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Billet de blog 27 juin 2013

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Le défi sportif du XXIème siècle

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A la fin des années 1990, l’éthique du sport fut déchiquetée en lambeaux, les dieux de l’Olympe comparés à des tricheurs, les spectateurs assimilés à des délinquants, les dirigeants à des menteurs avides de gloire ou d’argents faciles.

Ben Johnson, au terme d’une finale du 100 mètres mythique, fut cloué au piloris ; son adversaire valeureux, Carl Lewis, porté au pinacle, finit sa carrière dans les rumeurs des produits dopants. Les cyclistes, hier preux chevaliers des Alpes aux envolées héroïques, furent ramenés à de simples consommateurs de drogue, plus adeptes des contre-vérités déclarées en toute impunité à la face des caméras ou des seringues au fort goût de venin mortel que de l’effort accepté et de la douleur maîtrisée. Les basketteurs américains, si glorifiés à Barcelone, revenus au pays en héros, apparaissent plus comme des fervents de la « gonflette », de la « coke » et des pages des « faits divers » dans les media que des étoiles filantes volant tels des danseurs coordonnés vers des paniers inaccessibles sous les vivas de la foule. Aux poètes passés du foot, tels Pelé, Cruyff, di Stefano ou Garrincha, ont succédé dans l’esprit des fans les tricheurs, tel Maradona invoquant la main de Dieu pour célébrer une victoire volée, ou Schumacher confondant, au détriment de Battiston et de la France, les gants du gardien de foot avec ceux du boxeur le plus féroce.

Les spectateurs rivalisent de petitesse haineuse pour déstabiliser l’adversaire toujours présenté comme des ennemis et des parias. Sur les parquets grecs de basket, les visiteurs sont accueillis avec des piécettes de monnaie destinées à meurtrir les visages des joueurs. Les juges de touche du football sont avec une rare constance agressés verbalement et physiquement par des hooligans avinés. Les batailles rangées entre supporters de divers clubs appartiennent à l’histoire courante des sports collectifs. Les chants d’encouragement se transforment en airs guerriers empreints de fiel et de grossièretés indigestes.

Les dirigeants, managers et arbitres de tous pays, avec une rare hypocrisie, complètent le tableau. Bernard Tapie, encore idole de Marseille, truque les rencontres et achète les joueurs adverses. Röthlisberger, arbitre suisse émérite, acceptait sans vergogne des indemnités et cadeaux en nature qui le convainquaient à une efficacité accrue. Les pots-de-vin distribués aux membres du CIO, si vénérables et si respectueux de l’éthique sportive dans le monde, ne sont que l’interface d’un système gangrené par les finances inodores. Les paris clandestins, fondés sur des rencontres aux résultats programmés, constituent la dernière touche blafarde du peintre noir qui voudrait saisir en un trait les travers du sport actuel et qui éviterait, faute de place, de citer certains journalistes, banalement sans réflexion ou porteurs de fausses nouvelles manipulées, trop heureux d’être hors de la toile.

Le constat est amer, proche de la désespérance. Nos âmes d’enfants, qui ont cru aux revers croisés de Ken Rosewall, aux pieds d’argile de Edson do Nascimento, aux ballets aériens de Michael Jordan ou aux virtuosités de Jean-Claude Killy, sont aujourd’hui noircies par les vilenies engendrées par les performances à tous prix, sources de profits et de gains faramineux. Et le précipice paraît sans fond, infinies les méthodes des dévots des médailles à tout prix, indicibles les tricheries à répétition.

Alors quelle issue trouver ? Comment déceler un coin de ciel bleu par delà les nuages et les orages lucifériens qui sèment la zizanie à tous vents ? Comment encore faire confiance à des hommes qui nous aideraient à trier le bon grain de l’ivraie ? Comment distinguer le sportif méritant du dopé consternant ? Comment apprécier l’erreur admise de jugement d’une décision fautive née du sifflet d’un arbitre corrompu ? Comment ne pas vouer le sport de compétition à l’enfer de l’indifférence ? Et qui nous guidera dans la résolution de ces douloureuses questions ? Tel est assurément le défi sportif du XXIème siècle !

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