Catalogne, 11 septembre 2013 : l'histoire est en marche ... (8)

8 mai 2013 : la blogosphère éclate de rire.

En chœur : près de 2’400’00  vues, plus de 35’000 commentaires … et une quantité de vidéos-réponses.

Le sujet de la catalanophobie est joliment traité, parce que Mel Dominguez a l’insolence de ses vingt ans. Et quand elle se lasse, elle se lasse, et quand elle se désole, elle grimace.

Mel a la mèche soignée, et la gouaille d’un titi parisien nouvelle génération.

 

Originaire de Huelva, élevée en l’Andalousie, elle vit à Barcelone depuis deux ans, parce que selon elle là-bas est son futur, et que là-bas elle s’y sent bien. Parce que les gens n’y sont pas tous des barbares, et parce que la langue, la langue n’est pas une frontière.

De grâce, rendez vous sur You tube, et cliquez sur « A mi me hablas en espanol ».

Après un préambule hautement diplomatique étant donné la nature délicate du sujet abordé, elle n’approuve ni les Catalans qui haïssent l’Espagne ni les Espagnols qui haïssent la Catalogne, elle se lance … et c’est un feu d’artifice verbal de la part de celle qu’en Andalousie on appelle dédaigneusement « la Catalane », cette « Catalane »  qui dénonce le rejet injustifié et agressif des Catalans par une frange de la gent ibérique.

Elle nous avoue avoir été élevée dans « la haine » du Catalan, qui représente le sel de la terre, mais dans son sens premier, celui de l’amertume. Il veut l’indépendance, les autres ne comprennent pas, ne l’acceptent pas. Et Mel de les sermonner : c’est un droit, c’est un choix à respecter, et qui ne mérite pas qu’on y réponde par un sentiment de répulsion primaire et raciste.

Son papa en prend pour son grade, qui lui interdisait de regarder un programme catalan, connu pour ses gags … « avant d’entendre du catalan à la maison, je préfère écouter la télé en anglais ! ». Et que dire d’une dame qui confiait à sa mère … « La Catalogne est une terre si laide, si laide », sans même l’avoir constaté de visu. Logique et imparable : on ne visite pas une terre si laide, si laide.

Et berk … à la poubelle, ses amis qui la sermonnent parce qu’elle envoie une carte de vœux en catalan … raillés, les pauvres, qui l’enjoignent de ne plus les féliciter de cette manière, c’est-à-dire en catalan. Qui lui demandent de le faire en castillan. Qui n’auraient sans doute pas réagi si elle avait utilisé l’anglais.

Dans une royale envolée, elle s’attaque ensuite à tous les préjugés.

Non, tous les Catalans ne détestent pas les Espagnols.

Non, en Catalogne on ne parle pas seulement le catalan. Barcelone regorge d’habitants qui maîtrisent parfaitement le castillan !

Non, en Catalogne on peut parler castillan sans immédiatement être fustigé. Et elle précise n’avoir jamais subi aucune discrimination, tant sur le plan professionnel qu’amical ou festif.

Non, en Catalogne les panneaux ne sont pas tous uniquement rédigés en catalan. Très souvent, une traduction espagnole est proposée. Et elle ironise, (et on l’adore) : s’impose-t-elle vraiment, cette traduction ?  … estacion de Sant ou estacio de Sant … personne n’y perdra son latin, tout le monde trouvera son train. Avouons-le (sans vergogne aucune), le catalan n’est pas du chinois.

Non, les Catalans ne sont pas dans l’obligation de parler espagnol, toujours, car ils vivent en Espagne. (Encore). Non, ils bénéficient d’une langue qui leur est propre … et que ce soit sur leur terre, ou ailleurs, la démocratie la plus rudimentaire leur permet de choisir la langue dans laquelle ils vont s’exprimer.

Non, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai de dire que c’est impossible de les comprendre … si un Espagnol y consacre un peu d’attention, s’il écoute vraiment, il comprend.

Et non, le catalan n’est pas un dialecte issu de l’espagnol. C’est une langue, une langue écrite, avec sa grammaire, son histoire, une culture, une littérature.

 

Si le ton est léger, le sujet est sérieux. Et en Catalogne, certains s’en inquiètent.

Un site, Apuntem.cat, récolte et diffuse sur la toile des tweets racistes, afin de combattre l’anti-catalanisme rampant, tant dans les sphères publiques que privées.

GlobalVoices est une communauté internationale de blogueurs, qui compte 700 auteurs, et 600 traducteurs qui diffusent des articles de par le monde dans 30 langues. Une édition catalane s’est ouverte le 25 février de cette année, avec 20 collaborateurs. Et un objectif : expliquer la Catalogne au monde.

On peut être catalan sans haïr l’Espagne.

On peut être catalan, revendiquer l’indépendance, sans prôner la violence.

Le savent-ils seulement ?

ROSER_~1Le 7 août, Violetta Camaras, journaliste à GlobalVoices, nous informe que Roser Tarragò, joueuse de la sélection féminine de waterpolo espagnole, s’est vue dans l’obligation de fermer son compte Twitter deux jours plus tôt. Sur son profil, elle y apparaissait vêtue d’un Tshirt de la sélection catalane … avec l’estelada, en signes typographiques. Menaces, insultes en tous genres … le net s’est enflammé, avec tous les dérapages que l’on peut imaginer, de part et d’autre. Des Catalans lui disent leur incompréhension de la voir jouer dans une sélection espagnole, des Espagnols lui dénient le droit de figurer dans cette même équipe.

Le 12 août, Cristina Simon, journaliste à GlobalVoices, révèle que trois jeunes ont subi des violences, tant verbales que physiques, pour avoir parlé le catalan, pour avoir revendiqué le droit de s’exprimer dans cette langue. Au festival de musique Arenal Sounds, célébré à Valence, le service de sécurité ne plaisante pas : en Espagne, on parle espagnol. Et Laura se verra refuser l’entrée parce qu’elle s’est adressée en catalan à l’agent qui contrôlait l’accès à la scène. Il ne comprenait pas … alors il l’a fouillée, a trouvé un spray d’autodéfense … et averti la Guardia Civil. Deux autres jeunes l’apprennent, le ton monte avec l’agent en question, qui n’apprécie guère de se voir traité de fachiste … et les jeunes de se voir jetés à terre, encerclés par cinq policiers. La soirée se terminera à l’hôpital, et la direction du festival n’y trouve rien à redire.

Circulez, il n’y a rien à voir.

N’est-ce pas ?

Quant à Mel, et bien Mel, interviewée (en catalan) par TV3, nous offre le mot de la fin : « La haine se soigne en voyageant ».

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