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Billet de blog 16 juillet 2013

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Vérité et réconciliation bancaires made in Switzerland

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Condamin-Gerbier a été incarcéré par les autorités suisses après avoir témoigné devant le Parlement et la justice française sur la fraude à grande échelle de banques suisses. Cet ancien banquier n’est assurément pas un modèle de haute vertu; probablement a-t-il été guidé aussi par quelque trait caché de sa personnalité. Un fait pourtant demeure, et l’avocat genevois Dominique Warluzel, revenu de l’enfer après un grave AVC, qui vit à Nassau, dans les Bahamas, l’a dit avant bien d’autres : les banques en Suisse ont réalisé leurs bénéfices par la grâce immaculée de l’évasion fiscale instituée en modèle économique.

Aucun avocat ne le niera : en l’état de la législation helvétique, les propos tenus par Condamin-Gerbier devant le Parlement français et devant la justice française correspondent à tout le moins à une violation du secret bancaire. L’homme n’est pas si bête, si ignorant, si naïf, qu’il ait pu penser, ne serait-ce qu’une seule seconde, qu’il pourrait rentrer en Suisse et obtenir des félicitations de la place financière de la Confédération. Il savait, de certitude absolue, que les dominants en Suisse sont persuadés aujourd’hui encore qu’ils domineront le pays à l’avenir, qu’ils sauront rivaliser d’astuces comptables pour maintenir leurs marchés défiscalisés, qu’ils pourront ainsi distribuer de substantiels dividendes à leurs actionnaires (pour la plupart américains, quatari ou étrangers [et même français !]). Ainsi va le monde, de Genève à Zürich.

Ici, en Suisse, comme ailleurs dans le monde, on se félicite du parcours de vie magnifique de Nelson Mandela, l’un des vrais héros de notre temps. Mais les serviles politiques du Conseil fédéral se gardent de rappeler à leurs représentés, les citoyens suisses, que Madiba, matricule 46664, fut aussi celui du temps de la vérité et de la réconciliation.

En Suisse, et ailleurs dans le monde, du Delaware à Nassau, des Iles Vierges à Panama, du Liechstenstein à Monaco, y aura-t-il quelques hommes de la finance, de banque ou de l’économie internationales, qui oseront, forts de leurs expériences quotidiennes passées, rappeler que, oui effectivement, les banques et les instituts financiers, toutes ces années, ont fait fructifier des fonds qui avaient pour caractéristique principale d’avoir été ignorés des autorités fiscales, d’avoir été défiscalisés, parfois même d’avoir été totalement blanchis ? Y aura-t-il quelques repentis de la mafia financière internationale pour expliquer au monde civilisé ce que fut la banque d’antan, ce que fut la finance de jadis, ce qu’est encore la banque d’aujourd’hui, ce qu’est toujours la finance de maintenant ? Y aura-t-il parmi tous ces cupides, parmi tous ces avides, parmi tous ces criminels économiques, ne serait-ce que quelques-uns à avouer les prévarications, les blanchiments, les corruptions, les pots-de-vins et les défiscalisations à outrance travesties par des docteurs en droit en optimisations fiscales ? Y aura-t-il par exemple en Suisse un homme ou une femme prêt(e) à imaginer une procédure de vérité et de réconciliation bancaires à même de conduire ce pays neutre vers un océan d’affaires plus éthiques ?

Le moins que l’on puisse dire, en sachant ce que la Suisse a voulu faire de Hervé Falciani et d’autres repentis, c’est que l’Helvétie n’est pas sur la route de la vérité et de la réconciliation. Probablement est-ce cela qui a sauvé Marcel Ospel d’une juste infamie.

La banque, en Suisse et ailleurs dans le monde, c’est encore et toujours l’apartheid

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