A l’évidence, à l’intérieur de notre société du spectacle si bien décrite par Guy Debord, nous sommes, nous autres simples téléspectateurs, chahutés et ne pouvons tenter de retrouver le calme intérieur qu’en étant extrêmement prudent au sujet de tout ce bruit médiatique fait autour de la mort du photographe David Hamilton.
Le lecteur, ayant tous les droits dit Pennac, peut décider de ne rien savoir de tous ces faits et rumeurs énoncés dans la presse. Il peut aussi croire pouvoir lire les journaux et ne pas être du tout touché par les mots vus ou entrevus. Il peut décider, sans plus ample examen, de considérer que la prescription juridique des faits rend certaine l’innocence procédurale de David Hamilton, qui n’aurait ainsi violé ni Flavie Flament, ni les autres jeunes filles. Il peut adopter la position contraire et affirmer avec certitude que seule la célébrité planétaire de Hamilton était à l’origine de l’absence de plaintes déposées au moment des faits.
Peut-on mettre de la certitude dans tout ce flou, hamiltonien et flavien ?
David aimait le flou photographique.
Des parents acceptaient sans difficulté de confier leurs enfants/adolescents aux bons soins d’un « artiste de la photographie » floue.
Des jeunes adolescentes rêvaient de devenir modèles d’une célébrité.
Ces séances de photographies ont marqué à jamais Madame Flament et d’autres jeunes filles devenues femmes.
Des millions de jeunes adolescents mâles, et des vieux mâles, ont rêvé d’embrasser ces beautés éthérées.
Des dizaines de jeunes filles sont en souffrance d’avoir accepté en qualité de jeunes modèles d’être sous le regard perçant de David Hamilton.
Hamilton s’est suicidé entretenant ainsi après sa mort ce flou qu’il avait ardemment cultivé de son vivant.
Flavie Flament est vivante, mais un peu morte aussi d’avoir été sous les flashes de celui qui n’a jamais pensé qu’une simple photographie pouvait aussi avoir été un viol destiné à la création de posters si délicatement indélicats.
La perversité absolue est souvent teintée d’une extrême délicatesse extérieure qui n’est qu’un masque social voulant cacher aux inattentifs la profondeur de l’ignominie commise.
Entre Flavie et David, mon coeur (le vôtre, je ne sais) n’hésite point. Je pourrais m’en sortir en disant que je suis du côté des vivants, mais à dire vrai, du temps où Hamilton respirait encore, j’avais intérieurement pris parti, sans rien connaître du tout de leurs histoires respectives, pour la dame, contre le monsieur.
Un tout petit monsieur.