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Billet de blog 29 mai 2016

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Quelle limite à la liberté d'expression, ici et ailleurs ?

Quelle limite à la liberté d'expression et à la liberté de presse ?

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Un média alternatif américain révèle l'homosexualité d'un homme d'affaires célèbre. Plus tard, un boxeur est confronté à la même révélation. Un procès est engagé par le sportif, financé par le milliardaire qui n'accepte pas que pour des clics à fins publicitaires on porte atteinte à la vie privée. Est alors relancée la question de la liberté de la presse et de la liberté d'expression, et du financement par quelques-uns des groupes de presse.

Quelle est la limite à la liberté d'expression, ici et ailleurs ?

A titre préliminaire, je vais me désintéresser de la casuistique juridique, parce que, comme les lecteurs de L'1Dex le savent, le droit est une discipline dans laquelle la tricherie est constante et dans laquelle un plafond blanc peut devenir au gré de la procédure jaune canari, noir léopard ou vert bouteille au gré des humeurs, de l'intelligence ou de la malhonnêteté des magistrats. Je vais donc m'appuyer sur ma seule sensibilité pour déterminer le chemin à suivre. Vous me direz que ce n'est pas juste, je vous répondrai : "pas moins juste que la pratique judiciaire quotidienne partout dans le monde",

Les cas réels ou imaginés ci-dessous entraînent des réponses personnelles qui ne prétendent pas à une vérité universelle. J'accepte l'idée qu'une majorité y soit opposée et que mon approche soit trop restrictive. Ce que je soutiens fondamentalement est le fait que chaque situation implique une décision éthique singulière et à chaque fois différente sans que nous ne puissions, contrairement aux voeux pieux des juristes, opérer des généralisations qui seront immédiatement contredites par des exceptions de plus en plus ténébreuses.

L'homosexualité d'un sportif célèbre doit-elle être révélée ? Parce que l'homme est connu pour ses exploits sur un ring ou sur un terrain de jeu, je réponds NON.

La relation intime entre deux procureurs, hétéro ou homosexuels, doit-elle être imprimée contre le gré des magistrats ? NON dès l'instant où la fonction dans l'appareil judiciaire est identique.

La réponse précédente devient OUI si les deux magistrats appartiennent à des instances différentes et peuvent ainsi l'un l'autre se convaincre en amoureux, transis ou non, de favoriser une position plus qu'une autre d'un justiciable. La bienséance voudrait qu'ils se récusent avant que la question éthique ne surgisse. A Genève, on semble avoir répondu de manière différente à la question.

Les relations et pratiques sexuelles d'un homme public doivent-elles faire l'objet de considérations éditées ? NON, la pratique journalistique française me paraissant meilleure que celle des Britanniques.

Les galipettes en mobylette d'un président casqué sont-elles d'intérêt public ? NON, même si un ou plusieurs gardes du corps, payés par la caisse publique, sont nécessaires à sa protection.

Les feuilles d'impôts des uns et des autres doivent-elles être publiées ? L'argent doit-il être exclu du débat médiatique ? En Suisse, de manière générale, on refuse d'aborder ces questions, contrairement aux Etats-Unis. Pourquoi ne pas publier les décisions de taxation ? Je suis plus américain qu'Helvète, sous la réserve d'une égalité de traitement. A l'évidence, la déclaration fiscale de Cahuzac devient un élément public dès l'instant du moins où le ministre du budget est pris en flagrant délit de mensonge. Celle de Maurice Tornay, ministre cantonal des finances et ancien fiduciaire du délinquant fiscal, devrait l'être dès l'instant où l'on apprend le rôle qu'il a joué dans la réduction de la taxation d'office de Dominique Giroud, plus grand fraudeur de l'histoire contemporaine du Valais.

Une journaliste, par exemple Stéphanie Germanier pour Maurice Tornay, ou PPDA pour Castro, doivent-ils être des agents de communication, d'eux-mêmes ou d'hommes politiques ? NON, à moins de changer de métier et de devenir précisément des agents de communication.

Un avortement subi par une jeune femme qui se lance en politique doit-il être tenu secret ? OUI, sans exception.

Les repas et apéritifs entre journalistes et politiques ou people doivent-ils être connus ? OUI. Pourquoi cacher ce qui est déjà connu de beaucoup ?

La liberté d'expression est-elle à limites variables ou fixes ? A chacun d'y répondre. A chaque tentative, on trouvera un contradicteur. Dieudonné outrepasse le tolérable. Certains diront que Charlie Hebdo et L'1Dex devraient être interdits (pas vrai, Edmond ?). D'autres répliqueront que Le Figaro et Le Nouvelliste sont plus nuisibles pour la démocratie que VOICI ou L'ELEPHANT.

Légiférer dans le champ de la liberté d'expression relève de l'impossible. Personnellement, je serai favorable à une disposition constitutionnelle prévoyant le principe de la liberté d'expression et de presse assortie d'une clause autorisant un juge de la limiter ... selon son bon vouloir éthique.

Oui, je sais, je demande l'impossible. Mais, vous ferais-je observer, Lacan plaçait l'impossible au coeur du réel. Et il n'y a pas de meilleure alternative que celle-là. Et même avec ce système qui lui fut en d'autres occasions si injustement favorable, le président du Grand Conseil de la République et Canton du Valais n'a pas pu obtenir par la voie judiciaire la dissolution et la disparition de L'1Dex. Edmond Perruchond. Grand Baillif de chez nous, en Valais, ne savait-il donc pas que la Suisse n'est pas l'Iran ?!

Bonjour à tous les politiques adultérins et à toutes les journalistes fidèles !

Post Scriptum : Alors quelles limites poser à la liberté de la presse ? Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, cette question éthique devient celle de chacun. Le juge devient dans l'après-coup seulement l'arbitre financier du litige. Et, sur ce plan, l'Amérique a depuis longtemps "pété les plombs" : 140 millions de dollars octroyés au boxeur professionnel relève de la débilité procédurale. A l'envers se niche le Valais qui octroie 7'500 francs aux parents d'une jeune fille assassinée au fusil d'assaut dans sa chambre à coucher ! On voit ici l'importance pour une société de ne pas choisir des magistrats qui lisent la vérité d'un dossier dans le mouvement des pupilles d'un justiciable que l'on veut condamner ou absoudre sans examen des faits.

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