Ce dimanche, à Maracaña, la fabuleuse Espagne, double championne d’Europe et championne du Monde, affronte en finale de la Coupe des Confédérations le Brésil mythique, avec en point de mire déjà la Coupe du Monde 2014.
Les millionnaires du ballon rond que sont les Barcelonais Xavi, Iniesta, Busquets, Pedro, Villa, Piqué, Fabregas, Jordi Alba, Alves et Neymar vont démontrer au monde du football une fois encore que c’est en Catalogne qu’évoluent les meilleurs joueurs du monde.
Pourtant, en arrière-plan de cette lutte de prestige, il y a deux pays qui souffrent dans leur chair. En Espagne, le taux de chômage devient inacceptable : 27, 16 % (près de 50 % chez les jeunes). Le chômage touche même aujourd’hui les salariés les plus protégés, les hommes instruits entre 30 et 50 ans, à contrat fixe. L’effet contagion est inquiétant, sur la consommation et sur les créances bancaires douteuses. Si l’on sait de plus que l’Espagne n’a jamais créé d’emplois avec une croissance inférieure à 1,5 % alors même qu’on prévoit un PIB en récession de 1 %, on devine, sans être expert économique, que l’avenir à court et à moyen terme ne s’annonce pas très joyeux. Que le FMI prédise une évolution favorable pour 2014 ne prête pas même à sourire dès l’instant où ces prédictions sont trop souvent un jeu de poker-menteur.
Le Brésil est confronté aujourd’hui à d’immenses et persistantes manifestations. Les heurts sont quotidiens. La sécurité des citoyens est des plus fragile. La corruption gangrène la cité. Le gouvernement et les élites politiques sont contestés. Il a suffi d’une augmentation du prix du ticket de métro pour conduire le pays à des manifestations de masse. Les dépenses pharaoniques pour accueillir la Coupe du Monde 2014 accroissent le seuil de mécontentement dans un pays pourtant enclin à bénir tout ce qui touche au football. On n’ose imaginer ce qu’il adviendrait de cet Etat si celui-ci n’avait pas connu une croissance régulière qui a permis au pays de maîtriser le chômage (6,2 %).
Maracaña, l’espace d’une soirée de football, fera oublier les troubles, l’insécurité, la corruption des privilégiés. Les dribbles de Neymar, la vista de Xavi Hernandez, les percées de Torres, le sang-froid de Tiago Silva, les rushes de Hulk, les tackles de Ramos, les feintes de Iniesta, réuniront pauvres et riches, hommes et femmes, jeunes et vieux, à Madrid, à Sao Paulo, à Barcelone, à Rio de Janeiro, à Séville, à Brasilia, dans un élan de rêve éveillé, parcouru de chants de fête, de joie et d’une sorte de feinte harmonie.
Mais déjà, sur les Ramblas ou sur les plages de Copacabana, les sourires se figeront, les prouesses s’effaceront, et surgiront au gré des destins de chacun les pleurs, les soucis, les colères, les angoisses. Les Espagnols et les Brésiliens, dans des contextes de vie fort différents, sentent avec leurs tripes que le sort de leur peuple sera encore ignoré des gouvernants, des décideurs et des financiers.
Se lèvera alors un souffle d’une tout autre ampleur que celui qui fera frémir Maracaña au coup d’envoi de la finale de ce dimanche.