AFFAIRES FIFA. POURQUOI GIANNI INFANTINO N'EST-IL PAS EN DETENTION PREVENTIVE ?

Les conditions d'une mise en détention préventive de Gianni Infantino, le président de la FIFA, et de Rinaldo Arnold, le premier procureur du Haut-Valais (Suisse), sont réalisées : pourquoi ne sont-ils pas aujourd'hui en détention préventive, puisque les risques de collusion sont avérés.

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L’enquête préliminaire du procureur extraordinaire désigné par l’Autorité de Surveillance du Ministère public, Stefan Keller, a convaincu ce magistrat d’ouvrir formellement une enquête pénale à l’encontre de Gianni Infantino, président de la FIFA, et de Rinaldo Arnold, premier procureur du Haut-Valais; le procureur Keller a également demandé la levée de l’immunité du procureur général de la Confédération, Michael Lauber. Les infractions pénales, dont les éléments constitutifs objectifs paraissent réalisés aux yeux du procureur fédéral Keller, sont très graves et déjà bien ciblées : « abus d’autorité », « violation du secret de fonction », « entrave à l’action pénale » et « instigation de ces infractions », selon l’annonce faite ce dernier jeudi par l’AS-MPC. Ces délits peuvent conduire à une peine de sept ans et demi d’emprisonnement en cas de concours d’infractions.

L’ancienne procureur de la Confédération, Madame Carla del Ponte, interrogé sur la RTS par Darius Rochebin, a évoqué l’existence d’un « faux témoignage », en complétant ainsi sa position : « ce n’est pas crédible, ils se sont mis d’accord pour un faux témoignage », faisant référence à une rencontre secrète tenue au Schweizerhof à Berne, à laquelle assistaient quatre personnes, dont Infantino et Lauber.

Il est aussi de notoriété publique, comme vient de le rappeler Darius Rochebin à Carla del Ponte, que la FIFA est une organisation, prétendument d’utilité publique et exonérée d’impôt, qui est gangrenée depuis de nombreuses années par la corruption, les pots-de-vin et les trafics d’influence, dont les pratiques sont largement « opaques ».

Face à l’ensemble de ces circonstances, une question toute bête doit être posée : mais pourquoi donc Gianni Infantino et Rinaldo Arnold, présumés innocents, naturellement, ne sont-ils pas en détention préventive ? Plusieurs critères prévoyant la détention préventive sont en effet réalisé, à savoir la gravité des infractions, les risques de réitération et, surtout, les risques de collusion. En effet, comme le savent très bien tous les connaisseurs du dossier, Gianni Infantino et Rinaldo Arnold sont des amis d’enfance. Il convient donc aujourd’hui, notamment en considérant la gravité des infractions poursuivies et les pratiques récentes de corruption au sein de la FIFA, d’éloigner les deux amis d’enfance de toute mise en relation réciproque. Dans ces cas, la solution la plus communément pratiquée par tous les magistrats en charge d’un dossier de cette importance est d’obliger les personnes confrontées à une procédure pénale en qualité de prévenus ou d’inculpés de rejoindre un établissement pénitentiaire en qualité de prévenus détenus jusqu’au moment où il aura été possible à la police fédérale ou au procureur fédéral d’opérer leurs premiers recoupements. La mise en détention préventive des deux suspects aurait pour effet de protéger le dossier de tout effet polluant ou toxique.

Il n’y a pas, légalement énoncé, de différence sensible qui imposerait une mise en détention préventive de prévenus, présumés innocents, de trafics de stupéfiants, et une renonciation à cet outil procédural lorsqu’un magistrat d’instruction est confronté à des trafics d’influence. Une telle différenciation est d’autant moins à accepter lorsqu’elle a trait à une organisation criminelle dont les antécédents, notamment dans le champ de la prévarication et des pots-de-vin, sont déjà si peu reluisants.

Pourquoi Gianni Infantino et Rinaldo Arnold ne sont-ils pas en détention préventive ? Leurs fonctions respectives de président de la FIFA et de premier procureur du Haut-Valais seraient-elles des parapluies de protection ? On ne peut le croire puisque Michael Lauber lui-même est poursuivi pour les mêmes chefs d’accusation. alors qu’il officiait en qualité de procureur général de la Confédération (1).

Alors pourquoi le président de la FIFA et le premier procureur du Haut-Valais ne sont-ils pas en détention préventive ? (2) (3)

 

 

(1) La mise en détention préventive du procureur général de la Confédération n’est pas d’actualité, puisque son immunité parlement n’a pas – encore – été levée.

(2) Sepp Blatter, qui n’est pas avocat, milite pour la suspension de Gianni Infantino.

(3) La détention préventive n’ôterait pas le statut de présumés innocents à Infantino et à Arnold.

 

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