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(PAR BEATRICE, DE CATALOGNE)
Ainsi, la Guardia Civil a confisqué des bulletins de vote, au cours d’une opération que Mariano Erdogan qualifie de mesurée.
Ainsi, des membres de la presse catalane se plaignent des pressions exercées sur eux et la Guardia Civil entre dans les rédactions pour leur enjoindre de ne pas parler du référendum.
Ainsi, les maires de 700 communes sont inquiétés et convoqués par la justice espagnole pour mettre à disposition leurs locaux afin de permettre le vote du 1er octobre.
Ainsi, 13 membres de l’exécutif catalan, dont le vice-président et son bras droit, sont arrêtés.
Ainsi, la Catalogne voit son autonomie suspendue et entre dans ce que le président Puigdemont a qualifié de régime d’exception.
L’Espagne est entrée dans la honte, et comme le disait hier soir à la télévision le leader de Podemos, Pablo Iglesias, il y a désormais sur cette terre des prisonniers politiques. L’Europe est entrée dans le XXIe siècle mais l’Espagne est restée dans le vestiaire. C’est maintenant qu’il convient de se souvenir de Lluis Companys, Président de la Catalogne, qui avait proclamé la République de Catalogne. Il s’agissait pourtant d’une république à l’intérieur d’une république, d’une Catalogne fédérée à l’Espagne mais ce geste lui a coûté la vie. Il a été fusillé le 15 octobre 1940, « Per Catalunya ».
Aujourd’hui, comme hier, des dirigeants catalans se retrouvent derrière les barreaux. Mais maintenant, il n’est plus question de référendum, c’est le principe même de démocratie qu’on viole. Treize arrestations, vingt-deux perquisitions. La Catalogne veut voter et l’Espagne lui déclare la guerre.
L’Espagne est entrée dans la honte, parce qu’elle défend une Constitution bientôt vieille de cinquante ans, votée alors que les Catalans n’avaient que deux options : cette Constitution ou une nouvelle dictature militaire. Une Constitution au service non pas du peuple mais d’un gouvernement qui n’arrive plus à dissimuler les relents franquistes d’un autre temps.
Que fera l’Europe ? Les Catalans ne reculeront pas, la fracture est trop grande, le désamour absolu.
Que fera l’Europe si l’Espagne inhabilite tout l’exécutif catalan et nomme un délégué du gouvernement espagnol comme président intérimaire (on parle sur Facebook d’Enric Millo) ? Que se passera-t-il si le Parlement catalan est dissous sur ordre de Madrid ?
Que fera l’Europe ? s’agrippera-t-elle fébrilement aux Saintes Ecritures ibères ou défendra-t-elle la démocratie face à ce qui constituerait un véritable coup d’Etat ?
Et que feront nos sept sages, à qui des Conseillers nationaux ont demandé il y a quelques mois seulement de servir de médiateurs entre l’Espagne et la Catalogne ? Ils ont préféré servir le guignol nord-coréen et la toupie américaine.
L’Espagne est entrée dans la honte, mais tous ceux qui se tairont, tous ceux qui détourneront leur regard l’y rejoindront.