Diada 2014 : "Il est l'heure maintenant"

(Par BEATRICE RIAND)

Les semaines, les mois ont passé. Mais rien n’a changé.

Les Catalans veulent toujours voter le 9 novembre de cette année, afin de déterminer leur futur politique. Rien de nouveau sous le soleil.

Le divorce semble consommé. Il n’y a plus de dialogue, entre Madrid la hautaine, qui refuse aux Catalans l’accès aux urnes, et Barcelone la tenace. Rien de nouveau sous le soleil.

Mais la guerre sale a commencé, et il s’agit là d’une nouvelle phase dans ce conflit qui oppose des citoyens qui veulent voter, et un gouvernement qui l’interdit.

Rajoy ne cède pas, et il se murmure que les services secrets espagnols fouillent la vie du Président Artur Mas, en quête d’un scandale qui ralentirait le mouvement indépendantiste qui « ravage » tout le pays, et « divise » la société civile. Il est vrai que les Catalans sont déjà sous le choc, puisque leur ancien président, Jordi Pujol, cet été, s’est empêtré dans une retentissante affaire de fraude fiscale, qui a vu la presse espagnole pavoiser : ce ne serait donc pas l’Espagne qui vole la Catalogne, mais le contraire ! Les anciens, comme on le dit là-bas, sont sonnés. Peut-être renonceront-ils enfin, n’est-ce pas ? Et puis, Pujol s’est vu retirer son titre de « Très Honorable ». Alors Madrid espère. Madrid renifle, Madrid cherche et cherche encore … il lui faut casser ce mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur, et salir les plus hautes autorités du pays, puisqu’aujourd’hui elle ne peut plus, décemment (Ô rage, ô désespoir !), envoyer des tanks et creuser de nouveaux charniers.

Parce qu’ils ne s’arrêtent pas, ces Catalans … Ils informent les touristes sur les plages de la Costa Brava, créent des Assemblées nationales catalanes dans une trentaine de pays, et chez nous,  gagnent Sierre - Zinal ! Là-bas, les municipalités hissent les « esteladas », le drapeau indépendantiste, et ici les Catalans de l’ANC Suisse organisent des manifestations à Lausanne, demain le 24 août, et à Genève et Zürich le 30 août pour attirer l’attention de la communauté internationale.

Ces manifestations sont des préludes au grand rassemblement organisé par l’ANC et Omnium Cultural, à Barcelone, le 11 septembre, à l’occasion de la Diada, et qui a pour objectif de remplir la Gran Via de les Cortes Catalanes et la Diagonal avec des indépendantistes, afin de former un grand V qui se verra depuis le ciel de la capitale catalane.

Le matin du grand jour, dans chacune des 947 municipalités du pays, il y aura des concentrations de citoyens devant les mairies, à qui ils demanderont officiellement de mettre leurs ressources à disposition du gouvernement catalan en vue de la votation du 9 Novembre.

Dans la journée, les Catalans se déplaceront jusqu’à Barcelone : 1'500 autocars sont d’ores et déjà réservés pour amener jusqu’à la capitale toutes les personnes qui désirent se déplacer en groupes. A 17h14 se formera le « V », aux couleurs jaunes et rouges, les couleurs de la Catalogne.

Pourquoi un « V » ?

Cette lettre recouvre plusieurs significations, dont la première est sans conteste un symbole de victoire. Lorsque, durant la Seconde Guerre Mondiale, la BBC a entamé sa campagne « V for Victory », les dirigeants des pays engagés dans le conflit, comme Churchill ou de Gaulle, ont incorporé ce geste dans leurs discours.

Si le « V » signifie victoire en français, « Vrijheid » signifie liberté en flamand. Victor de Laveleye, alors Ministre de la Justice belge, a proposé aux Flamands comme aux Wallons de remplir le pays de « V », en signe de résistance face aux nazis.

Les nazis, furieux, n’ont pu empêcher les différentes déclinaisons de cette lettre. Pour l’exemple, comme le « V », en morse (trois points, une ligne), a le même rythme que les premières notes de la 5e Symphonie de Beethoven, tous les programmes de la BBC dans les pays occupés commençaient leur bulletin d’information avec ce morceau.

Un « V », comme une victoire espérée, mais aussi un « V » comme un symbole de paix. Souvenez-vous des années 1960 aux Etats-Unis, et du mouvement hippie qui contestait la guerre du Vietnam … et les pacifiques Catalans ne peuvent que s’y identifier.

Oui, un « V », comme une voie démocratique vers l’indépendance. Un « V » comme « Volem votar ». Un « V » qui permette à toutes les voix de s’exprimer par les urnes.

Est-ce vraiment utopique que d’imaginer qu’il s’agit là d’une demande légitime, au XXIe siècle ?

 

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