'Œuvre française (5), organisations qui, avec le G.U.D. et le Printemps français, chaque soir, à Paris, à Lyon et dans d'autres villes de France, multiplient les violences contre les forces de l'ordre et les homosexuels.

Nous sommes en 2013... et l'homophobie est bel et bien devenue ordinaire.

 

 

(1) Fluvial. Le mensuel de la navigation intérieure; La vie du tracteur; Bière Magazine; Brochet-Sandre Magazine...

(2) Jeune historien, mes premiers travaux portèrent sur les médias d'extrême droite.

(3) Le journal a soutenu Bruno Gollnisch lors de la course à la présidence du Front national et reste proche de « l'aile droite » du parti lepéniste, tout en critiquant vivement Marine Le Pen et, surtout, son entourage.

(4) Rivarol, « Insoumission active à leur mariage inverti ! », in Rivarol, n°3091, 26 avril 2013. Derrière le pseudonyme de Rivarol se « cache » à peine Jérôme Bourbon, directeur de la publication et de la rédaction de l'hebdomadaire.

(5) Dont les manifestations sont régulièrement relayées par Rivarol, qui publie systématiquement les communiqués de presse de l'Œuvre française dans son courrier des lecteurs.

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