Le temps de la décision pour la Catalogne

Les élections prochaines en Catalogne verront les partis indépendantistes et les groupements associatifs de la société civile sous la bannière de la déclaration d’indépendance s’ils obtiennent une majorité. Leur mandat de route est contesté par l’Espagne, et c’est précisément ce qui rend le processus d’autodétermination catalan fondamentalement distinct de celui de l’Écosse.

Les élections prochaines en Catalogne verront les partis indépendantistes et les groupements associatifs de la société civile sous la bannière de la déclaration d’indépendance s’ils obtiennent une majorité. Leur mandat de route est contesté par l’Espagne, et c’est précisément ce qui rend le processus d’autodétermination catalan fondamentalement distinct de celui de l’Écosse.

 

L’article qui suit est une traduction libre d’un document posté sur le site du « Centre on constitutional change » par Daniel Cetra (Université d’Edimbourg », retweeté par @RocaBatista dont les conseils de lecture sont toujours extrêmement précieux. Le titre original en anglais est« Decision time for Catalonia ».

Les partis en faveur de l’indépendance et la société civile réunissent leurs forces 

 

Le président catalan Artur Mas a appelé à des élections anticipées pour le 27 septembre avec l’objectif d’en faire un plébiscite pour l’indépendance. Les deux partis sécessionnistes principaux, CDC et ERC, se lanceront ensemble sous la liste indépendantiste « Ensemble pour le oui », et s’ils gagnent leur carte de route inclut une déclaration d’indépendance dans un délai de dix-huit mois.

 

Ces événements constituent une nouvelle recherche pour un vote sur l’indépendance après le référendum symbolique et non contraignant du mois de novembre.

 

Ensemble pour le oui inclura des personnalités indépendantistes de la société civile. Raul Romeva l’ancien Vert du MEP sera le leader de la formation en lieu et place d’Artur Mas dans le but de constituer une liste transversale – coupant à travers la tradition des partis et des groupements d’intérêts – voulant

attraper ainsi le plus possible de votes sécessionnistes. Cependant en cas de victoire électorale le président serait Mas. Parmi les autres membres de la société civile figurent les anciennes présidentes de l’ANC, Carme Forcadell, et d’Omnium Cultural, Muriel Casals, ainsi que le chanteur Lluis Llach et l’ancien coach du Barça, Pep Guardiola, qui n’entrera toutefois pas au parlement.

 

L’objectif de constituer une liste transversale est aussi en lien étroit avec la nouvelle dynamique des partis comprenant la montée de Podemos et de la coalition de gauche Yes Catalonia We Can. Le camp pro-indépendantiste a été contraint de réduire les autres champs de la politique.

 

Les quatre étapes de la feuille de route vers l’indépendance de Ensemble pour le oui

 

La feuille de route vers l’indépendance comprend les étapes suivantes décrites par Ensemble pour le oui. En cas d’obtention d’une majorité de sièges en faveur de l’indépendance, le nouveau parlement catalan ferait passer une déclaration solennelle selon laquelle en fonction du mandat conféré par les élections la procédure vers l’indépendance commencera. Dans la deuxième étape, un projet de nouvelle constitution serait établie avec la participation des citoyens et le gouvernement catalan établirait des structures étatiques (tels une administration fiscale propre à la Catalogne et un système de sécurité sociale). Troisièmement, il y aurait une déclaration unilatérale d’indépendance qui résulterait de la déconnection avec le système espagnol et l’approbation de la loi transitoire. Enfin, la nouvelle constitution serait soumise à un vote populaire et de nouvelles élections seraient organisées dans un délai de dix-huit mois.

 

Le gouvernement espagnol maintient une ligne dure sur cet objet. Toutefois Ensemble pour le oui entend montrer toute sa détermination. Le manifeste d’Ensemble pour le oui précise que dans l’hypothèse où le gouvernement espagnol déciderait de bloquer le gouvernement de la Catalogne indépendante par des décisions politiques ou/et judiciaires, le gouvernement et le parlement catalans proclameront l’indépendance.

 

Les élections : le rôle clef potentiel du CUP et la bataille pour la fixation de l’agenda politique

 

Ensemble pour le oui devrait très vraisemblablement gagner les élections; mais il n’est pas clair qu’il obtiendra une majorité. Il pourrait avoir besoin de l’apport du CUP, un parti indépendantiste d’extrême gauche qui participera de manière séparée à cette élection. Les supporters de l’on dépendance pourraient gagner une majorité de sièges mais pas de votes en raison du système électoral, ce qui entraînerait un mandat contesté pour la sécession.

 

La nouvelle coalition de gauche Catalonia Yes We Can cherchera à s’emparer des votes des Catalans qui vont mettre la priorité sur le clivage idéologique et non sur le clivage territorial (sans renoncer à celui-là). Pendant que Ensemble pour le oui parlera du futur et de la nécessité d’obtenir de meilleurs instruments politiques et économiques, Catalonia Yes We Can cherchera à rendre Arthur Mas responsable des mesures d’austérité prises dans le passé. Le choix de Romeva comme tête de liste  d’Ensemble pour le oui vise précisément à ne pas laisser le monopole du discours social dans les mains de Catalonia Yes We Can.

 

Il y aura dès lors une bataille ces prochaines semaines pour fixer l’agenda politique. De manière paradoxale les partis nationalistes espagnols comme Ciutadans et le PP, qui argumentent sur l’unité de l’Espagne et l’inconstitutionnalité du processus d’indépendance de la Catalogne pourraient contribuer exactement à faire de cette élection le plébiscite sur l’indépendance que désirent Ensemble pour le oui et CUP.

 

La réponse du centre et les prochaines élections générales espagnoles 

 

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a dit la semaine dernière qu’il n’y aura pas d’indépendance catalane, mais le débat sur le modèle étatique espagnol sera dans l’agenda avant et après (novembre ou décembre) les élections générales espagnoles, puisque le parti socialiste espagnol (PSOE), Podemos et Ciudadanos veulent une réforme constitutionnelle.

 

Il reste à savoir si les résultats des élections générales auront un impact substantiel sur la question de l’indépendance catalane. Seul Podemos semble vouloir une réforme constitutionnelle reconnaissant le droit à l’autodétermination de la Catalogne, bien que les dirigeants semblent parfois ambigus sur les détails. Et bien que Mariano Rajoy pourrait perdre sa majorité, la montée de Ciudadanos pourrait l’aider à conserver le pouvoir. Ensemble pour le oui a fixé une feuille de route vers l’indépendance, mais cela ne signifie pas que ses organes excluent toute négociation avec y Madrid. Parvenir à achever l’indépendance est extrêmement complexe; ils pourraient probablement utiliser la victoire électorale en septembre pour essayer de négocier une dernière fois avec le (nouveau) gouvernement dans une position de force. Les résultats des deux élections et les stratégies politiques respectives détermineront si c’est possible.

 

Conclusion

 

L’avenir constitutionnel de la Catalogne est incertain. L’indépendantisme catalan continue à chercher des chemins pour obtenir un vote sur l’indépendance et la prochaine tentative sera celle du 27 septembre, celle des élections que beaucoup espèrent êtres celles d’un plébiscite. Cela ne va pas sans problème, mais c’est aussi la conséquence d’un refus persistant du gouvernement espagnol d’engager avec le Catalan une franche discussion sur la question de la souveraineté. Le contraste avec le référendum écossais est plus saisissant que jamais.

 

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