CORONAVIRUS. LES COUTURIERES ... LES SACRIFIEES

Les couturières, les sacrifiées de la nation. Des petits mains assassinées par des directives publiques et par une absence de reconnaissance.

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(Par Marina DEROUET. Editrice : Création Point de Croix – Le journal des Brodeuses – Tricotons – L’Atelier Patchwork)

 

J’ai décidé de prendre ma plume pour dire ma colère face à l’attitude de ce gouvernement. Je vous parle d’abord en tant que petite-fille d’une couturière, brodeuse, et tricoteuse. Ma grand-mère savait faire des merveilles aves ses 10 petits doigts, elle donnait sans compter, elle ressemblait à ces petites dames qui se sont échinées à fabriquer des masques ces dernières semaines !

Je suis éditrice de plusieurs magazines dans le domaine des loisirs créatifs, je connais le travail qui se cache derrière chacune des créations, car c’est mon métier, et je connais aussi le savoir-faire unique qui est en quelque sorte l’identité de la France ! Notre HISTOIRE !

Ces couturières anonymes ont pallié le manquement de l’État français qui s’est avéré incapable de fournir le matériel nécessaire.  De façon spontanée et généreuse, elles ont produit des masques, des charlottes sur-blouse pour les hôpitaux, les EPAHDS, les pompiers, les ambulanciers, en fournissant le tissu et les élastiques, sans rien demander ou juste le minimum ! Elles ont travaillé sans relâche, sans compter leurs heures !

Ces petites PME textiles se sont démenées pour répondre à la demande des soignants, des collectivités, des particuliers, en proposant – par esprit de solidarité – des prix justes qui couvraient à peine les frais. Cette activité a souvent permis aux entreprises de ne pas fermer en l’absence totale de commandes textiles.

Après des semaines de flottement, l’État a inventé des normes dont la conséquence immédiate est d’écarter toutes ces petites mains du marché ! En effet, faire tester les masques coûte de l’argent. La certification d’un masque pour le lavage est par exemple facturée 5000 euros ! Quelle petite couturière a les moyens de réaliser ce test ?!

On a l’impression que ces normes ne sont faites que pour tuer nos petites entreprises ! Elles ont pour seul résultat de privilégier les grands groupes textiles et les importations chinoises. Or, on connaît ces dernières : produits souvent défectueux, élastiques qui cassent, blouses qui se déchirent…

Il est étrange de noter que jusqu’à aujourd’hui, les masques « faits-main » étaient parfaits pour les EHPADs et les soignants, et que maintenant, ils ne protégeraient plus personne…

Et que dire de l’annonce des grandes surfaces qui ont tué le marché en commercialisant des masques en tissu à 1 euro. À ce prix-là, inutile d’espérer une fabrication française ! Il faut savoir que pour fabriquer un masque en textile « non-tissé », une couturière professionnelle a besoin de 15 minutes.

Après tous les efforts engagés par ces couturières et ces petites PME, il aurait été logique de privilégier les entreprises françaises en réservant ce marché à la production intérieure. C’était le minimum que l’État aurait pu faire pour les remercier.

Cette crise a eu le mérite de mettre en évidence les carences d’un système où nous dépendons entièrement d’un pays étranger pour soigner nos malades et protéger nos soignants. La leçon a-t-elle été comprise ? La production s’est-elle recentrée sur la France ? Pour l’instant, non… C’est la Chine qui rafle tout, et les petits fabricants textiles, eux, mettent la clé sous la porte.

Les hommes politiques apprendront-ils jamais ?!

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