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Billet de blog 29 oct. 2014

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Catalogne, 9N : J - 11 ... le "pieu" de la démocratie

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(Par BEATRICE RIAND)

Mariano Rajoy cherche une nouvelle fois à empêcher les Catalans de s’exprimer sur leur futur politique.

Alors qu’il a refusé le référendum, alors qu’il a refusé le transfert de compétences qui aurait permis à la Catalogne d’organiser un référendum, alors qu’il a chargé le Tribunal Constitutionnel d’interdire la consultation prévue par le gouvernement catalan pour remplacer le référendum … il a demandé ce lundi au Conseil d’Etat un rapport sur les possibilités à sa disposition afin d’interdire la participation citoyenne mise en place par l’exécutif catalan, qui s’entête à tout mettre en œuvre pour mettre aux citoyens de ce pays « démocratique » de pouvoir enfin voter.

Cette consultation alternative, qui s’appuie sur une participation citoyenne autorisée par la loi de consultation catalane, et dont l’article 3 n’a pas été suspendu par le Tribunal Constitutionnel, inquiète le président Rajoy.

On le comprend. En effet, une forte mobilisation citoyenne est à prévoir, avec un haut taux de participation, et une victoire quasi certaine pour le « oui » à l’indépendance.

Cette demande urgente de Rajoy constitue donc un premier pas vers une très probable interdiction, décidée lors du prochain Conseil des Ministres.

Rien de nouveau donc sous le soleil du pays de la corrida … No, no, no !

Dimanche, déjà, dans un discours tenu face à ses troupes fidèlement alignées du Partido Popular, Rajoy a qualifié le processus de participation citoyenne mis en place par Artur Mas d’ « acte mesquin », d’ « acte profondément anti-démocratique » … en effet, le chef du gouvernement espagnol estime que le processus ne peut obtenir toutes les garanties démocratiques puisque les fonctionnaires n’y participeront pas, et seront remplacés par des volontaires. Et de marteler : « Le 12 décembre 2013, lorsqu’ils ont annoncé la date et la question, j’ai dit que cela ne se ferait pas, et cela ne se fera pas ».

Le raisonnement est brillant, l’argumentation sans faille : « j’ai dit non, je dis non, c’est non ! ».

Qu’il a beau jeu de juger celui-là même qui a interdit toutes les garanties démocratiques … qu’il a beau jeu de qualifier une votation d’anti-démocratique alors que voter constitue l’essence même de la démocratie.

On comprend les Catalans, peu convaincus par la qualité de la démonstration, que celle-ci se place sur le plan intellectuel ou dans le champ des droits les plus élémentaires de citoyens non seulement espagnols, mais aussi, européens.

Une démocratie à la dérive !

Le PP, actuellement au pouvoir, interdit donc la votation, qu’elle qualifie d’anti-démocratique.

Le PP catalan, parti très minoritaire au Parlement de Catalogne, y invite aujourd’hui six personnes, membres du mouvement dit du 12 Octobre, favorable à l’unité de l’Espagne, favorable également aux saluts fascistes … ce qui leur a valu d’être expulsés.

Que vaut la parole du PP quand il brandit l’étendard de la démocratie ?

La réponse revient à Oriol Junqueras, leader d’ERC, la gauche républicaine catalane : « La salutation fasciste que nous avons vue au Parlement constitue un délit dans n’importe quel pays démocratique ». Le PP s’est excusé, ou distancié ?

Non.

L’Espagne condamne-t-elle pénalement ce type de comportement ?

Non.

Bien au contraire, puisque la Fondation Franco s’y épanouit encore, et toujours. Une fondation qui se veut culturelle (!!!), avec comme objectif prioritaire la diffusion de la mémoire et de l’œuvre (!!!) du dictateur. Une fondation qui ouvre aujourd’hui sa page sur une photo célébrant le 81e anniversaire de la fondation de la Phalange espagnole, organisation politique nationaliste d’obédience fasciste.

Le PSOE, deuxième grand parti espagnol, actuellement dans l’opposition, applaudit elle aussi à l’interdiction de la votation du 9 novembre.

Le Premier Secrétaire du Parti socialiste catalan, parti aussi minorisé que le PP en Catalogne, Miquel Iceta, dérape franchement lorsque, interviewé par Catalunya Radio, il évoque la volonté clairement affichée d’Artur Mas d’organiser dans un futur proche des élections plébiscitaires : « Dans l’Allemagne des années 30, il y a eu des plébiscitaires », faisant ainsi une allusion directe aux élections gagnées alors par Adolf Hitler. Pour ce monsieur, les plébiscitaires sont « ce que faisaient les dictateurs ».

Que vaut la parole du Parti socialiste quand il brandit l’étendard de la démocratie ?

Devant les critiques nombreuses, générées par ses propos, Miquel Iceta s’est depuis excusé. Mais il l’a dit. Et il n’est pas le premier, ni le seul, de ces « démocrates » à faire le lien entre le processus indépendantiste catalan et le nazisme.

On comprend les Catalans, pressés de s’en aller de ce pays où vouloir voter leur vaut d’être taxés de nazis, et où la « démocratie » permet d’interdire une votation démocratique mais autorise toutes les exactions, toutes les dérives.

De l’ « estaca » à la Révolution des sourires !

Ce qui frappe, dans cette révolution catalane, c’est la joie de tous ses protagonistes, et ce malgré les insultes, les dépréciations, et les agissements d’un gouvernement central franchement hostile.

Il y a de la joie là-bas, chez eux.

Parce qu’ils espèrent un pays axé sur le bien-être social.

Un meilleur partage des richesses.

Un ascenseur social qui fonctionne.

Une élite qui ne soit pas corrompue.

Et la liberté pour mettre cela en place.

Avec le droit de se tromper parfois.

Oui, il y a de la joie, et de l’espoir, et des illusions peut-être.

Mais aussi une grande lucidité, que chantait déjà Lluis Llach en son temps, alors que le catalan était une langue interdite par Franco.

L’ « estaca » est une chanson de résistance, que l’on entend souvent maintenant dans les meetings.

Une chanson qui parle d’un grand-père, assis de bon matin sous un porche, regardant passer les charrettes. Un grand-père qui parle d’un pieu (l’estaca), auxquels tous les Catalans sont attachés.

Une chanson qui parle de solidarité, seule à même de les libérer … « si nous tirons tous, il tombera » car il est bien vermoulu.

Une chanson qui parle de courage … car bien que pourri, le pieu reste lourd, et parfois les forces manquent.

Les Catalans ne manquent ni de résistance, ni de courage, ni de force. Ils se montrent solidaires, et malgré tous les « démocrates » qui les découragent, nul doute qu’un jour ils voteront.

Et se libéreront de ce pieu, de cette «démocratie » … de ce pays où les militaires espagnols n’avaient d’autre objectif, ce matin, que d’étriper un drapeau indépendantiste, proche du monastère de Sant Pere de Rodes.

Et je vous le donne en mille … l’estelada, bien qu’abîmée, flotte toujours au vent.

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