Catalogne : un homme engagé, l'Honorable Francesc Homs

(Par BEATRICE RIAND)

Francesc Homs est le premier Conseiller du Gouvernement de la Catalogne, nommé à ce poste par le Président, et par conséquent chargé de mettre en œuvre le programme gouvernemental. Il assiste donc Artur Mas dans l’exercice de ses fonctions, et peut à certaines occasions le suppléer. Enfin, il exerce également la charge de porte-parole du gouvernement.

Licencié en droit, militant au sein de CDC (Convergencia Democratica de Catalunya) depuis 1993, député au Parlement de Catalogne depuis 2003, il est nommé Secrétaire de la Présidence et porte-parole du Gouvernement de la Generalitat en 2010, avant d’occuper ses fonctions actuelles, à laquelle il a été nommé en 2012.

L’homme est charmant, posé, mais très ferme dans ses propos.

 

Qui pourra voter le 9 novembre 2014 ?

Cela doit être encore défini afin de préserver la légalité de cette consultation. Nous sommes donc  en train d’étudier quels sont les citoyens qui peuvent voter, pour que la consultation soit inattaquable ou, si elle est attaquée, que nous puissions gagner dans les tribunaux.

Il y a une différence entre un référendum, qui est convoqué par l’Etat espagnol, et que ce dernier interdit, et une consultation que nous pouvons nous-mêmes convoquer.

Nous devons identifier les différences juridiques entre référendum et consultation pour garantir la légalité de la consultation.  Nous n’avons donc pas encore défini qui pourra voter et dans quelles conditions. Par exemple, est-ce que le Catalan qui vit en Suisse ou le Catalan qui vit à Madrid pourra voter ?

Nous aimerions trouver une solution allant dans ce sens, mais je reste réservé dans ce domaine. Par contre, l’Espagnol qui vit en Catalogne a le statut juridique d’un Catalan et pourra voter.

 

Quelle erreur la Catalogne ne doit-elle pas commettre dans le processus dans lequel elle s’est engagée ?

Il y a deux éléments essentiels auxquels nous sommes très attentifs.

En premier lieu, maintenir l’union. Chacun a une fonction et chacun doit respecter la fonction de l’autre ; nous devons montrer beaucoup de générosité les uns envers les autres pour comprendre que les fonctions des uns et des autres sont différentes.

En second lieu, il s’agit de montrer une capacité à résister, ce qui est très important, parce que la stratégie de l’Etat espagnol et sa politique consistent à nous fatiguer : « ils vont se fatiguer ces Catalans, ils vont finir par se disputer entre eux ». Cela requiert de nous une disposition au sacrifice au nom de la résistance. Là où nous allons, personne ne nous attend. L’important, c’est d’y arriver.

 

Homs3Quelle erreur l’Espagne ne doit-elle pas commettre face à la persévérance des Catalans ?

 

(Rires) Je ne veux pas dire ce qu’ils doivent faire ou  ne pas faire pour ne pas leur en donner l’idée !

Tout d’abord, je fais toujours une distinction entre l’Etat espagnol, l’Espagne et les Espagnols. La Catalogne doit pouvoir dire qu’elle aime les Espagnols et l’Espagne. Il n’y a rien de personnel dans ce processus. Par contre, nous avons évidemment un problème avec l’Etat espagnol, car nous souhaitons disposer d’un Etat propre, d’un Etat catalan. Et cela ne va pas contre qui que ce soit. Cette position n’est pas une position qui va contre les citoyens espagnols. Par contre, l’Etat espagnol, ainsi qu’une partie de la presse espagnole, ont un problème de compréhension en ce qui concerne le thème catalan. Mais nous ne pouvons pas passer notre vie à attendre qu’ils parviennent à une meilleure compréhension et qu’ils perdent cette méfiance à notre encontre.

 

Si la Catalogne devient indépendante, sera-t-elle républicaine ou monarchique ?

 

Oh … en ce qui concerne la monarchie, si nous prenons en compte le fait que nous avons eu notre dernier roi en 1410, il est très difficile aujourd’hui d’imaginer de réinstaurer une monarchie en Catalogne. Aujourd’hui nous devons tendre nos efforts vers l’obtention d’un Etat indépendant, ceci sans fermer aucune porte. Personnellement, je n’écarterais aucune option.

En tout état de cause, cette option doit être définie dans la future Constitution catalane par le peuple.

 

Si la Catalogne choisit la voie de la République, pourrait-elle opter pour une démocratie directe comme en Suisse ?

 

Pour l’instant, je ne peux pas répondre de manière claire. Nous devons mettre en place les bases du futur Etat, notamment l’administration fiscale ; nous devons également définir notre système législatif et concevoir les outils qui permettront le fonctionnement ordinaire de l’Etat. Ce type de débat, j’espère que nous pourrons le mener dans un parlement pleinement souverain.

En ce qui concerne la démocratie directe, je considère que les modèles participatifs sont bons et je les défends. Maintenant, il s’agit de définir ce qu’induit le droit à participer en termes de responsabilités. Il faut y incorporer ce que le droit à participer implique comme responsabilités. Ne reconnaître que le droit sans définir les obligations qu’il génère est une catastrophe. Je crois que ce débat, nous devrons le mener, et je ne fermerai aucun option dans ce domaine.

