(Par FABIEN SPINA)
Non, je ne sombrerai pas dans la démagogie des perdants. Et non, je ne féliciterai pas les vainqueurs. Vous reprendrez bien un peu de mouton ?
Les résultats des dernières votations fédérales ne m’ont guère ému. Désolé. Les mêmes thèmes depuis des décennies : finances, étrangers et morale religieuse voilée. Dieu que c’est saoulant. La démocratie directe – la démocratie tout court – c’est comme la énième rediffusion des Experts qu’on voit sur le plateau d’Infrarouge. Prévisible, convenu, bouche-trou. Ça occupe la masse. Ça la distrait. On vous a donné le droit de vote et d’initiative parce que vous ne ferez pas de vague. On vous a vendu un simulacre de liberté contre un peu plus de barbelés dans vos tronches. Même pas besoin d’engager un bourreau étranger pour vous mettre au supplice. C’est tout bénef’.
Demain, sachez-le, il y aura toujours autant de musulmans, de blacks et de jeunes dans les rues. Il y aura toujours autant de bagnoles sur les autoroutes et de personnes dans les trains. Vous boufferez de la promiscuité que vous le vouliez ou non. Demain, il y aura toujours des gens qui gagneront plus que d’autres. Il y aura des riches et des pauvres. Demain, le quatre pièces coûtera toujours un bras. Il y aura toujours autant de criminels en prison. Demain sera toujours hier. C’est écrit dans les livres d’histoire.
Et vous vous plaindrez toujours autant de vos vies. Parce que vous êtes infiniment idiots et peureux. Vous craindrez pour votre bout de gazon et pour votre petite voiture dans votre petit garage. Vous continuerez à vous plaindre de vos voisins dans vos assemblées de copropriétaires. Il y aura toujours un type louche qui ne taillera pas sa haie comme vous le souhaiteriez. Devant la machine à café, vous casserez du sucre sur le dos de vos collègues. Votre fiche de paie sera toujours imprimée sur le même papier avec le même montant. Vous aurez toujours la boule au ventre chez votre médecin quand il vous apportera vos résultats d’analyse. Vous continuerez à critiquer les enfants des autres avec votre air méprisant. Comme d’habitude, vous lorgnerez sur la femme d’en face. Vous divorcerez et vous vous marierez de plus belle. Vous vous fâcherez contre ces chiens qui défèquent dans vos parcs et vous médirez contre cette odeur de poisson dans les corridors de vos immeubles. Sur votre lit de mort, vos gosses se disputeront le maigre magot de votre labeur. Et vous mourrez peut-être à côté d’une infirmière noire parce que votre famille n’aura pas daigné torcher votre petit cul.
Il y aura toujours un type plus intelligent qui trouvera la faille pour faire son blé. Et ce sera sur votre dos. Et vous serez en colère, contre tout, et vous soutiendrez les petits chefs. Car les moutons, même sous la houlette du plus cruel des bergers, sont destinés à se faire tondre. Vous voterez une fois à droite, une fois à gauche, d’un flanc à l’autre, parce que vous n’aurez pas d’autre choix. Car il n’y aura pas d’autre alternative.
Aujourd’hui, vous vous êtes cloîtrés dans votre belle baraque avec jardin privatif. Entre vous. Et vous allez vous mettre sur la gueule. Entre vous. Car vous vous haïssez depuis l’éternité.