CATALOGNE. SAVOIR OONVAINCRE LA FRANCE DES JACOBINS

La Catalogne, dans sa majorité, désire l'indépendance. Mais la France des Jacobins renâcle. Comment la convaincre ?

schumacher-battiston
Il est très difficile de convaincre un Français d’observer avec un peu de bienveillance l’indépendantisme catalan. La raison de cette opposition de la France à ce désir d’indépendance d’un peuple pourtant si proche géographiquement tient, je crois, au profond jacobinisme qui traverse toutes les couches sociales de la population française, qui oublie alors que son pays est à la source des droits démocratiques des citoyens.

 

Comment tenter alors de faire saisir à la France ce que peut être pour la Catalogne l’Espagne de Mariano Rajoy ?

 

Que ceux qui n’aiment pas le football, et les autres, prennent le temps de voir ce qui s’est passé lors du dernier match de première division ayant opposé Nantes au PSG (ici) : un arbitre court en direction des seize mètres de l’équipe locale; il est accompagné dans sa course par un Nantais; l’arbitre change assez brusquement de direction; le joueur des Canaris ne peut l’éviter; l’arbitre, Tony Chapron, trébuche et tombe; le joueur, Diego Costas, parvient à rester sur ses deux jambes; l’arbitre, au sol, donne un coup de pied au joueur pour le faire tomber à son tour; l’action se poursuit, l’arbitre reprenant la direction de la partie et courant dans la direction qu’il avait prise; après un moment de réflexion, il fait marche arrière, se dirige vers celui qu’il considère comme responsable de sa chute … et lui donne un carton rouge !

 

Mariano Rajoy, c’est Tony Chapron. Confrontée à la corruption, à la crise économique, à l’avancée des forces d’opposition, l’Espagne, en pensant que le Catalan l’a fait tomber, à terre, veut faire trébucher la Catalogne, libre et indépendante, bastonne et donne des coups de pieds à de simples votants; constatant que la Catalogne est toujours debout, plus convaincue que jamais de son destin, Rajoy, dans les cordes politiquement et judiciairement, tente de frapper Puidgemont qui ne rompt pas, qui reste sur ses deux jambes et qui poursuit sa course vers la liberté; Rajoy se voit vaincu, il refuse de respecter les règles du jeu, il sort son carton rouge et fait application contre la Catalogne de l’article 155 !

 

Quel footballeur, épris de ce sport, accepterait qu’un arbitre lui tende un croche-pattes pour l’empêcher de défendre son camp, puis l’expulse en évitant que l’on puisse remettre en question son arbitrage ? Aucun !

 

Quel citoyen, épris de démocratie, accepterait qu’un président élu, s’empare des urnes et fasse bastonner des votants, puis, devant sa défaite, mette sous tutelle un pays entier en refusant ne serait-ce que de discuter avec le vainqueur d’élections démocratiques ? Cet homme existe, c’est l’Espagnol !

 

Comment un amateur de beau jeu, tel le Français, amoureux de son équipe du temps de Platini et de Zidane, passionné de démocratie et des droits des citoyens, pourrait se respecter lui-même en légalisant à la face du monde l’attitude de l’Espagne post-franquiste et en hurlant orbi et urbi que l’agression de Schumacher contre Battiston à Séville était un acte parfaitement dans l’esprit du jeu ?

 

La France des Lumières, de la Révolution, de la Résistance et des droits du citoyen a-t-elle donc à ce point perdu son âme ou recouvrera-t-elle à temps son honneur ?

 

La Catalogne s’interroge. Les démocrates aussi.

 

Bonjour à la grande famille politique des Laflèche !

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