 

Dans un Etat indépendant la langue castillane pourra-t-elle cohabiter avec le catalan ?

Le castillan, comme le catalan, doivent être maintenus comme deux langues officielles. Nous nous tromperions si nous choisissions une autre voie.

 

Homs1Dans le même ordre d’idées allez-vous accepter une double nationalité, catalane et espagnole ?

C’est une question qui concerne aussi l’Etat espagnol.

En ce qui nous concerne, nous devons offrir des garanties juridiques aux personnes comme aux entreprises. Personnellement,  je serais partisan d’offrir la possibilité de la double nationalité.

 

Quelle était la question à ne pas vous poser, à ce stade du processus ?

On peut me poser toutes sortes de questions, et je réponds comme je peux !

Par exemple, est-ce que la consultation se fera ?

Nous voterons. De penser que nous ne voterons pas est insoutenable dans la durée. Le gouvernement catalan fera tout son possible pour que la population vote le 9 novembre 2014.

J’ai toute confiance dans le peuple catalan. Nous ne nous fatiguerons pas, nous ne nous disputerons pas… ce serait impardonnable.

Mais je tiens à souligner qu’il y a une chose que nous avons déjà gagnée : le niveau de conscience d’être un pays, une nation. Et cela personne ne nous l’enlèvera.

 

Après la consultation, quelle sera la position du gouvernement en cas d’un vote majoritaire favorable à l’indépendance ?

Défendre le résultat.

 

Et si l’Espagne ne veut pas négocier, envisagez-vous une déclaration unilatérale d’indépendance ?

Il ne faut écarter aucune option. Mais il ne faut pas anticiper des décisions dont nous ne savons pas aujourd’hui, dans le contexte actuel, si elles nous conviendront ou pas.

Deuxième chose : il faut bien comprendre ce que nous sommes en train de faire en termes de processus. Le processus est aussi important que de déterminer une date concrète.

Troisième chose : il faut assumer que, d’entrée, à chacune de nos demandes, on nous répondra par un « non ». Et nous, face à ces « non », il nous faudra sourire et aller de l’avant. Et savoir prendre, dans ce contexte, à chaque moment,  la meilleure décision. La décision qui nous permette d’avancer en tant que pays.

Dans certaines circonstances, la précipitation peut être une mauvaise compagne. C’est vrai qu’il y a beaucoup de sentiments en jeu dans cette opération, mais on doit savoir les gérer. Autrement dit, nous sommes la gazelle et l’Etat espagnol le lion. Le lion a beaucoup de force et il veut manger la gazelle. Et la gazelle n’a pas de force, mais elle court ! Et de plus, elle sait avoir l’astuce de changer la direction de sa course au moment opportun.

Notre force, c’est d’avoir de l’audace, de l’agilité … Notre force, c’est une certaine idée de la démocratie, c’est d’être ensemble, d’avoir de la patience, de montrer de la persévérance.

Nous devons aussi intérioriser qu’il y a une bataille que nous commençons à livrer, qui est celle de notre reconnaissance par le monde, et ce n’est pas une bataille facile que celle-ci. Dans les relations internationales, ce qui compte ce sont les intérêts. Et le droit malheureusement sert à « habiller la nonne ».  Il suffit d’ouvrir la télévision et d’écouter les nouvelles internationales : les choses sont ainsi, c’est une réalité. De penser que parce que nous avons un droit, les autres nous le reconnaîtront est une erreur. Les droits se conquièrent.

Par contre, il y a une chose que nous autres, Catalans, ne feront jamais pour conquérir ce droit : utiliser la violence. En revanche, il nous faudra être audacieux, têtus, persévérants. Il faudra savoir trouve le bon chemin, même si parfois il faut effectuer certains détours. De cela, nous devrons nous en montrer capables parce que nous savons que personne ne nous attend les bras ouverts.

 

En trois points, comment sera cette Catalogne indépendante dont rêve la population ?

 

(La sonnerie stridente d’une ambulance interrompt momentanément l’entretien) : j’espère que ce n’est pas un élément qui nous conditionnera !

(Rires)

Moi je m’imagine ce qui m’a toujours inspiré : une Catalogne où les gens puissent vivre en toute liberté, des libertés pleines, une Catalogne où le progrès économique et le progrès social se tiennent par la main, une Catalogne où le respect de notre culture, notre langue, soit pleinement assuré, non pas parce qu’elles s’imposent (nous-mêmes avons souffert de bien mauvaises expériences de ce point de vue, et donc jamais nous n’imposerons une langue), mais parce qu’elles séduisent, et parce que nous sommes capables d’être attractifs.  Je crois que nous pourrions être un modèle de progrès et de convivialité. C’est un objectif que nous pouvons atteindre. Nous l’atteignons déjà en grande partie.

Jamais nous n’avons eu un Etat qui soit en notre faveur. Et voyez ce que nous avons accompli. Alors imaginez ce que nous pourrions accomplir avec un Etat qui soutienne sa population !

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