Artur Mas, Président de la Catalogne : "Laissez-nous voter !"

(Par ARTUR MAS [President of Catalonia])

Remarque préliminaire : cet article est une traduction libre de L’1dex [faite par Stéphane Riand] d’un article paru le 9 février 2014 dans « The Malta Independent ». Artur Mas est le président de la Catalogne.

 

C’est un principe fondamental de la démocratie européenne que celui qui affirme que les grands débats d’intérêt public peuvent et doivent être résolus à travers les désirs du peuple.

Les gens de Catalogne – l’une des plus anciennes nations d’Europe – veulent et méritent l’opportunité de décider par eux-mêmes s’ils veulent devenir un nouvel Etat à l’intérieur de l’Europe.

La majorité des citoyens de la Catalogne ont clairement démontré, par des élections et par des démonstrations publiques, qu’ils veulent voter sur leur propre avenir. Un million et demi d’hommes, de femmes, d’enfants, se rassemblèrent dans les rues en septembre dernier, joignant leurs mains pour symboliser leur solidarité et leur liberté, comme l’avaient fait en 1989 les peuples de la Baltique. Aucun vrai démocrate ne peut ignorer ou rejeter le pouvoir de cette volonté populaire.

En qualité de mandataires de nos électeurs, le Gouvernement catalan et la plupart des partis de l’opposition ont décidé ensemble de fixer une votation populaire sur la question de l’auto-détermination pour le 9 novembre 2014. Une double question sera posée aux Catalans : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat ? Si oui, voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant ? »Personne n’a quoi que ce soit à craindre de ces simples questions, à l’exception peut-être de ceux qui veulent prétendre que les désirs des peuples doivent être ignorés.

Les relations entre la Catalogne et l’Espagne ne sont pas celles qu’elles devraient être. Nos droits politiques à l’intérieur de l’Espagne, définis par le Statut d’Autonomie accepté par le Parlement espagnol et confirmé par un referendum en 2006, ont été unilatéralement révoqués par une décision de la justice espagnole contestée rendue en juillet 2010.

Mon gouvernement, avec l’approbation du 65 % du Parlement catalan, a planifié un référendum qui sera conduit ouvertement, dans la transparence et pacifiquement. Nous regrettons qu’à ce jour la réponse du gouvernement espagnol ait été hostile, nous devons tous rester fidèles dans la vérité aux valeurs universelles qui sont au cœur de l’Europe – notamment celles du Traité européen, « les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, de la liberté et de la démocratie ». Le désir du peuple catalan pour un vote sur son avenir ne partira pas simplement, même s’il est ignoré. Tous les efforts pour changer ou nier la volonté du peuple catalan échoueront.

Nous ferons tout ce que nous pourrons pour une discussion calme et de bon sens avec les membres de la Communauté européenne et avec ses institutions pour savoir comment un choix du peuple catalan pour poursuivre sur la voie de son propre Etat doit être mis en œuvre. L’incertitude est perturbatrice et ne sert les intérêts de personne. Nous sommes confiants que des solutions créatives et pragmatiques peuvent être trouvées, aussi longtemps que nous acceptons comme prémisse que la volonté du peuple exprimée démocratiquement est capitale.

La Catalogne est une part de l’Europe, et les Catalans sont des Européens. Il y a douze siècles, Charlemagne nous a établis comme une « marche » du Sud de son empire. Nous voulons jouer pleinement notre rôle au sein d’une Union Européenne pacifique et prospère, que nous avons rejoint il y a trois décennies. Nous nous engageons à maintenir et à mettre en œuvre les lois européennes et ses règlements. Nous célèbrerons et protègerons la diversité cosmopolite, soit celle de notre peuple et de l’Europe au sens large. Nous redoublerons d’effort pour soutenir une approche commune de résolution des problèmes, incluant l’euro et la santé économique de l’Europe. Et nous serons toujours de bons voisins pour ceux entourant nos frontières, incluant nos amis espagnols, prêts à les assister en cas de besoin.

Il n’y a pas de doute que le référendum du 9 novembre sur l’avenir de la Catalogne, ayant lieu le jour de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin, présente beaucoup de défis pour la Catalogne, pour l’Espagne et pour l’Union Européenne. On ne peut pas faire comme si cette question n’existait pas. Avec calme, avec bon sens et dans une perspective politique, le référendum et la transition subséquente sont une opportunité pour l’Europe pour démontrer une fois encore au reste du monde ses grandes qualités et ses capacités pour faire face à ces défis pacifiquement, démocratiquement et dans un esprit de liberté qui est au cœur de l’union continentale.

 

http://1dex.ch/2014/02/15/artur-mas-president-de-la-catalogne-laissez-nous-voter/

 

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