20 articles pour parcourir la dérive constitutionnelle qui voulait parvenir à sauver les banques et à leur permettre d’oublier la loi. Le Parlement fédéral, qui fait les lois, a refusé, par la grâce d’un Conseil national éclairé, de suivre le Conseil fédéral et le Conseil aux Etats dans ce chemin fait de couardise, d’aveuglements et de faillite éthique : L’1dex, dans son mince habit quotidien, a participé au débat de la cité, l’a accompagné et parfois, en Valais, l’a précédé (on attend les vifs remerciements de Jean-René Fournier pour cette plage d’interview dans le NF qui suivait l’article de L’1dexdu jour précédent, « l’ambassadeur sénatorial du Crédit Suisse »).
Arrivé au terme – provisoire – de ce feuilleton incroyable, on s’interroge : le Conseil aux Etats a-t-il réellement voulu une loi anti-constitutionnelle, d’une « monstruosité judiciaire » même stigmatisée par un professeur aussi indulgent face à la rhétorique conservatrice que l’est le Professeur Andreas Auer ? Répondre oui à cette interrogation, c’est admettre qu’une majorité des représentants des cantons n’a pas craint, sous le fallacieux prétexte d’épargner quelques crapules de la haute finance transfigurée, d’inventer une loi non soumise à référendum, anti-constitutionnelle, mais pouvant permettre à certaintes élites de la finance bancaire de passer à travers le trou d’une aiguille pour encore mieux ensuite se gaver aux dépens du peuple, des petites gens et des vrais naïfs.
La pression médiatique, même peu coordonnée, a eu raison de cette tentative désespérée de Evelyne Widmer-Schlumpf d’apparaître aux yeux de ses camarades de la droite inerte et financière comme une ministre courageuse, décidée et combattive. Mais quel courage d’oser violer devant tout le monde la Constitution fédérale ! Quelle décision que celle d’appâter des Verts en articulant des chiffres improbables et d’une précision diabolique (5 à 10 milliards, une broutille, je vous le dis) ! Quel combat que celui de faire frémir son nez devant quelques sénateurs sans informations. Et on ose aujourd’hui faire passer ce message que tout est bien dans le meilleur des mondes puisque la Conseillère fédérale chargée des finances pourra dès aujourd’hui apporter réellement l’aide du Conseil fédéral à toutes ces banques qui pleurent d’avoir été cupides, avides et … stupides.
Et par le plus grand des plus petits hasards de la vie nationale, que n’est-on pas surpris d’apprendre que certaines banques, par souci de vengeance conspiratrice, veulent se lancer dans des plans de restructuration intensive du personnel. Ces pertes de portes-feuilles, pour une partie liée à l’affaire Hervé Falciani, toucheraient tous les comptes inférieurs à cinq millions de francs suisses. Vous vous rendez compte, vous n’avez pas cinq millions de francs suisses et HSBC vous fait disparaître de cette clientèle si peu rentable et si coûteuse en personnel qualifié (comme si le citoyen sans le sou exigeait de la qualité de pensée alors que l’imbécile doté de millions pourrait se contenter de cadres immoraux ou dépourvus d’un entendement intelligent). Pfuittt, votre portefeuille ne compte que trois millions, allez voir ailleurs et n’osez plus me chaparder du temps qui m’appartient.
Nos banksters préférés s’éloignent de leurs fauteuils rembourrés, quittent leurs bureaux d’antiquaires, jettent un dernier coup d’œil au dernier Miro qui les scrute depuis la paroi d’à-coté, et se glissent dans un hamac en Floride, à Cuba, en Thaïlande.
Se bronzant les orteils, préservant sous des lunettes Dior leurs yeux de prédateurs, sirotant un champagne de marque offert par la maison, nos banksters préférés déjà préparent leur prochaine offensive en exerçant, tels des orfèvres, ce métier si inestimable : bankster au long cours.
La Lex USA est enterrée.
Comment est-elle morte ? Tentative désespérée de suicide organisé.
Où sont les croque-morts ? Dans les bras de Weggelin, tournant déjà la tête vers le Sud pour se remplumer en feignant l’audace.
L’extrême-onction, d’apparence papale, est à la limite de cette zone improbable de non-droit assumé : que chacun fasse ce qu’il veut et qu’il laisse ses voisins de faire semblant de la politique économique avec un hâchoir de pommes de terre.
Quel pourrait être le petit reste de cette aventure insolite : peut-être un jour se profilera devant les citoyens un semblant de loi réprimant certains conflits d’intérêts qui ne font même plus rire les plus acharnés du maintien de ces petits clans.
Le début d’un autre feuilleton, d’hiver, moins chaleureux, plus froid, moins croustillant, plus implacable. Un feuilleton où les héraults, effectivement, peuvent être gauches ou droits. Ou même de droite ou de gauche.