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La petite ménagerie des opposants à l'autoroute s'élargit. Après avoir soulevé devant le tribunal administratif le sujet du passage d'éventuelles loutres sous la future voie rapide qui double l'actuelle route nationale entre Castres et Toulouse, les anti A69 pensent avoir trouvé un nouvel élément décisif pour obtenir la suspension du chantier. Une riveraine de Cuq-Toulza a découvert un couple de castors sur sa propriété. Elle a accepté volontiers de témoigner, mais sans révéler son patronyme.
Cette éleveuse de chevaux raconte avoir installé un piège photographique au bord de son étang après avoir constaté en début d'année qu'une dizaine d'arbres étaient tombés en travers du ruisseau qui traverse son domaine avant de se jeter dans le Girou. « Ils étaient curieusement taillés en crayons », rapporte-t-elle, photos à l'appui. Sa vaste propriété se trouve à quelques centaines de mètres du chantier de l'autoroute. Impossible d'incriminer les engins de chantier, qui ont repris leurs imperturbables travaux de terrassement après la trêve de Noël : il n'y a plus un seul arbre debout depuis que les derniers "écureuils" militants ont été évacués manu militari, certifie le concessionnaire de l'A69. Plutôt que de porter plainte contre ces squatteurs à quatre pattes et incisives bien aiguisées venus jouer les bûcherons sur sa propriété, la propriétaire du domaine a discrètement saisi les agents de l'Office Français de la biodiversité (OFB).
« Je ne voudrais pas alerter des agriculteurs du coin qui trouvent que ces animaux font trop de dégâts », glisse la voisine de Céline Imart, ancienne dirigeante des Jeunes Agriculteurs élue au Parlement européen sur la liste LR. L'OFB a déjà assez de problème comme ça avec certains syndicats agricoles qui voudraient désarmer ses agents. Sans même parler des chasseurs et des élus de droite radicalisés comme Laurent Wauquiez qui réclament la suppression pure et simple de cette police de l'environnement, trop écolo à leurs yeux.
Exerçant aussi comme pédopsychiatre dans une clinique d'Albi, l'éleveuse de chevaux anglo-arabes se déclare ravie de la présence de ces gros rongeurs à queue plate sur ses terres. « J'étais comme un gamine quand je les ai vus dans mes jumelles », témoigne cette amie des animaux de 65 ans. Elle se dit en revanche attristée par le bouleversement du paysage de coteaux de sa vallée par le chantier de l'autoroute. « On n'avait pas besoin de ça. Je fais 140 kilomètres par jour pour aller travailler, la route nationale était largement suffisante », assure cette opposante discrète à l'A69. Pas le genre à manifester aux cotés des blackblocs et autres zadistes honnis par la presse locale pro-autoroute.
« Comment ces animaux ont-ils pu se retrouver chez moi », se demande encore la toubib qui troque chaque jour sa blouse blanche pour des bottes lorsqu'elle retrouve ses terres de Cuq Toulza ? La présence de castors est attestée sur le Tarn, depuis Saint-Sulpice jusqu'à Albi. Mais c'est la première fois que l'espèce est détectée dans la vallée du Girou. Les études environnementales n'ont jamais mentionné sa présence en bordure du chantier de l'A69, selon le collectif La Voie est Libre. Une faille suffisante pour réclamer l'arrêt immédiat des bulldozers ? L'éleveuse voisine de la cultivatrice Céline Imart espère que le cliché de l'animal, surpris le 16 janvier en flagrant délit de bûcheronnage nocturne sur sa propriété, aura bien été transmis en urgence au juge Grimaud. Le magistrat, qui avait annoncé une décision en fin de semaine « au plus tard », s'est donné un nouveau délai de réflexion jusqu'au mardi 22 janvier.