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Billet de blog 9 novembre 2024

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François Piquemal, un insoumis « jauressien » vise le Capitole

Plus "radical" que socialiste, le député LFI de Toulouse se lance dans le bain des élections municipales en publiant un petit livre... pas piqué des ver(t)s

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La course pour tenter de déloger Jean-Luc Moudenc du Capitole est bien lancée à gauche. Alors que les écologistes devront départager en novembre Antoine Maurice et Régis Godec qui se disputent le leadership « vert », François Piquemal sort de sa manche un petit bouquin pas piqué des ver(t)s. Petit, mais costaud, il repeint la "ville rose" en rouge plutôt vif... Ces quelques lignes (62 pages) rédigées au cours de l'été « ne sont pas un programme » mais « le début d'une réflexion au long cours », prévient l'ancien conseiller municipal élu député (LFI) en 2022, reconduit sans coup férir dès le premier tour (53%) après la dissolution ratée de Macron.

Coiffé sur le poteau par Antoine Maurice pour la tête de liste d'Archipel Citoyen en 2020, l'ex-remuant porte-parole de l'association Droit au Logement à Toulouse ne manque pas de se réclamer de « l'ADN communaliste du mouvement insoumis ». Voila qui ne mange pas de pain au sein d'un mouvement très jacobin, adepte d'un "centralisme démocratique" qui se soucie des élections locales comme de sa première chemise : l'Elysée demeure l'unique horizon de Mélenchon. Pour Piquemal enfourchant son cheval blanc vers le Capitole en 2026, l'ancienne maison des Capitouls à Toulouse vaut bien une messe municipaliste (et citoyenne).

Né il y bientôt 40 ans à Besançon (Doubs), là-même où le Leader Maximo des Insoumis a fait ses premières armes de trotskyste-léniniste lambertiste, le pré-candidat Insoumis revendique des origines ariégeoises : comme beaucoup, sa famille paternelle a quitté les Pyrénées "terres courages" en s'exilant en bord de Garonne pour trouver du boulot. Fan de foot et du TFC, le prof d'histoire-géo assure qu'on peut (doit ?) se déclarer supporter du Stade Toulousain « sans même être jamais allé au stade Ernest Wallon ».

Le Robin des robinets

L'esprit d'équipe du futur Antoine Dupont de la gauche toulousaine le pousse à prévenir ses camarades de gauche : « nous devrons bâtir un programme qui sera forcément dans l'esprit du Nouveau Front Populaire ». En guise de coup de pied par-dessus la mêlée, il précise toutefois que celui-ci « n'est pas l'affaire que des partis ou des mouvements politiques ». Plutôt que l'aventure ratée d'Archipel Citoyen, Piquemal se réclame de la liste Motivées où il fit ses premières armes militantes dans la foulée des musiciens de Zebda au siècle dernier. Le voici qui mouille encore le maillot pour enrôler dans la foulée avec beaucoup d'à-propos Léon Marchand, « pitchoun de la piscine municipale ». Sans évoquer le grand projet architectural des Dauphins du Toec de rapatrier un bassin olympique sur le toit d'un building l'île du Ramier, il pilonne comme à son habitude la politique de Moudenc. Le maire sortant est accusé d'avoir laissé couler les piscines publiques et vendu la ville à ses amis promoteurs immobiliers.

La formule magique de Piquemal pour faire l'union de toutes les gauches toulousaines autour de sa candidature tient à la promesse de re-municipaliser le service de l'eau et de l'assainissement, confié en délégation de service public à Suez et Véolia. « Moudenc a confié l'eau à ces multinationales dont le but est de faire de l'argent sur la consommation d'eau des gens », accuse le Robin des robinets. Il cloue au pilori la décision du maire d'augmenter de 40% prix de l'eau cet été, sous prétexte d'inciter les consommateurs à économiser le précieux liquide. En réalité pour venir en aide aux concessionnaires, qui avaient promis "l'eau la moins chère de France", selon lui.  « Le clientélisme pollue et salit notre fleuve », accuse Piquemal

Remonter les courants comme un saumon

Son opuscule politico-aquatique, publié par une ancienne élue communiste de Tarbes, se veut une ode écologique et sociale à la Garonne. Il se réclame à la fois du géographe anarchiste Elysée Reclus, qui avait consacré un petit livre aussi universel que local à l'histoire d'un modeste ruisseau de son Lot-et-Garonne natal. Mais aussi de Jean Jaurès, à travers une citation spécialement choisie pour faire la nique aux Delga, Pellefigue et tous ces socialistes qui aiment se réclamer du fondateur de L'Humanité: « pour aller à la mer, un fleuve doit rester fidèle à sa source ». Piquemal, plutôt communiste que (radical) socialiste ?

Comme un saumon, le frétillant candidat à la candidature entend visiblement remonter tous les courants pour mêler les eaux vertes et rouges jusqu'à la confluence de l'Ariège et de la Garonne. Principal obstacle : mener sa barque au-delà du barrage du Bazacle. Là-même où l'économiste écossais Adam Smith, de passage à Toulouse au XVIIIème siècle, aurait découvert les prémisses du « capitalisme ».

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