L’Espagne de l’édition a traduit en six langues « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel, dont l’éditeur était notamment Jean-Pierre Barou, auteur de ce magistral « La guerre d’Espagne ne fait que commencer ».
Ce livre magnifique se clôt par l’assassinat du poète Federico Garcia Lorca qui « révèle la capacité de la littérature à transcender l’histoire des faits accomplis pour recréer une humanité prête à renaître ».
Si ce livre rappelle l’ignominie franquiste à laquelle se sont ralliés à deux moments clefs de l’histoire (blocus de Gibraltar et bataille de L’Èbre) les puissances de la démocratie de la lâcheté (France et Grande-Bretagne), s’il dit les horreurs de la guerre menée par les phalangistes (« on a dit que des femmes de miliciens furent violées, puis eurent les seins coupés »), s’il rappelle que la guerre d’Espagne eût pu être gagnée, s’il conte la guerre des communistes contre les anarchistes, il séduit avant tout par ces évocations des plus grands de nos hommes de lettres (Albert Camus, André Gide, Georges Bernanos, Thomas Mann, George Orwell), qui ont chanté chacun à leur manière « la disparition de l’homme de bonne volonté ». Et peut-être le lecteur aura-t-il le désir de lire le grand livre de Bernanos, « Les Grands Cimetières sous la lune », ou d’entrer enfin dans ces ouvrages d’histoire qui traitent de ce moment charnière de l’éternité que fut La Guerre d’Espagne. La bibliographie proposée à la fin par l’auteur donne envie au lecteur de comparer les historiens classiques avec les nouveaux historiens, de retourner ainsi sur les lieux du crime, à défaut de parcourir l’Andalousie et de prier laïquement à Casas Viejas ou à Fuente Vaqueros, le lieu de naissance de l’inoublié et éternel Federico Garcia Lorca.
Un extrait ?
« Ces quatre sont têtus. Mann a qualifié de « capitalistes » les démocraties. Gise s’est montré désolé par la « génération de l’argent »; Bernanos, lui, par « une société qui ne connaît plus guère entre les êtres que les rapports de l’argent »; Camus en a tiré les conséquences : « Toute vie dirigée par l’argent tend vers la mort ». Cette guerre aurait-elle été définitivement perdue ? Le pouvoir de l’argent, l’emprise des partis, leur mainmise sur la démocratie n’auraient fait que s’amplifier, ce qui revient à dire que Mann avait raison, que sa « culture de l’esprit » a laissé place à des valeurs « civilisatrices » – comprenez colonisatrices ».
Jean-Pierre Barou, La guerre d’Espagne ne fait que commencer, Seuil, 2015, 197 pages