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Billet de blog 22 avril 2015

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Un hôpital-usine, mais avec de la tendresse

(Par JACQUES KÜHNI)Le Monde est un journal conservateur, il n’est pas sarkozyste, surtout depuis que ce rigolo présidentiel a fait fliquer les téléphones de ses enquêteurs dans l’affaire d’une milliardaire un rien affaiblie. C’est un journal foncièrement embourgeoisé, mais pas aussi ridicule que Le Temps comme soutien inconditionnel du néolibéralisme.

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(Par JACQUES KÜHNI)

Le Monde est un journal conservateur, il n’est pas sarkozyste, surtout depuis que ce rigolo présidentiel a fait fliquer les téléphones de ses enquêteurs dans l’affaire d’une milliardaire un rien affaiblie. C’est un journal foncièrement embourgeoisé, mais pas aussi ridicule que Le Temps comme soutien inconditionnel du néolibéralisme. Ces Messieurs du Monde, qui sont parfois des Dames, tiennent à leur réputation d’honnêtes gens, ils se risquent, de temps en temps, à dire des choses qui dérangent, mais avec une politesse très bien mise et cultivée. Ces derniers mois, ils et elles traitent avec une obsessionnelle constance Varoufakis et Tsipras comme des gamins irrespectueux et mal élevés, les communistes comme des attardés et les cégétistes comme des rustres isolés. Au Monde on sort des mêmes écoles que les gouvernants, et on a tenu à bonne distance les trop à gauche depuis la nuit des temps.

Pourtant, dimanche et lundi ce canard a publié un long et excellent article de Annick Cojean intitulé « Ce que vivent les femmes ».

Une enquête qui a pour terrain la maternité de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis. Le 93 est habituellement stigmatisé dans la presse française pour ses sectarismes et ses communautarismes pourvoyeurs de djihad. Là, Cojean nous parle avec prévenance, douceur et admiration de la docteure Ghada Hatem, de son travail dans une maternité gigantesque (4250 accouchements en 2014). Elle est née dans un Liban en guerre, a fait médecine et s’est spécialisée en gynécologie obstétrique parce que c’est une spécialité où très souvent les choses finissent bien. Dans ce que certains appellent une usine à bébés, Hatem et ses collègues, femmes et hommes, soignent avec tendresse des femmes de 100 nationalités et 100 langues différentes. Robes, jeans, boubous, saris, niqabs et autres nippes disent au pluriel des détresses, des souffrances et des précarités dont nous n’avons pas idée. Ces femmes, souvent malmenées par la vie, parfois maltraitées par leurs compagnons, exploitées par les requins du quotidien, viennent mettre au monde des enfants dont personne ne peut envisager sereinement l’avenir. Et toute l’équipe s’accroche pour que cela se passe le mieux possible, sages-femmes, médecins, assistantes sociales, infirmières travaillent à rendre la vie possible à celles qui n’ont rien. Ni foyer, ni protection sociale, ni assurance, ni famille, ni lendemains qui chantent. Si ces professionnelles travaillent d’arrache pied, sans céder au désespoir, c’est qu’elles sont des maîtresses ès réseaux de solidarité, que les autorités locales les soutiennent pour de bon et que l’humanité contemporaine n’est pas faite que de cynisme.

Les pathétiques histoires du RSV (Hôpital du Valais) me l’avaient fait oublier.

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